• Sylvain Lupari

ROBERT SCHROEDER: D.MO Vol. 3 (2012) (FR)

C'est en écoutant D. MO Vol. 3 que l'on saisit tout l'impact de Robert Schroeder sur l'évolution de la Musique Électronique

1 The Meaning of Time (1982) 6:09

2 Soft and Lovely (1983) 4:00

3 Wonderland (1981) 5:18

4 Passing Landscapes (1986) 5:40

5 Santo Domingo (1988) 7:59

6 Higher Than High (1989) 6:24

7 DreamSpacer (1991) 7:34

8 Met Mr. Miller (1989) 5:35

9 Emotional (1989) 10:27

10 Tragedian of Love (1989) 4:43

Spheric Music : SMCD2026

(CD 63:42)

(A mix of Modern and Vintage Berlin School)

Voici un autre rendez-vous avec le temps que les fans de Robert Schroeder attendent toujours avec impatience. De Paradise à Driftin’, D.MO Vol. 3 survole une période où Robert Schroeder cherchait à peaufiner des nouvelles textures sonores sur ses rythmes robotiques. Des rythmes symétriques bien arqués sur des séquences hybrides qui mélangent leurs rythmes à des percussions aux sonorités tant de plombs que de soies. Les mélodies? Elles coulent toujours avec cette aisance harmonique dans de stupéfiantes toiles sonores innovatrices. Avant-gardiste, le synthésiste d’Aachen a toujours cherché à exploiter les capacités maximales de ses synthés et séquenceurs avec un souci du détail pour ses structures rythmiques et mélodieuses. Si sa vision musicale s’éloignait des racines de la pure Berlin School, elle implantait par contre une nouvelle dimension à la MÉ qui allait faciliter l’émergence d’une nuée d’artistes vers la mi 80. D.MO Vol. 3 est une porte d’entrée dans cet univers que les puristes ont boudés à l’époque et que graduellement se sont mis à apprécier par la musique d’artistes justement influencés par l’approche de ce précurseur des rythmes et séquences. C’est un peu comme se trouver dans le hall d’entrée après avoir pris la porte d’en arrière.

Nostalgique, l’intro méditative de The Meaning of Time secoue sa rêverie avec des percussions dont les légères frappes sautillantes encadrent des réverbérations aux tonalités tournicotées pour laisser filtrer une douce berceuse lunaire qui tantôt chantonne dans notre tête et tantôt erre dans le cosmos strié de gaz galactiques. Souple, la mélodieuse The Meaning of Time gagne en intensité, rappelant toute la dimension harmonieuse des premières œuvres de Robert Schroeder. Soft and Lovely est une courte irruption dans les sphères planantes et cosmiques des années analogues avec ses couches de synthé qui s’enroulent et copulent sous les sonorités des poussières d’étoiles et des humes des chœurs cosmiques. Après un départ lent avec des douces percussions qui battent sous une nuée de couches de synthé embrouillées dans leurs tonalités syncrétiques, le rythme morphique de Wonderland s’amplifie graduellement. Des percussions de type tribales résonnent comme des tams-tams des îles alors qu’une étrange ligne de basse chevrotante hoquète et érode un rythme funky qui ploie sous des tonnerres de percussions et un orage de solos de synthé. Un synthé qui exploite à fond toutes ses capacités sonores et intuitives où chœurs, effets réverbérants, nuages de glaces et solos juteux recouvrent un rythme indécis. Passing Landscapes est une belle mélodie électronique, du genre ballade, au rythme léger avec un synthé au refrain harmonique accrocheur et des percussions claquantes. Suave, le synthé jette un baume de jazz avec une approche mélancolique qui sourit du coin de l’œil. Avec ses percussions de style bongos qui pétillent d’un rythme latinos, Santo Domingo est une mélodie entraînante plus près des rythmes groovy de Double Fantasy que du répertoire de Robert Schroeder. Le clavier dessine des accords aux textures d’une guitare alors que le synthé subdivise ses éléments harmoniques avec des beaux solos qui se mêlent aux jets de brumes et aux chœurs cosmiques.

Des accords de guitare errent dans la tranquillité cosmique. Elles introduisent doucement Higher Than High qui s’énergise au son des cymbales argentées. Sur un rythme lent et furtif, il progresse d’une procession minimaliste au son de trois séquences qui reviennent en boucle sous un ciel assombri de solos oscillant dont les torsades stridentes rôdent sous des chœurs passifs. Les cymbales claquent et des percussions palpitent, témoin de l’instabilité rythmique de Higher Than High qui cassera son moule robotisé pour épouser les lourdes frappes de percussions et le rythme un peu désarticulé qu’elles façonnent avec l’aide des séquences dandinasses sous ce ciel au rayons musicaux ardents. Bien que composé en 1991, DreamSpacer est le titre qui se rapproche le plus des ambiances de la période Galaxie Cygnus A avec ses séquences du genre pic-bois qui pulsent comme des ventouses affamées. Le rythme est fluide et entourée de cette enveloppe tant chtonienne que cosmique où errent les ombres, ondes et voix dans un néant intersidéral avant d’embrasser une phase chaotique où il caquette tout en s’accordant avec un refrain harmonique. Après un Met Mr. Miller mélodieux et accrocheur, Emotional nous accroche l’ouïe comme seul Schroeder sait le faire. Une fine onde d’orgue en ouvre une intro que des séquences dandinantes bercent d’une innocente approche. Des percussions soutiennent ses séquences. Des percussions qui subdivisent leurs tonalités, empruntant des tintements de verres menaçants et de verres parlants, lorsqu’elles ne tombent pas à bras raccourcis sur un langoureux tempo hypnotique qui rampe sur les ondulations d’un orgue aux sonorités des années psychédéliques. Et les percussions bongos tombent, surdimenssionnant l’approche rythmique de Emotional qui est tissé dans un superbe canevas de percussions, batteries et séquences qui ne sont pas sans me rappeler Tangerine Dream et Bus Station dans Near Dark. Le clavier libère des séries de cinq accords qui roulent en boucle comme des notes d’une guitare enrhumée alors que le synthé aux tonalités d’orgue se mute en guitare spectrale, coulant une envoutant mélodie féérique qui enveloppe l’ouïe d’une étrange aura psychédélicosmique. Tragedian of Love conclût ce voyage dans les sphères des oublis temporelles avec une approche rythmique plutôt funky où les synthés empruntent des tonalités de trompettes.

C’est en écoutant D.MO Vol. 3 que l’on saisit l’impact de Robert Schroeder sur l’évolution de la MÉ. Le synthésiste d’Aachen a toujours refusé de noyer sa créativité d’une approche castratrice, d’où son penchant pour la recherche et le développement de nouveaux équipements et des tonalités novatrices. Si c’est vrai que son style peut parfois déstabiliser il faut voir, et surtout entendre, au-delà des stéréotypes afin de saisir toute la dimension de ce personnage qui est capable, d’un simple claquement de doigts, de nous promener entre les sphères oniriques de la Berlin School et les rythmes de feu d’une MÉ endiablée moulée dans des séquences et percussions qui laissent des traces indélébiles dans nos oreilles.

Sylvain Lupari (10/03/12) ***½**

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Disponible chez Spheric Music & CD Baby

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