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Steve Baltes: Bochum Sky (2014) (FR)

“Voici une belle surprise inattendue où la rétro Berlin School se mêle à une sorte de musique de dance enivrée d'éléments sonores qui sont au seuil du psychédélisme”

1 Bochum Sky I 35:24 2 Bochum Sky II 24:53 3 Bochum Sky III 10:23 MellowJet Records|CD-rSB1401 (CD-r/DDL 70:39) (Cosmic electronica, Krautrock and Berlin School)

Membre d'Ashra lors de la tournée de 1997 et complice d'Harald Grosskopf pour les albums de Sunya Beat et de Holo Syndrome ainsi que le trop bon Vier Mal Drei en 2001, Steve Baltes fait son petit bonhomme de chemin à travers les routes de la MÉ en apportant avec lui sa maitrise pour les rythmes et les clefs dans divers projets de musique initiés par d'autres artistes. Il se proclame, à juste titre, comme étant un musicien au service des autres. Et dans chaque projet où il a mis sa collaboration, la musique respire de rythmes et d'arrangements tout autant entraînants qu'harmonieux. Les rôles sont inversés pour BOCHUM SKY. Steve Baltes a plutôt répondu à l'invitation d'un ami afin de participer à l'évènement Sound of Sky, mis sur pied par Stefan Erbe, qui a eu lieu le 13 Juillet 2013. Pour l'occasion il a fallu composer lui-même et performé trois longs actes soniques fortement imprégnés du modèle d'Ashra avec des structures de rythmes qui flirtent entre du space funk et du techno cosmique et qui se distancent de leurs ombres pour s'écouler dans des directions contraires. C'est un premier album en 14 ans, soit depuis Rhythm of Life, pour Steve Baltes. Et il est juste à souhaiter que ça ne sera pas son dernier.

Des vents creux qui ululent et d'autres plus métalliques qui crissent! C'est avec une dense nuée de stridentes tonalités écarlates qu'il décide d'attirer notre attention. L'intro de ce long premier acte de BOCHUM SKY est très réaliste d'un ciel interstellaire où comètes, étoiles et résidus sédimentaires sifflent, grondent et vrombissent dans un tintamarre qui érafle un peu des oreilles bien casquées. Des cloches, des clochettes et des carillons voltigent et tintent dans ces vents où se cachent les premières pulsations de Bochum Sky I qui palpitent aussi mollement que sournoisement. Subtilement, la danse des clochettes permute en un mouvement de séquences qui fait scintiller ses ions dans cette tempête statique où des larmes de synthé suintent au travers un dense panorama tapageur. Le mouvement de séquences gambade sur place, sous les morsures des wooshh et des serpentins bruiteurs. Peu à peu Steve Baltes étend sa toile électronique qui s'éclaircit un peu après la barre des 8 minutes. Nous sommes séduits par cette danse des séquences qui se fait fouetter par le claquement des percussions électroniques. Les pulsations restent placides et les vents apaisent leur colère intergalactique avec des ondes plus astrales. Bochum Sky I devient plus doux. Sautillant en un large cercle hypnotique et orné de fins arpèges rêveurs, le rythme se fait mordiller par des percussions qui palpitent avec plus de vigueur que les séquences. Des séquences qui sortent leurs ombres, accentuant un rythme stationnaire toujours hypnotique qui entre dans sa 3ième phase avec une structure plus funky, plus abrupte vers la 15ième minute. Nous sommes dans le pays d'Ashra, la guitare de Manuel Gottsching ou de Lutz Ulbrich en moins, ou le techno et le funk étreignent leurs saveurs cosmiques sous un ciel bariolé d'effets électroniques. Le mouvement de séquences hypnotique s'égare des percussions électroniques et une ligne de basse dont la symbiose façonne un rythme parallèle plus vivant. Et le tout s'accentue. On fait un parallèle évident avec l'univers des séquences de Chris Franke alors que le rythme sautille dans des éléments électroniques cosmiques pour près de 20 minutes avant de croiser une phase plus ambiosphérique. Bochum Sky 1 entre dans sa 4ième phase avec une structure de rythme encore plus vivante. Un rythme sec nourri d'ions organiques et de battements vifs où les larmes de la guitare de Oliver Franks se perdent dans des lignes de synthé un peu plus spectrales. Et tranquillement Bochum Sky I embrasse sa finale ornée de dialogues et d'éléments électroniques, rappelant à tous que l'univers sonique de Steve Baltes aime bien traverser les frontières du temps et des genres.

Plus accessible, et nettement plus musical, Bochum Sky II s'extirpe aussi d'un dense nuage de radioactivités bruiteuses avant d'offrir un superbe mouvement de séquences qui nous ramène dans la période Flashpoint de Tangerine Dream. Le cliquetis des percussions mitraille ce rythme circulaire envoûtant. Des percussions qui deviennent plus mordantes et, avec l'aide des pulsations basses, redirigent l'axe du rythme qui se tiraille dans ce changement de peau avant d'afficher une belle symbiose. L'approche de musique de danse cosmique à la Jean-Michel Jarre transpire dans ce titre constamment picoré par des lignes iridescentes et des gargouillis électroniques. Les chants de flûtes se font mordiller par les charmes de ces pulsations organiques, étalant tous les paradoxes et les nuances à l'intérieur des cette étonnante saga sonique qu'est BOCHUM SKY. Et avec sa finale nettement plus robuste que Bochum Sky I, et où les solos de synthé rappellent les charmes complexes des harmonies de la MÉ, Bochum Sky II boucle avec un retour aux sources où son introduction était noyée d'un opaque voile aussi ambiosphérique qu'ambiosonique. Une finale et une introduction absentent du Bochum Sky III qui clôture ce dernier album de Steve Baltes avec approche plus douce, plus rêveuse. Le rythme est délicat. Les percussions entament la danse de la méditation où les coups des pulsations grincheuses ne dérangent en aucun moment une sérénité emmitouflée dans des larmes et des soupirs de synthé. La guitare de Oliver Franks éparpille sa mélancolie alors qu'un fin mouvement de séquences nous rappellent les structures de rythmes en constante opposition de BOCHUM SKY. C'est un beau morceau, c'est un doux moment qui peu à peu éveille son appétit pour plus de vélocité. Une vélocité toujours paisible qui atteindra plus le nirvana de la méditation que de l'excitation, clôturant ainsi un concert et un album où les contrastes, tant dans le rythme que les ambiances, sont ce qu'il y a des plus séduisants.

BOCHUM SKY est une étonnante surprise. Avec un superbe doigté pour des figures de rythmes en constante opposition, pour des ambiances nourries de contrastes, Steve Baltes présente un album où la frontière d'Ashra flirte avec les mouvements hypnotiques de la Berlin School rétro. Nos oreilles sont pleines de tons et totalement fascinées par cette immense mosaïque sonique qui est certainement le point d'ancrage de cet album où les structures minimalistes servent de bases à un imposant arsenal sonique tout en nuances. Malgré quelques longueurs dans les intros, à moins que l'on soit un adepte d'intenses barbouillages soniques, BOCHUM SKY reste un bel album où le genre de dance music s'enivre d'éléments soniques électroniques qui sont au seuil du psychédélisme. Un bel album qui nous fera inévitablement piger dans la discographie d'Ashra, tellement les flashes abondent.

Sylvain Lupari (14 Avril 2015) *****

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