• Sylvain Lupari

STEVE ROACH: Electron Birth (2018) (FR)

“Un beau voyage dans le temps de l'analogue où Now&Traveler et Empetus allaient guider les destinées de Dreamtime Return, d'Electron Birth”

1 Electron Birth 54:49 2 Cloud Currents 12:14

Timeroom Editions ‎– TM45

(CD/DDL 67:03)

(Sequencer-based Pacific School)

Lors de son concert afin de célébrer le 30ième anniversaire de Dreamtime Return, Steve Roach a aussi performé près d'une heure de musique additionnelle devant ses fans. ELECTRON BIRTH est le résultat de ce trop-plein de créativité du leader de la Pacific School. Empetus et de Stormwarning ont été des monuments pour les rythmes montés sur des séquenceurs fous. Par la suite, Steve Roach éparpillait ses quelques œuvres du même genre dans son imposante discographie. Je pense entre autres à Life Sequence, Storm Surge: Live at NEARfest, Proof Positive et quelques autres que j'ai pu oublier. Mais dans les dernières années, le musicien-synthésiste Américain nous a surpris en réintroduisant des œuvres menées par des séquenceurs, parfois doux tantôt ambiants et parfois violents comme avec Skeleton Keys, Live in Tucson: Pinnacle Moments et de longs segments dans des albums tel que Spiral Revelation ou encore Emotion Revealed. Mais aucun d'entre eux n'a atteint le niveau proposé ici. Donc, voici son dernier monument de rythme poussé par un séquenceur en folie; ELECTRON BIRTH. Sauf que cette fois-ci, la pièce-titre nous propulse dans les grands axes d'Empetus et de Stormwarning, à cette époque où Steve Roach pouvait faire compétition la main haute avec les maîtres du genre dans le style Berlin School.

L'onde du synthétiseur vient à peine de se lever que déjà fourmille une fébrile membrane rythmique sculptée par un séquenceur et une furieuse ligne oscillatrice de basses séquences dont la vive gigue des accords se succèdent à une telle vitesse qu'on pense entendre deux lignes. Déjà une petite subtilité dans ce décor rythmique attrape le mouvement qui présente un flot continue d'accords vifs où quelques-uns peinent à suivre cette furieuse danse linéaire. D'autres séquences et d'autres lignes de séquences se greffent, structurant une rare mosaïque de multi-lignes de séquences qui interagissent avec les flux différents et/ou légèrement modifiés de la cadence. Et ceux qui pensent à ce furieux débit rythmique qui clôturait Poland par la finale d'Horizon, c'est exactement de quoi est fait Electron Birth. Sauf qu'ici, le débit est soutenu tout au long de ses 55 minutes. Des moments plus calmes se pointent à 2 ou 3 endroits, sauf que le rythme reste nerveusement flottant avec des accords qui grésillent ou qui papillonnent sur place, attendant l'arrimage d'une autre structure de rythme. Les multi couches rythmiques de Electron Birth sont taillées dans une vision minimaliste dont les accrocs, les trébuchages des accords hébétés ou encore une autre sortie de l'autoroute rythmique atténue une cadence qui sera vivifiée à nouveaux quelques boucles oscillatrices plus loin. Cette fresque de rythmes incessants coule avec une telle fluidité dans ses changements de direction que même les phases plus ambiantes volètent comme les ailes de libellules dans l'œil d'un kaléidoscope vivant. Cette géante ossature minimaliste n'engendre aucun moment de lassitude ou d'ennuie puisque Steve Roach ajuste la cadence après de brèves rencontres avec des ailes de synthé plus morphique, comme de la 24 à la 27ième minute où Electron Birth prend une texture plus organique dans une cadence réorientée vers de la transe clanique à brûler la plante des pieds. Du pur génie qui doit bien finir et ça se fait en douceur à partir de la 50ième minute où les derniers battements du séquenceur rendent vie dans ces couches anesthésiantes uniques à la signature de Steve Roach. Et c'est un peu ce qu'est Cloud Currents; un long souffle d'ambiances qui s'accroche au derniers frissons de Electron Birth afin d’explorer un autre niveau où Roach excelle. Soit la musique d'ambiances, avec une belle pointe d'intensité dans ses 8 premières minutes où les couches de synthés crient à la lune des déserts avant d’offrir leurs douceurs par une symphonie de brises caverneuses.

Il faut se souvenir de ce 30ième anniversaire de Dreamtime Return, car Steve Roach nous a en mis plein les oreilles avec deux opus d'une MÉ au diapason de toutes nos gourmandises et nos attentes. Même celles que certains n'attendaient plus, comme ce ELECTRON BIRTH et surtout de sa pièce-titre. Un voyage dans le temps, dans ces belles années où Now&Traveler et Empetus allaient guider les destinées de Dreamtime Return. Mémorable!

Sylvain Lupari (22/08/18) ***** SynthSequences.com

Available on Steve Roach Bandcamp

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