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  • Sylvain Lupari

TANGERINE DREAM: Mala Kunia (2015) (FR)

Oui! The Quantum Years semblaient tellement prometteurs...

1 Shadow and Sun 7:54 2 Madagaskunia 6:51 3 Madagasmala 7:04 4 Beyond Uluru 7:49 5 Vision of the Blue Birds 8:39 6 Snake Men's Dance at Dawn 5:51 7 Power of the Rainbow Serpent 8:03 Eastgate ‎| 071 CD

(CD/DDL 52:14) (V.F.) (E-rock)

Voici le premier et le dernier album, quoiqu'il soit listé comme étant un Cup Disc, de la dernière mouture du grand projet d'Edgar Froese; les Quantum Years. Et aussi injuste que cela puisse paraître aux yeux des premiers fans et de ceux qui vénéraient le vaisseau sonique des années 80, cette prometteuse réorientation de Tangerine Dream, toujours selon les propos d'Edgar qui spécifiait que le groupe retournerait à la base avec des équipements purement électroniques, ne donnerait qu'un mince aperçu de tout son potentiel. Car le potentiel était bel et bien là. Ce MALA KUNA en fait toute la preuve. Fini les percussions sans âmes et le saxophone sans destin, place à l'électronique. Fini la guitare, sauf pour ses riffs. Et fini les violons! Même si listés, on les entend à peine ici. Place à la MÉ! Et surtout, place à Ulrich Schnauss dont la renommée n'est pas surfaite et dont la collaboration avec Froese/ Quaeschning me fait penser vaguement à ce vent de fraîcheur que l'arrivée de Schmoelling insufflait à Franke et Froese au tournant des années 80. Un rythme sombre, vif et palpitant émerge des ondes qui dansotent et chatoient vivement comme les reflets des aurores boréales caressent l'ouverture de Shadow and Sun. On sent ici un duel entre ces rythmes trépignant d'incertitude du Dream des années Eastgate et l'approche rythmique plus harmonique d'Ulrich Schnauss qui cosigne ce titre, ainsi que Madagasmala, avec Edgar. Étouffé dans sa lourde structure, Shadow and Sun tangue entre un rock électronique lourd à la TD, apprêté de nappes de voix et de riffs, et ces structures harmoniques électroniques de Schnauss qui sont ornées de tintements et de bribes de mélodie à la Jerome Froese. Y a-t'il un drapeau rouge qui se lève quelque part? La signature rythmique converge avec cette nuée de petits pas séquencés qui sautillent et frétillent comme un concert de pas de canards s'agitant frénétiquement sous des eaux agitées. C'est de la bonne MÉ qui laissait effectivement entrevoir de belles possibilités, j'aime mieux l'approche plus enjouée et harmonique de Madagasmala, mais qui semble aussi se chercher dans cette nouvelle direction qu'Edgar veut insuffler à son Dream. Une direction qui est très apparente avec le très bon Madagaskunia où tout, mais tout, nous ramène dans les années Stuntman et Pinnacles, mais avec une superbe enveloppe contemporaine. C'est signé Edgar et c'est superbement bon.

Beyond Uluru arbore les années Eastgate avec une rythme sautillant dont le chevrotement forge une discrète mais efficace structure stroboscopique. Les effets sonores sont dominants alors que les sombres harmonies rejoignent cette touche de morosité qui caractérise les dernières œuvres d'Edgar. C'est bon, mais il n'y a pas d'effets d'intensité. Tout est linéaire dans ce Cup Disc, mis à part les compositions du tandem Froese/Schnauss qui semblent avoir plus de courbes et de profondeur rythmique. Vision of the Blue Birds va nous faire la même impression que Madagaskunia. C'est un bon titre où les vieux parfums d'Edgar trônent comme cet effet d'essentialité qui tenaille les fans de la première heure de son vaisseau. On ne saura jamais la suite, quoique l'album au complet est promis pour le début 2016 avec la participation de Peter Baumann (sic!), mais les fenêtres du royaume Froese étaient grandes ouvertes ici. Et même si Snake Men's Dance at Dawn fait genre western électronique bourré de pastiches aux années Eastgate, on aime! C'est du bon Edgar qui fait siffloter son synthé comme les harmonies sifflées par un cow-boy nonchalant. Composé par Thorsten Quaeschning, Power of the Rainbow Serpent offre une superbe tangente croissante avec une nuée d'ions séquencés qui papillonnent vivement dans les caresses soniques de beaux arrangements. Ces violons tissent des harmonies éthérées sur une structure de rythme à moitié ambiant, presqu'un down-tempo cinématographique, qui laisse ses empreintes sur nos émotions avec de bonnes pulsations sourdes dont les résonances flirtent avec un beau maillage de séquences et percussions. C'est du très bon Thorsten Quaeschning qui, par moments, sonne tellement comme Edgar.

On fait beaucoup de tapage sur l'arrivée d'Ulrich Schnauss. Et avec raison! Le son de Tangerine Dream change littéralement avec Shadow and Sun et Madagasmala. Sauf que les bijoux de ce MALA KUNA sont bel et bien les compositions d'Edgar qui est ici plus séduisant que jamais. Mais ce Cup Disc a aussi ce gros défaut des dernières œuvres de la gang à Edgar; il est trop linéaire. Il n'y a pas d'explosion dans les rythmes, ni dans les émotions. Individuellement et piste par piste écouté ici et là, la musique sonne très bien. C'est lorsqu'on écoute l'album au grand complet que l'on se rend compte de son manque de profondeur. Mais oui, j'anticiperais des belles choses. Sauf que l'on ne le saura jamais. Edgar est parti trop vite. J'espère sincèrement que la suite de MALA KUNA trouve sa conclusion. Pour la suite, j'espère qu'Eastgate aura la décence de respecter la mémoire de sa principale raison d'exister et que Tangerine Dream ira rejoindre Edgar à sa nouvelle demeure cosmique.

Sylvain Lupari (08/09/15) *****

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