• Sylvain Lupari

ROBERT SCHROEDER: Velocity (2017) (FR)

“Étais-je un peu perdu lors des premières écoutes? Absolument! et c'est propre aux opus contemporains de Schroeder... et sans effort j'ai fini par aimer”

1 Velocity of Flow 11:27 2 Strength of Pressure 8:44 3 Xpress Yourself 7:54 4 Aftertouch 7:28 5 Velocity 9:36 6 Ribbon Control 8:37 7 Psychedelic 10:35 Spheric Music ‎| SMCD 2036

(CD 64:21) (EDM, Berlin and New Berlin School)

En musique, le terme VELOCITY désigne la pression, la vitesse et la durée d'une touche pressée dans un clavier. Cela peut être utilisé pour influencer les sons, de très sensible à puissant et agressif. Une telle entrée en la matière laisse suggérer un album à la fois sensible, puissant et à la limite agressif? Pas vraiment! En fait ce 36ième album de notre cher Robert Schroeder est une collection de titres étonnement romanesque où le génial musicien et concepteur de technologie musicale fait l'étalage de son talent avec une étonnante précision pour aller chercher la note et l'effet qui explique l’envoûtement de ses fans pour sa musique. Vous vous souvenez du label IC? Des années Software et plus précisément de Universal Avenue de Double Fantasy? C'est directement dans ces territoires que le musicien d'Aachen, qui a reçu un Schallwelle Award pour l’ensemble de son œuvre et apport à la MÉ la même date que la sortie de VELOCITY (18 Février 2017), nous attire avec un album que je qualifierais d'étonnant, tant pour les richesses de sa musique que par l'impact tout à fait inattendu d'un style que personne n'attendait même si tous l'espéraient.

Velocity of Flow étale la richesse de la musique avec une introduction ornée de souffles et de nappes de voix dont les fluctuations flottantes servent de berceau à des accords en quête d'harmonies et des effets électroniques signés Schroeder. La nature du vieux Berlin School rencontre celle de la génération des années 80-90 avec des soupirs de violons qui flottent parmi des astres soniques en continuel quête de sons. Des percussions d'un genre jamaïcain résonnent tout autour de nos oreilles, tabassant une marée de solos de synthé vertigineux qui sifflent de partout avec des teintes aussi différentes qu'un bon duel entre un Bluesman et un saxophoniste mélancoliques et à l'agonie. Ce décor ambiant et richement peuplé de sonorités et d'effets contrastants ainsi que d'une avalanche de percussions sans attaches rythmique reste en suspension pour les 6 premières minutes de Velocity of Flow. Dès ce point, le rythme décolle comme un rock électronique ornementé d'une approche festive où le Groove et le Funk tentent une immersion. C'est un rythme fluide où le balancier des séquences coule entre les nappes de brume et de voix ainsi que les solides effets de percussions caribéennes et autour des magiques solos torsadés qui sont l'apothéose d'une MÉ riche de ses recherches et de l'imagination de son pourvoyeur. Velocity of Flow donne le ton à un album léger et vivifiant qui respire cette ambiance festive des plages californiennes dans les années 80 et où les ingrédients des différentes étapes de la Berlin School sont dispersés avec intelligence. Un saxophoniste solitaire, confortablement installé sur un quartier de lune, soupire son amertume tout en regardant les astres sifflés et brillés en ouverture de Strength of Pressure. Des effets de percussions manuelles font quelque peu osciller les ambiances tandis qu'un vocodeur nous parle d'une voix aussi brouillonne que son bredouillement. Les ambiances restent riches avec un panorama cosmique plus près des oreilles que des étoiles et progressivement Strength of Pressure effleure le style ballade, tout comme Aftertouch, avec juste assez de vélocité pour que nos hanches se mettent à tanguer. Les ambiances californiennes sont archi présentes dans cet album avec une touche rétro complètement imbibée de modernité. C'est plus vrai dans Aftertouch qu'ici. Robert Schroeder nous a habitué à ce que chaque album de son impressionnante carrière cache au moins une perle. Xpress Yourself est une perle ici, les autres étant Velocity of Flow, la pièce-titre et Psychedelic.

Le débit est fluide avec deux lignes de séquences qui oscillent en parallèle. Des percussions ajustent le rythme de Xpress Yourself, qui est plus dans le genre coulant comme un Groove fluide, alors que d'autres effets de percussions imposent toujours cette signature caribéenne au panorama musical de l'album. Ainsi bien amorcé, la structure de rythme accueille des effets électroniques, des tintements, des brumes de voix astrales ainsi que des solos qui ajoutent une touche romantique et mélancolique, comme à l'époque de Double Fantasy, à Xpress Yourself. On tambourine des doigts avec le fluide mouvement des séquences sur Aftertouch et ses magnifiques solos qui baignent dans une ambiance très Berlin School. Après une introduction gorgée de brume, d'effets de vapeurs industriels et de voix chthoniennes, la pièce-titre offre une structure très Électronica, comme un Hip-Hop, avec des accords élastiques plein de vélocité organiques qui s'accrochent à des percussions du style EDM. Le tempo est saccadé mais avec juste assez de rondeur pour que ça coule sans trop de brusqueries. Un tempo qui boitille comme un canard caquetant dans un paysage électronique illuminé par la magie Schroeder. Après une introduction chargée d'un autre riche décor sonique, Ribbon Control présente la structure de rythme la plus animée de ce dernier opus de Robert Schroeder. On ferme les yeux et on s'imagine être dans un train, propulsé par des percussions et une ligne de basse séquences, qui roule sous les multiples émerveillements d'un feu d'artifices sonique. Les solos de synthé sont très beaux ici. Un titre très sous-estimé (à cause de sa longue introduction?) sur cet album. Psychedelic n'a pas vraiment besoin de présentation. Le titre veut tout dire! L'introduction est très belle avec une approche qui s'apparente à une tentative de dialogue, en musique, avec des aliens pas trop vite d'esprit. C'est très ambiant cosmique pour les 6 premières minutes et le rythme qui éclot est d'une similarité inouïe avec celui de Jean-Michel Jarre dans Magnetic Fields part IV.

Sans doute l'album le plus accessible de Robert Schroeder au cours des dernières années, notamment à cause de cette proximité avec des hymnes de danse électroniques, VELOCITY a cette particularité de s'adresser à un plus large auditoire tout en conservant celle de la première heure des œuvres du célèbre musicien d'Aachen. Ai-je été dérouter aux premières écoutes? Absolument et c'est propre aux opus contemporains de ce brillant artiste qui ne cesse de se renouveler et de donner de nouvelles direction à la MÉ de style New Berlin School.

Sylvain Lupari (07/07/17) *****

SynthSequences.com

Disponible chez Spheric Music et chez CD Baby

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