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  • Sylvain Lupari

SCHONWALDER & ROTHE: Filter-Kaffee 102 (2015) (FR)

Aussi longtemps que le Berlin School soit entre des mains aussi créatives que celles de Mario Schönwälder et ses amis, l'art est protégé pour des années à venir

1 Intro 3:07

2 RubyRed 21:15

3 Sequence A 11:44

4 Six-Eight Time 15:51

5 Darkshift 22:28

6 Outro 3:04

Manikin | MRCD 7101

(CD DDL & LP 77:32)

(Vintage Berlin School)

Des résonances, des bruits blancs, des oscillations, des lignes de synthé qui flottent comme des nuages d'éther et des explosions. Des explosions qui se répercutent en structure de rythme. Intro dérape et zigzague avec furie dans un rythme vif et lourd où des lignes de synthé aux fragrances de Ricochet le caressent comme si le temps s'était figé aux années 1973. Il y a des choses qui ne changent pas. Comme la musique de Mario Schönwälder! En solo, en duo ou en trio, il s'évertue à puiser dans le plus profond de ses influences afin de toujours extraire le meilleur de ce que le Berlin School rétro aurait perdu à travers ses nombreux changements de phases. Et il le fait avec autant de talent que sa passion pour le genre. Suite logique au très bon Filter-Kaffee 101, FILTER-KAFFEE 102 arrive dans les bacs plus de 4 ans après la première aventure du tandem Schönwälder & Rothe. Cette fois-ci, c'est du pur Berlin School. Du vieux, du puissant où les parfums des œuvres solos d'Edgar Froese, l'album lui est dédié, embrassent les rythmes vertigineux de Ricochet et ceux plus lourds, plus noirs de Redshift.

Après des premières notes sombres et résonnantes qui semblent tellement égarées et qui sonnent tellement comme Redshift, l'introduction de RubyRed plonge dans un état atmosphérique. Ici le décor ténébreux des années vintages, soit des chœurs, des chants de flûtes et des brumes flottantes, rôdent sur un champs de bruits hétéroclites avec des tons blancs comme noirs qui dessinent une ambiance Méphistophélique. Un nuage radioactif s'élève. Une ligne de séquences juteuses et résonnantes en sort. Au début les ions sautent laconiquement avant d'échapper des ombres qui sautillent avec plus d'insistance et forgent un rythme fluide dont les vives oscillations n'échappent pas aux caresses d'une flûte enchanteresse, ni aux bancs de brumes du Memotron. Nous sommes dans l'âtre des années vintage. Des années Phaedra avec des nappes sèches qui tombent comme des riffs sur une splendide figure de rythme oscillatoire. Peu à peu les ions perdent la bataille contre les ambiances et après un bon 7 minutes de solide rythme électronique RubyRed replonge dans sa deuxième phase ambiosonique, très brève cette fois, avant de rebotter les ambiances et forcer un rythme moins sauvage, plus musical où les séquences dansent librement avec les chants flûtés. Lentement le rythme s'essouffle et RubyRed conclut son long périple de 21 minutes dans les ambiances d'un champs de tonalités qui ont bercées son ouverture. Entre du Redshift très sombre et menaçant et du Tangerine Dream des années Baumann, la musique de ce FILTER-KAFFEE 102 aiguise constamment la curiosité des oreilles. Comme cette introduction de Sequence A où des trompettes nasillardes et des chœurs sombres égarent des airs patibulaires sur des élytres métalliques dont les cliquetis tintent des coups de ciseaux dans des explosions feutrées et des effets de gaz. Trois lignes de séquences en parallèles émergent. La dominante forge un rythme sournois alors que la deuxième hoquète avec des tonalités de verre. À peine perceptible, la troisième fait miroiter de faibles carillons qui sculptent une mélodie hypnotique et dont les airs fragilisées tourneront longtemps dans notre tête. Cette structure polyphasée avance à pas de loup. En de fines saccades qui boitillent dans des bancs de brume, des filets de chœur et des lignes de synthé aux parfums des trompettes de Jéricho. Délicieusement Tangerine Dream et délicieusement Ricochet!

Et ces parfums d'ambiances psychotroniques s'évadent jusqu'aux portes de Six-Eight Time d'où s'échappent des arpèges qui tintent comme lorsque frappés sur une enclume dans un univers de nébulosité. Encore ici la panoplie Tangerine Dream et surtout Edgar Froese pour les ambiances d'Epsilon in Malaysian Pale, notamment ces cerceaux et ces nappes qui dérivent dans un univers où tout semble avoir été éradiqué de la terre, sont fortement présentes. Le rythme s'extirpe de ce néant sonique, où les parfums d'éther abondent, avec un mouvement de séquences qui multiplie ses ions et dont les vives cabrioles rebondissent sur les courbes d'une autre ligne de séquences. Le mouvement devient fluide et le rythme oscille dans d'amples boucles oscillatrices avec des séquences aux teintes contrastantes qui papillonnent vivement et dont les boucles et les courbes sont picorées par des percussions électroniques et leurs morsures métalliques. C'est un bon rythme électronique des années vintage, alors que Darkshift est du pur Redshift encore plus lourd, plus noir. Comme si c'était encore possible. Un rythme sauvage et assourdissant s'évade des nappes d'éther et des bourdons résonnants. Les ambiances inertes sont brèves et laissent échapper des crissements, un peu comme si nous étions aux portes des enfers. Les tam-tams résonnent un peu après la barre des deux minutes. Le rythme est noir et feutré, enjolivé qu'il est par des nappes de brumes, des lignes de flûtes et des bruissements spectraux qui tentent toujours d'arrimer Darkshift dans le berceau de ses ambiances. Une autre ligne de séquence émerge alors. Un peu comme dans Sequence A le rythme étend ses phases, toutes convergentes, dans un linceul électronique parfumé des fragrances analogues. C'est un rythme lourd noué dans des séquences aux tonalités pleines de contrastes qui palpitent férocement dans des lignes aux harmonies évanescentes qui ruissellent et s'entortillent autour des ruades sombres. D'autres lignes, dont certaines très vampiriques, assiègent le rythme. Eh non, les harmonies flottantes des flûtes, ni les caresses des brumes éthérées n'arrivent à le contrôler. Bien au contraire! D'autres séquences s'échappent, nourrissant l'approche séquencée riche et un brin complexe qui alimente la force noire de Darkshift. Un pur monument qui m'a donné le goût d'écouter du Redshift. Superbe! Et c'est dommage que Outro ne sonne le glas de FILTER-KAFFEE 102.

Un superbe album, disponible en vinyle en passant, où le duo Schönwälder & Rothe s'est carrément surpassé avec un splendide album qui est plus qu'un hommage à Edgar Froese. C'est une véritable profession de foi pour un genre qui, tant et aussi longtemps sera entre des mains aussi habiles et créatives que celles de Mario Schönwälder et maintenant Frank Rothe, restera toujours aussi envoûtant, toujours aussi subjuguant et vivra pour toujours.

Sylvain Lupari (27/05/15) ****½*

SynthSequences.com

Disponible au Manikin Bandcamp

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© 2019 by Alexandre Corbin for Synth&Sequences \ Sylvain (A.K.A. Phaedream) Lupari

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