• Sylvain Lupari

TANGERINE DREAM: Le Parc (1985) (FR)

“Différent ce Le Parc? Et comment! Mais ça demeure un des beaux albums de Tangerine Dream hors Virgin avec une panoplie de mélodies sur des rythmes bien conçus”

1 Bois de Boulogne 5:07 2 Central Park 3:37 3 Gaudi Park 5:10 4 Tiergarten 4:28 5 Zen Garden 3:07 6 Le Parc (L.A.- Streethawk) 2:56 7 Hyde Park 3:50 8 The Cliffs of Sydney 5:20 9 Yellowstone Park 6:10 10 Streethawk (Radio Remix) 3:04 EREACD1027 (42:49)

(Melodic and rhythmic EM)

Ah…LE PARC! Après mures réflexions, ce n'est pas un vilain album. À l'époque c'était comme accepter une nouvelle vision amoureuse offerte par notre bien-aimée. On était heureux avant! On aimait ces longs coïts musicaux aux surprenants dénouements qui pimentaient une écoute abusive mais amplement justifiée par autant de créativité. Mais notre amante aux cordes de diamants irisés décide autre chose! Et comme tout bon amant conquit devant toute ces possibilités et dernières visions, on acquiesce. Et, oh surprise, on trouve cela pas si pire, et on finit par aimer cette nouvelle façon de faire les choses. Sauf qu'en catimini, notre bien-aimée vient de jeter les canevas de nos futures relations. Fini les longs ébats, place aux courts échanges harmonieux! Pour plusieurs fans de Tangerine Dream, LE PARC représente la fin d'une époque. Primo, c'est le dernier album studio du trio le plus électrique et électronique des multiples phases du groupe. Secundo, c'est l'album qui marque aussi un tournant majeur dans la carrière du mythique trio qui dorénavant abordera des compositions plus concises et plus harmonieuses. Et l'histoire démontrera que le Dream laisserait tomber les longs et complexes voyages musicaux à la Berlin School pour frayer tranquillement dans le modèle électronique américain; le New Age ou un genre de rock électronique qui manquerait autant d'âmes que d'envergure. Tertio, c'est la fin des années Virgin! Pour expliquer ce changement d'orientation, Edgar Froese déclarait ceci: Tangerine Dream, c’est comme la respiration! Les 12 ou 13 premières années on respirait dehors et l'autre décennie, on respire dedans. Le concept est simplement le monde intérieur et extérieur. Il est plus compliqué d'y enter, mais respirer à l'intérieur est un aspect naturel du respire. C'est en dedans et non dans l'espace. Ce n'est pas macrocosme, c'est microcosme. Je compare nos compositions à de la musique de voyage. De la musique d'aventure qui est beaucoup inspiré par les endroits que nous avons visités au cours des années. Et c'est un peu l'idéologie derrière LE PARC; 9 titres pour 9 parcs qui ont séduit et inspirés Chris Franke, Edgar Froese et Johannes Schmoelling. Cet album transitoire du Dream a connu plusieurs éditions et remasterings. Une chatte y perdrait ses petits! Cette dernière (et ultime?) édition d'Esoteric Recordings offre une plus belle définition des séquences et des percussions qui sont la pierre angulaire de LE PARC, découpant ainsi les rythmes avec plus de netteté sans pour autant altérer les belles mélodies qui s'y agrippent. En plus, cette version offre le Radio Remix de StreetHawk (Le Parc) dans un format commercial avec un rythme plus lourd et nerveux qui vise un public nettement plus jeune.

