• Sylvain Lupari

TANGERINE DREAM: The Angel from the West Window (2011) (FR)

The Angel of the West Window n'est certes pas aussi solide que The Island of the Fay, mais ça reste tout de même un splendide album

1 The Mysterious Gift to Mankind 10:29

2 The Evening Before Easter 5:50

3 Living In Eternity 3:58

4 The Silver Boots of Bartlett Green 7:22

5 Hosanna of the Damned 7:50

6 Dream Phantom of the Common Man 6:37

7 The Strange Idol of Baphomet 6:31

8 Hoël Dhat the Alchemist 7:10

9 The Invisible Seal of the Holy Tribe 9:36

Eastgate CD 051

(CD 65:43)

(Progressive E-Rock)

Que devait-on espérer après un album aussi solide que The Island of the Fay? Eh bien, je répondrais; à un album comme THE ANGEL OF THE WEST WINDOW! Le dernier Tangerine Dream avait pris la majorité des gens par surprise. C'est une œuvre puissante avec des structures de rythme aux mouvements vifs et aléatoires qui se moulaient à de mélancoliques mélodies flottant dans des ambiances lourdes et sombres. C'est un peu le canevas de ce dernier album qui sort même pas deux mois après The Island of the Fay. Soit qu'il y avait un trop de matériel pour un album simple, soit que THE ANGEL OF THE WEST WINDOW a été bouclé à la vitesse. Mais quoi qu'il en soit, ce dernier album n'a pas le même effet surprise et fait entendre un Tangerine Dream qui s'essouffle avec un léger manque d'originalité. Mais contrairement aux années passées, le résultat final n'est pas mauvais. Il était juste anticipé

L'album commence avec le scintillant miroitement séquencé de The Mysterious Gift to Mankind. Cette composition d'Edgar propose un mouvement du séquenceur qui fait alterner et glisser ses ions avec une étonnante fébrilité, dessinant une curieuse approche cauchemardesque, alors que des pulsations et une autre ligne du séquenceur émergent pour créer un fascinant rythme statique flottant au-dessus d'une intro qui progresse avec une nette tension dramatique. Cet amalgame de séquences et pulsations converge vers un rythme lourd mais stationnaire où de plaintifs solos de guitares mordent une structure musicale déchirée par l'harmonie de ses accords de claviers et de ses riffs de synthé. La guitare d'Edgar est fumante. Elle déchire les rythmes et ambiances de longs solos plaintifs alors que The Mysterious Gift to Mankind évolue à travers différentes approches rythmiques, embrassant au passage les douceurs larmoyantes des étreintes violonées et des arrangements orchestraux qui ont un effet de balancier sur un rythme qui s'enrichit de bonnes percussions électroniques. Des percussions qui secondent des séquences lourdes et un rythme devenu plus limpide, même avec l'apparition des couches de synthé qui en balaient la cadence d'une lourdeur romanesque, tandis que la guitare d'Edgar continue d'en mordre sa fragilité. Oui, ce The Mysterious Gift To Mankind est un très bon titre. Des accords métalliques secs et papillonnés harponnent les sourdes pulsations qui palpitent sur une glissante onde de synthé et propulsent The Evening Before Easter vers une structure rythmique nerveuse. Un titre sans percussions ni guitares, The Evening Before Easter fait penser à Exit avec sa sonorité métallique et ses nappes de synthé hachurées qui font contrepoids aux séquences trépignant sur une structure rythmique ondulante, nourrie de séquences fébriles et balayée par de brèves nappes d'un synthé aux souffles flûtés et aux chœurs discrets. Living In Eternity est une douce ballade électronique imprégnée d'une certaine morosité qui suit les mouvances d'un synthé empli d'un voile violoné, dont les discrètes frappes de percussions camouflent des délicates séquences qui nous ramène à l'époque de Legend. Une chorale prise dans une oscillation séquentielle ascendante ouvre The Silver Boots Of Bartlett Green. Le rythme est sourd et nappé de couches de synthé. Il pulse au rythme d'une basse qui s'échappe pour forger une autre structure rythmique empreinte d'ambiances sombres. Un tempo lent, un peu lourd, et imbibé d'un synthé aussi mélodieux qu'enveloppant, The Silver Boots Of Bartlett Green permute constamment autour de brèves mélodies et de superbes arrangements, dont un passage très poignant un peu après la 4ième minute. C'est un beau moment, et un très beau titre, riche en musicalité avec des séquences qui se succèdent dans une étonnante fluidité sous des souffles et soupirs d'un synthé absent.

