• Sylvain Lupari

SULA BASSANA: Organ Accumulator / Disappear (2017) (FR)

“Un autre étonnant mélange de Berlin School, de Koshmik Rock, de Space Music et de Krautrock fait de cet album un incontournable pour les amateurs de l'âge d'or de la MÉ”

1 Lichtbündel 7:50 2 Morgentau 4:48 3 The Frogs 5:57 4 Organ Accumulator 7:06 5 Grashamster 4:42 6 Nebelschwaden 9:49Bonus 7 Disappear 10:36 8 Grong 5:06 9 Smoof 6:00 Sulatron Records | ST1702 (CD/DDL 62:03) (Berlin School, Krautrock, Koshmic Rock)

Les joies d'être chroniqueur est de frapper des petits bijoux inattendus. Je vous avais déjà parler de Sula Bassana lors de ma chronique sur The Ape Regards His Tail avec même la promesse que je vous parlerais bientôt de Dave Schmidt, le multi-instrumentaliste derrière Sula Bassana, alors que je traduisais la chronique sur The Ape Regards His Tail tout en écoutant distraitement cet album. Déjà, je savais que j'allais aimer cela! Réalisé en format vinyle sur le label Deep Distance en Janvier 2017, ORGAN ACCUMULATOR a aussi été réalisé en format CD 2 mois plus tard sur le label Sulatron Records en incluant la Face A du vinyle réalisé avec 3 AM en 2014, Disappear – Waves. Et vous allez constater que comme matériel additionnel, Sula Bassana ne pouvait trouver mieux afin de compléter les lignes vierges d'un CD qui est tout simplement exceptionnel.

Une montée de sons stridents annonce Lichtbündel. Des élytres de métal, une basse insistante et des nappes de guitares constituent la base cette ouverture où très vite, la musique se bute à une bulle d'effets psychédéliques. C'est à cet instant que Lichtbündel dévoile ses charmes. La rythmique est sautillante, montée sur des basses pulsations et des percussions atypiques, et les ambiances sont tissées sur les ondes tremblotantes d'un vieil orgue. Comme dans le temps de Klaus Schulze! Voguant entre des phases d'ambiances aux étranges parfums du vieux Babylone et des phases de rythme qui sautillent avec plus d'incision, Lichtbündel enfonce mes oreilles dans les années vintage mais avec une contemporanéité dans le ton qui fait très Krautrock réinventé. Morgentau est tout simplement sanguinaire avec son rythme sombre qui sautille comme une marche où les pieds flottent plus qu'ils avancent sur un délicieux tapis de vieil orgue. Il y a une forme d'intensité ici que l'on reconnaîtra après quelques écoutes. C'est une délicieuse marche soporifique, même les coups de sabots sur la chaussée sonnent comme du bois usé, enveloppée d'une onde de sons vampirique. The Frogs offre un rythme sec avec des percussions aussi sobres que ces accords de claviers qui font comme du bon vieux Rick Wright. La basse est bonne ici et solidifie cette structure où les effets psychédéliques abondent avec de bons effets réverbérant et des strates de synthé, ou est-ce de guitare, dont l'amalgame donne un éclat de loup-garou qui est résigné la seule nourriture restante…les grenouilles. La pièce-titre détonne avec une structure motorik très animée qui croît en se chaussant d'un bon gros rock bien juteux de ses riffs. Enlevant, un peu sauvage et très inattendu!

Grashamster propose une introduction en mode ambiances, même avec ces percussions feutrées qui peinent à cacher un étrange murmure et qui forgent une approche légèrement motorik. Le rythme étend une croissance qui atteint une vélocité plus bruyante que rythmique avec des effets et des spasmes sonores qui respirent la marginalité Et malgré cet aspect, ce titre refoule une mélodie qui n'apparaitra pas avant quelques écoutes. Très bon! Nebelschwaden termine ORGAN ACCUMULATOR avec une approche lentement stroboscopique. On dirait une marche pensée par Vangelis mais joué par Tangerine Dream et mixé par Steven Wilson. C'est lent, comme une odyssée vers des cimes plus ou moins abruptes, avec une texture sonore aussi mélodieuse que ces chansons que l'on chante sans arrêt lorsque notre corps est occupé à faire quelque chose de dur physiquement. C'est très beau! C'est comme si on était gelé à l'os et que l'on sautillerait dans l'espace avec des astres et des étoiles comme musiciens sans frontières. Et l'effet d'orgue ici est plus séduisante que vicieuse. Comme j'écrivais plus haut, l'album devient ORGAN ACCUMULATOR / DISAPPEAR avec l'ajout de la face DISAPPEAR du vinyle Disappear – Waves. Si Grong est un gros Krautrock juteux et spasmodique et que Smoof est un titre d'ambiances funéraires sur un rythme lent et envoûtant, Disappear est le fait saillant de cet ensemble boni avec une séduisante structure délicatement stroboscopique avec son plein de distorsions de six-cordes aussi malveillantes qu'éthérées. Des nappes de voix se collent à ces bizarreries de la guitare et de ses airs gutturaux, poussant Disappear vers un délire d'ambiances qui se termine avec une fumante approche de synth-pop psychédélique entraînant et mélodieux. La route est superbe de sons et d'effets de guitares, notamment de belles boucles harmoniques à la Michael Rother, avant d'arriver à cette délicate explosion de rythme qui est aussi attendue que non décevante. Un peu comme la finale de la pièce-titre.

ORGAN ACCUMULATOR / DISAPPEAR est un solide album de Sula Bassana. C'est un album très différent de The Ape Regards His Tail à cause de sa texture plus en rythme qu’en ambiance et de sa fusion entre les différents styles qui éclataient la petite planète musique dans les années 70. Il y a du Berlin School, du Koshmik Rock et du bon Krautrock enveloppés dans un combat entre les années vintages et celles plus modernes avec des rythmes entrainants et bizarroïdes qui laissent toujours une petite place à des mélodies que l'on remarque un peu plus tard. Très bon et je le recommande fortement. Il a déjà sa place dans mon Top 10 de 2017!

Sylvain Lupari (21/08/2017) *****

SynthSequences.com

Disponible au Sula Bassana Bandcamp

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