Bois de Boulogne débute ce voyage musical virtuel avec un rythme sobre brodé par un bon maillage de séquences et percussions aux tonalités hétéroclites. Le rythme est coulant, à limite sensuel, avec une bonne ligne de basse aux pulsations qui résonnent grossièrement autour des harmonies d'un synthé qui parsèment ses brises dans des tons multicolores, tantôt flûtés et tantôt austères. Avec ses percussions qui claquent comme des castagnettes sur acide et sa ligne de basse aux hâtives notes dévalant une rue bondée de trafic, Central Park en a dérouté plus d'un. La musique est rock avec des accords secs et un superbe clavier qui serpente ses notes avec légèreté, amenant un aspect mélodieux déroutant dans ce contexte rythmique violent qui est un peu à l'image de sa ville. Un bon titre qui prend son effet à haut volume. Gaudi Park est saisissant avec ses percussions de style tam-tam qui alternent ses frappes dans une faune musicale organique surréelle. Les séquences sont magiques. Virevoltant comme des coups de ciseaux dans une brume mélodieuse, elles tracent un schéma rythmique harmonique tout en nuance. De mélodieuses couches de synthé aux formes soloïques en enveloppent ce tempo enrichi de chœur et d'effets sonores de tous acabits (on a même droit à des clins d'œil gazéifiés de l'ère Poland), brodant les contours d'une ballade qui se fond au superbe et mélancolique Tiergarten et ses accords de piano flânant dans les brouhahas de chérubins. Le rythme augmente tout en musicalité sous ses notes de piano qui acceptent les caresses d’un synthé sifflotant sous un soleil rayonnant. Une autre belle mélodie qui mûrit très bien avec les années. Sans rythme précis, Zen Garden respire les valeurs traditionnelles chinoises. Les accords pincés de ce qui sonne comme un koto flottent avec légèreté dans le sillon de puissantes pulsations et de leurs échos résonnants. Des chœurs lascifs et astraux ainsi que des brumes argentées soufflent un genre d'apaisement sur un titre qui se démarque par une approche théâtrale dramatique. La pièce-titre atterrit avec vélocité sur un autre beau maillage de percussions et de séquences. Le rythme est fascinant et prend une autre tangente avec une autre ligne de séquences, plus limpides, qui ondule avec frénésie sous les caresses d'un synthé très harmonique. C'est un titre très entraînant qui trouve sa richesse avec une panoplie d'effets sonores percussifs (de loin la force de LE PARC) et qui est devenu l'emblème musical d'une émission de télé culte ainsi que le single de l'album.

Hyde Parc est un coup de génie. L'intro est alimenté par des percussions aux étranges tonalités hétéroclites, traçant le schéma d'un rythme mélodique qui sautille avec entêtement. Et sur un court laps de temps le trio Allemand réussi à construire un superbe titre aux intonations royales avec ce rythme si chérubin qui augmente son intensité et sa poigne hypnotique sur une mélodie en constante évolution. Superbe et stoïque… à l'Anglaise. Après des petits échantillonnages de cris de mouettes, The Cliffs Of Sydney poursuit avec un tempo soutenu par de bonnes percussions roulantes et un synthé aux effets de violons légers. L'approche est très cinématographique et le rythme est lourd, voire noir, avec des accords résonnants qui sautillent dans les brumes argenté d'un synthé qui étend ses nappes harmoniques sur une croissante rythmique mélodieuse. Yellowstone Park est d'une infinie beauté. Cette très belle ballade démarre avec des brises flûtées qui égarent leurs lamentations dans la discorde d'un orchestre qui ajuste ses cors et cordes. Une fine approche mélodieuse éclot. Tel un tic-tac elle tambourine ses accords fragilisés qui se greffent aux lourds martèlements des percussions, tissant un rythme lourd et suggestif que la suave voix de Clare Torry caresse de ses chaudes lamentations sensuelles. La symbiose voix et synthé est sublime et l'ensemble offre une très belle ballade suggestive qui fige entre nos tympans une mélodie lourde et lente. Son cheminement stigmatise une écoute aussi émerveillée que des yeux rêveurs contemplant les images qui capturent l'esprit et la beauté de ce magnifique parc aux milles trésors.

Différent certes, LE PARC n'en demeure pas moins un très bel opus bourré de belles petites ballades à la fois mignonnes et bien cadencées. Nous sommes en revanche très loin des longs titres aux structures évolutives et aux dénouements toujours aussi surprenants. Mais c'est la volonté d'Edgar et LE PARC marque ce début d'une nouvelle ère pour Tangerine Dream où les équipements et les technologies semblent vouloir dicter la direction artistique du groupe. Au final, voilà bien l'un derniers opus intéressants du trio Allemand qui entamera aussi une tournée Européenne et Nord-Américaine d'une exceptionnelle qualité avec Paul Haslinger. Mais ça aussi c'est une autre histoire. Oups, j'allais oublier…LE PARC est devenu l'un de mes albums préférés de Tangerine Dream.

Sylvain Lupari (29/10/06) ****½*

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