Hosanna of the Damned est plus du genre ballade. Une ballade électronique assise aussi sur une belle structure cadencé avec des séquences qui palpitent et frétillent dans une faune rythmique hétéroclite où des percussions sobres ainsi que des pulsations sourdes et feutrées s'arriment à un synthé aux accords aussi nerveux et saccadés qui roulent sur une belle structure harmonieuse. Dream Phantom of the Common Man est un autre bon titre. Il débute avec des percussions claquantes et des lourdes pulsations vibrantes qui sont enveloppées par un synthé aux chœurs angéliques. C'est un titre aux belles harmonies, dont la structure s'apparente à Hosanna of the Damned mais avec un meilleur jeu de séquences. Des séquences qui dansent avec de bonnes percussions sur un mouvement linéaire aux ondulations saccadées et survolées par d'intermittentes couches d'une discrète guitare métallique. Mais aussi bon soit-il, il sonne la descente de THE ANGEL OF THE WEST WINDOW vers un monde musical qui manque de souffle avec The Strange Idol of Baphomet et son amalgame d'accords de guitares et de séquences qui frétillent nerveusement à l'ombre d'un synthé plaintif. De délicats accords de piano ajoutent un brin de morosité à une structure qui affiche une plus belle musicalité en deuxième portion avec un mouvement séquentiel plus nerveux et de fins arrangements orchestraux. Après une lente intro empreinte de brume mellotronnée, Hoël Dhat the Alchemist émerge et offre un rythme légèrement oscillatoire où les accords de claviers prédominent dans une harmonie sans éclat sur des percussions et séquences discrètes. Certes le mouvement rythmique prend quelques envolées, mais elles sont englouties de chœurs éthérés qui forgent tout de même une belle musicalité. The Invisible Seal of the Holy Tribe freine la chute musicale de l'album. Un superbe titre, sans rythme précis, qui accroche une mélodie à la dimension insaisissable et qui débute par un étrange et envoûtant mouvement séquentiel. Des séquences et des pulsations tambourinent fiévreusement, comme d'éternelles boucles rythmiques. Elles s'agitent sur mouvement envoûtant, nourri de subtils élans d'une discrète ligne de basse, qui suit une lente courbe ondulatoire garnie de clochettes aux teintes hétéroclites. Le mouvement progresse avec plus de vivacité alors qu'un léger effet dramatique se forme autour des couches de synthé spectrales qui sillonnent les ondulants serpentins d'accords carillonnés. L'élan mélodieux s'arrête brusquement, plongeant The Invisible Seal of the Holy Tribe dans un passage où de violentes percussions et des coups de basse trépignent d’une soudaine convulsion pour entreprendre une danse désarticulée, enveloppée d’un chaleureux synthé. Le rythme battant d’une démesure arythmique The Invisible Seal of the Holy Tribe recouvre une différente approche mélodieuse où les harmonies sont triturées par un mouvement saccadé, mais conserve tout autant le magnétisme envoûtant avec une belle finale où tout concorde, comme si il n’y avait pas eu de tempête séquencées ni rythmique. Mais le titre est superbement ancré dans nos oreilles qui se meurent d’envie de la réentendre, sauf qu’il y a cette superbe finale avec sa mélodie et ses séquences qui continuent de charmer, et de charmer, et de charmer. Tout un titre!

THE ANGEL OF THE WEST WINDOW n'est certes pas aussi solide que The Island of the Fay, mais cela reste un très bon album où les mélodies et les structures rythmiques d'Edgar sont soumises au test de la multiplicité. Selon moi, il est impensable et utopique d'espérer entendre des coups de génies lorsque l'on crée de la musique en série. L'art n’est pas une usine de montage. Mais avec l'aide de valeureux compagnons qui acceptent de suivre son étrange évolution, Edgar Froese arrive toujours à surprendre et à étonner. En 2011, le vieux bougre m'a agréablement étonné. Et si des fois je suis dur envers lui, je suis aussi capable du contraire. Bravo Edgar, tu as encore réussi une autre belle pièce de musique.

Sylvain Lupari (20/09/11) ***½**

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Disponible au Groove nl

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