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  • Sylvain Lupari

SPYRA: Dunst (2018)

Un vrai régal pour les oreilles, Spyra vient d'élever l'art de la MÉ à un très haut niveau avec ce Dunst

1 Trias 12:10

2 Dunst 10:32

3 Frozen Fountain 9:28

4 Altekunst 12:47

5 Staub Part II 10:59

6 Tangible 15:36

Groove | GR-256 (CD 71:41)(Sequencer-based style Berlin School)

C'est par des ondes venant de l'Ouest sonique que Trias établit les paramètres rythmiques de DUNST. Propulsé par un élan d'intensité des woosh et waash métalliques, cette ouverture ambiante et onirique permute en un rythme polyphasé qui est nourri de saccades. Un maillage de percussions, d'effets percussifs et des lignes de séquences aux teintes aussi diversifiées que leur direction rythmique se greffent à ces multiples cassures spasmodiques alors qu'au-dessus, une onde vacille et chante en solitaire. Ces multiples lignes de séquences et ces percussions flirtent avec une fusion entre une approche technoïde à la Spyra et un lourd rock électronique sédentaire nourri par une pléthore d'effets sonores qui respectent les frontières de l'infini des synthés et de ces machines à faire des sons. Et si une phase moins intense s'amène, c'est pour instituer un genre de breakdance avec une armada d'effets percussifs et de percussions qui danse des claquettes avant que la riche faune sonore réinstaure ses bijoux, notamment des séquences un brin organique. Trias pave la voie à 5 autres structures dont les promiscuités musicales et sonores ouvrent nos oreilles à un fascinant univers qui ne peut qu'appartenir à Wolfram der Spyra. Cela aura pris près de 4 ans pour que le musicien natif d'Eschwege ré-ouvre les frontières de Staub. Et cette fois-ci Spyra attaque de plein fouet notre ouïe avec un percutant album construit sur des carrefours rythmiques où séquences et percussions électroniques meublent un univers qui serait aussi obscure que celui de Staub. La pièce-titre débute un peu sur la prémices de Trias, sauf que le rythme qui nourrie la majorité de ses 10 minutes lorgne vers une approche plus technoïde avec de sourdes pulsations qui plastifient une approche de danse bondissante. Saccadées et sautant comme des ruades de chevaux attaqués par un nid de guêpe, les séquences restent vives et incisives. Les nappes de synthé envahissent tant bien que mal cette structure plus rebelle et lorsque DUNST touche une phase ambiosphérique, des percussions calquées sur le modèle de Mojave Plan, (album White Eagle de Tangerine Dream) et Metal on Metal (TEE de Kraftwerk) redirige le rythme vers une phase plus légère.

Frozen Fountain s'ouvre avec une musique sculptée dans les parfums anesthésiants du Mirage de Klaus Schulze. Miroitant comme des gouttes limpides dans un univers de cristal, ces gouttes de rythme forgent une cadence stationnaire qui affiche les couleurs de Spyra avec une approche complexe et qui unit légèreté et intensité dans les tonalités et les permutations des phases. Léger, puisque des accords voltigent comme des carillons liés à la frivolité de flocons de neige sonique. Intense, puisque d'autres accords valsent avec un reflet plus grave tout en épousant la démarche légère des arpèges plus limpides. Une autre ligne de séquences monte sans arrêt, et sans atteindre son point d'explosion, donnant un relief de résonance magnétique au ballet sphéroïdal de Frozen Fountain. Alors que des stries cisaillent le plafond sonore, d'autres séquences plus vives, dansant comme des coups de ciseaux sur une chevelure argentée, donnent une autre dimension à ces mouvements du séquenceur qui miroitent et virevoltent dans des brises légèrement tourbillonnantes. Les tintements, de même que les passages plus doux, sont hypnotisant et m'ont fixé à mes écouteurs. C'est le genre de titre que l'on peut faire tourner en boucle alors qu'il y a toujours un élément de charme qui surgit de nul part. Et surtout que Altekunst épouse ce schéma, mais dans une approche plus éthérée. À tout le moins son ouverture, puisque sa 2ième partie offre une structure plus vive et plus lourde. C'est un fluide mouvement ascendant du séquenceur qui donne cet élan rythmique un peu après la barre des 5 minutes. Un mouvement très Berlin School qui éveille un bassin de séquences plus agressives dans leurs couleurs tonales. Ces tonalités miroitent entre des couleurs résonnantes et organiques, alors que des percussions nourrissent l'avidité des saccades qui redécouvrent un nouveau décor avec de bons effets sonores. Staub Part II affiche toutes les différences entre Staub et DUNST. La violence dans les tons ainsi que les gargouillis difformes et diffuseurs de distorsions guident les nappes planantes et le rythme vers une lourde et séduisante approche de Berlin School cernée de papillons sonores qui voltigent avec leurs couleurs rayonnantes. Après une ouverture gorgée de brises sibyllines, Tangible offre un lourd mais vif mouvement du séquenceur qui joue avec ses nuances et ses changements de phases dans un décor où les harmonies spectrales s'offrent un festin de séquences qui oscillent à perdre haleine. Disloqué par de courtes phases d'ambiances, le rythme joue avec ses élans pour feindre force et délicatesse dans un contexte sonore parfois tapageur.

Un véritable festin pour les oreilles, DUNST propose une MÉ construite sur d'impensables routes de rythmes forgées par les multiples facettes d'un séquenceur, et de ses innombrables probabilités mathématiques, et des percussions électroniques. Dans les faits, Spyra vient de rehausser l'art de la MÉ à un niveau très élevé. Selon moi, c'est là que la MÉ progressive devrait être. Malgré le chaos de ces structures polyrythmiques, un parfum de musicalité émane des 72 minutes de cet excellent album. Ce que je retiens le plus est la couleur de ses séquences dont les tintes rayonnent et ragent dans des schémas où le manque de cohésion devient subitement synonyme de synchronicité. Je parle très peu des ambiances…Balayées par les tempêtes du séquenceur et des percussions électroniques, elles sont conséquentes des niveaux atteints dans Staub. Ce qui n'est pas rien aussi! Au final, voilà un excellent album qui peut commander quelques écoutes, mais cette patience sera récompensée de 1 000 façons!

Sylvain Lupari 14/11/18 *****

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© 2019 by Alexandre Corbin for Synth&Sequences \ Sylvain (A.K.A. Phaedream) Lupari

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