• Sylvain Lupari

ROBERT SCHROEDER: Fata Morgana (2019) (FR)

“Excellent!”

1 Binary Streams 7:53 2 Virtual Traps 11:06 3 Cybercrime 7:43 4 Web Faces 13:32 5 Digital Identities 6:48 6 Dangerous Clicks 10:10 7 The Berlin Code 8:31 Spheric Music ‎| SMCD-2040

(CD 65:41) (EDM & Berlin School)

C'est comme si on retirait le bouchon du cosmos et que les vagues de sons étaient aspirées par le drain. Par le néant, pour reprendre une autre texture dans un univers parallèle. Binary Streams débute ainsi la toute dernière excursion dans le monde des merveilles sonores de Robert Schroeder. Des pads de toutes les formes et couleurs dérivent parmi des pulsations abandonnées, des riffs d'une guitare cosmico-hawaïenne en train de s'évaporer et des esquisses de rythmes inachevées. Ces coussins embrassent des formes plus allongées dans des mutations qui flirtent avec des nappes de synthé aux parfums extra-terrestre. Un pivert fait résonner ses cognements sur un bouleau de synthèse, sculptant ces bouts de rythmes immodérés qui vont et viennent dans les 4 premières minutes de Binary Streams. Une guitare électronique amorce une phase de Blues alors que des effets percussifs, comme ce langage des cafards dans la film Captive State, copulent avec des percussions d'un genre Bongo. Binary Streams devient dès lors un Blues cosmique sensuel dont le décor est éraflé par des stries légèrement criarde. Et si je vous disais que FATA MORGANA est le 40ième album de Robert Schroeder qui incidemment fête ses 40 ans de carrière.

Et comme très souvent depuis son retour en 2005, les 3 premiers titres d'un album du musicien-synthésiste-inventeur d'Aachen ne doivent pas décourager celui qui est à la recherche de Berlin School. Il y en a, il faut juste savoir écouter. Encore une fois, ce dernier album de Robert Schroeder demande quelques écoutes et beaucoup d'attention aux détails avant d'en devenir un accro. Les 7 structures présentes sont constamment en évolution avec des phases de rythme évanescent qui se relèvent sous un drap capitonné d'effets d'une incroyable diversité sonore. Les percussions sont toujours très relevées avec cette tonalité si percutante de l'ami Robert qui ajoute aussi ce langage de blattes géantes et leurs cordes vocales toujours en mutation. Bref, un album toujours aussi étonnant et aussi bon que son dernier; Spaceland! Prenons le début de Virtual Traps! On ne peut avoir plus Berlin School que ce mouvement du séquenceur qui agite ses ions dans des rotations continues et imparfaites. Des cymbales chatouillent le décor alors que des nappes de synthé ajoutent romance et sérénité. Le langage percussif des cafards géants est toujours présent. Après près de 4 minutes d'un mouvement qui respire celui d'un Tangerine Dream plus audacieux, Virtual Traps entre dans une phase ambiante. Une phase paisible avec des accords de guitare nostalgique et ses solos émiettés. Les nappes de synthé flottent sur les bruissements des cymbales, ajoutant un effet d'écorchure à la sérénité du moment. Il y a un rossignol dans le synthé! Ses chants font des pirouettes attractives dans un amas de nappes et de pads remplies de brume anesthésiante. Et des voix un peu ténébreuses ajoutent au surréalisme d'un décor cosmique tellement onirique et apaisant. Des faisceaux sonores qui étendent des filets circulaires et des séquences stationnaires qui papillonnent dans ces filets devenus orchestraux, Cybercrime transforme son approche comme ces rythmes ascendants de la période analogue de Robert Schroeder. Des coussinets de brumes jettent des prismes psychédéliques alors que des basses pulsations donnent du tonus à la musique. Des solos de synthé survolent ce Néo Berlin School qui se cherche une nouvelle identité sonore. On reconnait la signature du musicien Allemand avec ces percussions venues d'ailleurs qui tonnent en remodelant la surface rythmique. Des pépiements de synthé, des nappes de voix éteintes et un nouveau dialogue du synthé donnent une énergie renouvelée à l'enveloppe harmonique qui suit le cours de ce rythme entraînant qui devient un bon up-tempo pour ces derniers instants.

Nous venons de passer la partie la plus délicate pour ceux qui s'attendaient à du véritable Berlin School de Robert Schroeder. Les 4 prochains titres nous amènent vers un autre niveau d'étonnement d'un musicien qui sait toujours se renouveler. Et comment décrire ce petit chef-d'œuvre qu’est Web Faces? Acceptant les cendres soniques de Cybercrime, une onde s'élève avec des effets de chevrotements saccadés. L'onde sonore se construit avec maints effets sonores, dont la splendide voix d'une Diva. Des percussions tonnent et des effets d'arbalètes tirant des flèches rythmiques qui résonnent sur du bois dur les secondent, alors que le synthé étend ses solos qui font duel avec cette voix de Maïwenn (Le 5ième Élément). Jouant à cache-cache avec nos sens, le rythme s'éteint et revient dans une forme de History Repreating des Propellerheads. Il faut le déceler, mais les éléments en place sont dans la forme de Decksandrumsandrockandroll. Les effets percussifs et les percussions électroniques sont au cœur d'une structure qui plonge toujours dans l'inconnu ambiosphérique avant de revenir dans une forme plus lascive dans la finale. Finale qui se jette dans le suave Digital Identities et son identité Chill Ambient. Au début le rythme est comme sur un respirateur artificiel. Une guitare pince ses notes pour une sérénade qui se fixe et se perd dans une ligne de basse moulante qui rampe avec des bons ronronnements. Dangerous Clicks propose aussi ce pattern de séquences et leurs lourdes oscillations qui vont et viennent, disparaissant dans un tumulte ambiant qui fait travailler mes haut-parleurs et mes oreilles. Sous des nappes de synthé stridents comme annonçant une menace imminente, le rythme émerge après les 4 minutes. Les percussions, les tsitt-tsitt et la batterie électronique sculptent un rythme où le séquenceur réussit à déposer une ligne. Les synthés forgent des impulsions d'ondes de sirènes dans un rock électronique survolté pour au moins 4 minutes. Le travail au niveau des percussions électroniques est stupéfiant ici, plus qu'ailleurs dans l'album. Et arrive The Berlin Code! Des lignes d'oscillations parcourent des ambiances figées par des résonances métalliques. Des percussions en mode Ska ajoutent une vélocité que les ondes suivent sans problèmes, donnant une aura de rock électronique qui berne du bon Berlin School axé sur des filaments oscillatoires qui nous entraîne dans un manège rythmique aussi furieux que de bonnes montagnes russes. Et c'est fini!

Comment étiqueter la musique de FATA MORGANA si ce n’est que par du Schroeder School? FONTA MORGANA est une fontaine de mirages sonores qui se réinventent constamment sur 7 titres en constant mouvement. Naviguer confortablement entre de l'EDM et du Berlin School est plus qu'un prétexte pour étaler le savoir-faire de Robert Schroeder qui impose ses visions par des rythmes entraînants, des percussions explosives et des synthés charmeurs d'oreilles avides de MÉ audacieuse et créative. Avides de nouveautés aussi! C'est très bon du début à la fin avec des moments qui justifient cette admiration que j'ai pour Robert Schroeder dont les empreintes sont partout dans l'univers de la MÉ.

Sylvain Lupari (01/06/19) ****½*

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Disponible chez Spheric Music & CD Baby

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