• Sylvain Lupari

TOM EATON: How It Happened (2019) (FR)

“Ce que nous avons ici est un superbe album de la musique de nuit. De la musique calme avec de jolies notes qui tintent et qui sont dispersées dans un ciel sombre et turbulent”

1 Ice 5:37 2 An Unexpected Opening 7:57 3 Mk, and How it Happened 7:18 4 The Slow River 9:21 5 Later, at Night by the Lake 6:58 6 Genezen 13:00 7 The Fog and the Lifting 6:24

8 Until Her Eyelids Flutter Open 13:46

Spotted Peccary SPM-4001 (CD/DDL 70:25)

(Progressive Ambient Music)

De l'ambiant progressif! J'aime bien l’idée, car elle colle assez bien à l'étiquette de ce premier album de Tom Eaton sur Spotted Peccary. Qui est Tom Eaton et de quoi est fait son art? Ce multi-instrumentaliste qui vit tout près des côtes de l'océan Atlantique, le nord-est du Massachusetts, a longuement travaillé avec William Ackerman pour le label Windham Hill. Et cela transpire dans sa musique où rôdent des éléments sonores qui gravitent en suspension et où s’étendent des accords de piano et guitares, étirant leurs tonalités dans des modèles répétitifs. Et lorsque les émotions viennent de la mer, cela donne des climats musicaux attirés par les deux extrêmes; le froid de s hivers et la chaleur des étés. HOW IT HAPPENED dérive entre ces deux pôles avec des structures où les éléments de l’hiver cohabitent avec une séduisante fusion avec ceux de l'été. À tout le moins sur cet album qui s'avère être le 3ième de Tom Eaton. Une approche théâtrale calquée sur le modèle de l'ouverture de The Garden of Fables, par Thierry Fervant, pousse un lointain grondement qui avance vers nous. La glace se casse et Ice s'offre à nos oreilles avec des couches de synthé irradiant une obscure chaleur à faire fondre la glace. Entre des couleurs tonales qui divisent la chaleur et le froid, ces couches, assez musicales je préciserais, dérivent à travers des accords stigmatisés dans un écrin de glace vive (un clavier, un piano électrique?) et des éclats de bruits retentissants, comme des récifs de glace en pleine fonte. Le mouvement est ambiant et assez lyrique avec brises isolées qui laissent souvent penser que Ice s'arrêtera ici ou là, mais il n'est est rien. Il empiète même sur les frontières de An Unexpected Opening, endroit où HOW IT HAPPENED prend véritablement son envol de conte musical intense et dramatique, principalement à cause de ces schémas de piano très mélancolique qui percent nos tympans avec des réverbérations glaciales. Le synthé, de même que les souffles de guitare, tissent des ambiances sibériennes avec une multitude de couches dont les couleurs des aurores boréales épousent l'évolution musicale du titre. Le piano pose des notes vives qui résonnent et tintent, de même que des éléments percussifs, sur une surface glacée. Et comme dans Ice, la structure rencontre des poches de solitude et revient avec une subtile sensation d'intensité. Sous un plafond ombrageux, la pièce-titre propose un duel entre un piano et une guitare lap-steel. C'est aussi romantique et saisissant que du bon Tim Story ou encore Darsha Ambient. Je mettrais The Fog and the Lifting, qui est un splendide titre plein de romance et de mélancolie, dans cette catégorie. Des brises caverneuses et des couleurs écarlates tissent le panorama d'ambiances qui saisit les offrandes d'un piano solitaire dans The Slow River. Très minimaliste, le piano couche une série de notes épisodiques qui tintent parmi des prismes naissants. De fins filaments de voix séraphiques ajoutent au poids très éthéré et poétique de ce titre qui survit assez bien à Mk, and How it Happened. Une large onde de réverbérations nourrit la naissance de Later, at Night by the Lake où le passage d'étoiles filantes s'entend par de brèves lignes d'une autre tonalité dont la couleur cuivrée cisaille l'aspect sombre de la nuit. Des pulsations éparses donnent une apparence plus intrigante qui devient amplifiée par des ombres de voix dont la provenance reste suspecte. La 2ième partie propose un voyage plus éthéré avec de belles nappes de voix célestes qui peaufinent l'approche onirique de ce titre. À date, cet album coule très bien dans la nuit, même avec ses effets houleux dissimulés un peu partout. Genezen est un très beau titre avec une introduction qui se répète à travers les 8 titres de HOW IT HAPPENED. Les notes de piano tombent comme des gouttes répétitives. Certaines libèrent une forme d'écho, créant un pattern sonique très étendu dansant avec ces strates irisées qui dérivent depuis l’introduction. Une ligne de basse propose un lent mais lent rythme dont il ne reste plus que son rayonnement, alors que des strates de lap-steel couchent une couleur douloureuse à un ciel sonique plus complexe que musical que le piano démêle avec sa gracieuse fragilité. C'est le plus long titre de HOW IT HAPPENED qui a le mandat de terminer cette première rencontre avec la musique de Tom Eaton. Des strates acérées et vivantes de leurs couleurs écarlates allument son panorama. Comme c'est souvent le cas, on distingue avec peine les voix célestes qui se détachent de ces amoncellements de lignes criantes, mais pas le piano qui détache ses notes avec cette retenue qui en fait un instrument avare de ses sesterces soniques. Les strates dérivent dans le même axe, suivant une oblongue ligne horizontale qui protège ces notes de piano mourant ici et là parmi les nombreuses routes d'un album qui sera sans doute un excellent compagnon pour décompresser, lire et s'endormir. Un bel album du genre ambiant progressif…J'aime cet expression! Sylvain Lupari 04/05/19 *****

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Disponible sur Spotted Peccary

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