• Sylvain Lupari

STEVE ROACH & ROBERT LOGAN: Biosonic (2016) (FR)

“Une fois de plus, Steve Roach porte un grand coup de séduction avec Robert Logan apportant sa musique à un autre niveau d'ambiances et de rythmes de la Terre”

1 Desires: Birth 5:39 2 OmniGen 5:37 3 Ecdysis Activation 3:21 4 Primal Confluence 6:35 5 Erospsphere 7:38 6 Atrium 3:16 7 The Biomechanical Lifecycle Revealed 10:19 8 Biosense 7:19 9 Amniotic Universe 20:29 Projekt Records | PRO00326 (CD/DDL 70:20) (Tribal, psybient and dark ambient)

Voici un nouveau chapitre dans la très prestigieuse carrière de Steve Roach. Cette fois-ci il fait équipe avec un jeune fleuron de la MÉ anglaise; Robert Logan. La genèse de cette nouvelle aventure en sons débute au tout début des années 2000 lorsque Robert Logan découvre The Magnificent Void. C'est le coup de foudre pour le jeune Logan qui, à 13 ans, part à la découverte de l'immense discographie de Steve Roach. C'est le père du jeune anglais qui initie l'histoire envoyant la musique de son fils à Steve Roach avec des dessins que ses étudiants ont réalisé en écoutant les albums du sculpteur des sons et des tons de la terre. La correspondance entre les deux artistes débutait ainsi il y a plus de 4 ans. Ils s'échangeaient des téléphones, des idées et des fichiers de musique jusqu'à ce qu'ils rencontrent à la fin de 2015. Deux albums sortiront de ces sessions; le très ambiant et méditatif Second Nature, qui n'était pas du tout prévu, et ce BIOSONIC qui est une longue mosaïque de 70 minutes où les ambiances très ésotériques succèdent à des rythmes de feu qui sont embrouillés par des essences d'Électronica et qui sont assombris par des filtres organiques, sinon industriels. Un fabuleux point de rencontre entre 2 artistes dont la différence d'âge, pas loin de 33 ans, ne fait tache ni n'a aucune ombre sur les passions qui les animent.

Ceux qui sont familiers avec l'approche très Psybient et Industrielle de Robert Logan, je fais référence à son album Inscape ici, seront en terrain connu avec la flore de bruits caverneux et de battements suspendus qui anime l'ouverture de Desires: Birth. Les rythmes de la Terre et de ses feux s'embrasent sur une faune omnivore. La couleur et l'agressivité des tons atteint son paroxysme jusqu'aux aurores de la première minute, là où Desires: Birth épouse la forme d'un beau down-tempo. Un Chill Out recouvert de la sérénité des nappes de synthé dont les délicats solos roulent en boucles et dansent avec des cerceaux allégoriques. Tranquille le rythme est comme les pas d'un loup qui affole sa proie (d'ailleurs ne sont-ce pas ses cris que nous entendons?), butinant entre une demi-vélocité et une ossature ambiante ornée des plus beaux contrastes du psybient. OmniGen est dans la plus pure tradition des rythmes aborigènes de Steve Roach. La cadence est essoufflante, même dans son enveloppe statique, avec une volée de percussions qui matraquent les souffles d'hyperventilations d'une tribu fantôme. Plus éthérée, la finale se jette dans le tranquille Ecdysis Activation et de son rythme endormi qui s'éveille pour atteindre le point d'excitation de transe tribale de Primal Confluence. Ici les percussions trépignent de fureur dans un pattern minimaliste nourri d'effets organiques qui agissent comme une longue fronde sonique. Contenu dans sa fureur passive, le rythme est devenu victime de son ensorcellement avec une structure qui devient un peu sautillante (un hip-hop organique) et une ambiance qui devient de plus en plus étouffante. Erosphere emprunte un sentier un peu plus tranquille avec un autre rythme lent, lascif qui est chargé de nappes ambiosoniques. C'est du Dark Ambient nappé des introspections de Steve Roach dans sa période Early Man. Idem pour The Biomechanoid Lifecycle Revealed où Robert Logan injecte ses nappes organiques dans une approche qui flirte avec le psybient. La structure évolue subtilement, l’envoûtement nous séparant de la réalité, pour atteindre un genre de crescendo dressé sur de bonnes percussions et une augmentation en sons des bruits de la Terre. Atrium revient un peu à la base de la musique tribale de Steve Roach avec un rythme passif. C'est comme une transe où les âmes nourries de drogues morphiques illuminent leurs visions à l'unisson, tandis que BioSense nous amène dans l'Électronica très dynamique de Robert Logan. Amniotic Universe clôture BIOSONIC sur une lente procession shamanique enchâssée de ces nappes de synthé parfumées de mysticisme incantatoire. Les 10 premières minutes sont magistrales alors que les 10 dernières émiettent le temps avec une symphonie de vents creux qui souffle sur une plaine dont les reliefs font chanter les ambiances. Encore une fois Steve Roach frappe un grand coup de séduction. Certes qu'avec l'imposante discographie à son actif le poète sonique de la Terre a tendance à revisité ses racines mais avec juste ce qu'il faut pour éviter les pièges de la redondance, même si des odeurs de déjà-entendu flottent tout autour de BIOSONIC. L'apport de Robert Logan apporte une intéressante dimension à la musique de Steve Roach en injectant une dose de psychédélisme et d'Électronica ensevelie dans une faune sonore qui jusqu'ici avait échappé au synthésiste et sculpteur de sons de la Californie. Un très bel album qui va certes plaire aux amateurs de l'approche tribale et shamanique de Steve Roach.

Sylvain Lupari (01/06/16) *****

SynthSequences.com

Disponible au Projekt Records Bandcamp

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