• Sylvain Lupari

VANGELIS: Blade Runner (1984) (FR)

“Blade Runner est un album culte, probablement le meilleur pour une bande sonore, pour un film culte où sons et images ont traversé les décennies sans appel”

1 Main Titles 3:42 2 Blush Response 5:47 3 Wait For Me 5:27 4 Rachel's Song 4:46 5 Love Theme 4:56 6 One More Kiss, Dear 3:58 7 Blade Runner Blues 8:53 8 Memories of Green 5:05 9 Tales of the Future 4:46 10 Damask Rose 2:32 11 Blade Runner (End Titles) 4:40  12 Tears in Rain 3:00

Atlantic | 82623-2 (CD 57:39)

La musique de BLADE RUNNER est au monde de la des films de science-fiction, ce la musique d'Ennio Morriconne est pour les westerns Italiens. Un rendez-vous avec la vision d'un cinéaste! Tout d'abord un peu d'histoire. C'est en 1982 que le célèbre film de Ridley Scott sortait en salles. Pour des raisons toujours obscures à ce jour, et ce malgré l'acharnement des fans et historiens de Vangelis, la trame sonore originale était limitée qu'au film. La première version était une adaptation orchestrale, et fort aseptisée, par The New American Orchestra. Un album d'à peine 34 minutes qui n'incluait que le côté mélodieux de l'œuvre de Vangelis et excluait les dialogues et effets sonores qui enrichissaient tant le film que sa trame musique. Malgré l'absence de cette bande originale, l'œuvre de Vangelis fut nominée pour un Golden Globe Award en 1983, poussant les bootleggers à multiplier des éditions pirates aux qualités sonores déficientes que les fans s'arrachaient à prix d'or. Douze ans plus tard, la vraie bande originale sortait enfin sous l'étiquette de Warner.

L'intro de Main Titles ouvre toutes les suppositions à la mise en marché tardive de cette version de Vangelis. Les cliquetis des machines surplombent un synthé mielleux qui tarde à se mettre en évidence. Nous entendons l’interrogatoire de Decker avec une gueule d’humain, sur un fond de strates nuancées qui hésitent entre l’atonie et la mélodie. Plus Main Titles progresse, plus on sent la synergie et la puissance musicale de ce monde galactique aux multiplicités ethniques. Vangelis jette sur le film de Scott une atmosphère sonore tout simplement ahurissante. L'ambiance énigmatique et l'interrogatoire se poursuivent sur Blush Response qui prend une tendance asiatique sur fond galactique. Pas vraiment rythmique, ni atonique, ce tourbillon statique est une véritable fourmilière sonore avec ses percussions métallisées et ses ondes sombres qui s'échappent en boucle. Dans ce monde hautement futuriste, Vangelis tisse des petites perles mélodieuses comme Wait for Me et son style jazzy-lounge ou encore l'ode mélancolique de Rachel Song's qui nous projette dans les territoires d'Opera Sauvage. Après le très sensuel et suggestif Love Theme, One More Kiss, Dear insuffle un style cabaret des années 30 qui nous sort littéralement du monde futuriste de BLADE RUNNER.

La force de cette trame sonore est la facilité qu'a Vangelis pour transférer sa vision et ses émotions à travers différents styles musicaux, tout en respectant la portée futuriste du film. Blade Runner Blues en est le parfait exemple. Un blues galactique où la mélancolie et la souffrance d'une âme perturbée se joue sur un synthé oisif qui filtre des lamentations dignes du plus inspiré des saxophonistes. Le doux piano et l'ambiance morose de Memories of Green (un titre à déchirer les paupières) continuent cette percée atmosphériquement sombre qui ceinture les grandes lignes de cette œuvre où un homme est à la recherche de ses origines. Un des beaux moments, et du film ainsi que de sa trame sonore. Aussi énigmatiques qu'éclectiques Tales of the Future et Damask Rose nous plongent en territoire ethnique robotique, juste avant l'explosif Blade Runner (End Title) qui martèle nos tympans avec ses grosses caisses et son synthé mélodieux, maquillé de nombreux effets sonores. Tears in the Rain conclut avec un superbe poème apocalyptique arrache-cœur qui séduit autant par ses paroles que sa douce musique qui fait lever les poils de nos bras et nous chamboule profondément. Les tintements des fragiles arpèges pianotés sur une piano de cristal me hantent toujours...

BLADE RUNNER est une expérience musicale hors du commun. Sans le film, la musique perd de son lustre, et sans la musique, le film perd sa touche poétique, même si on parle d'un film de science-fiction. Les deux sont indissociables! Au final, c'est un album intense qui vibre de ses ambiances et de ses émotions tout en réussissant à capter l'imaginaire d'un futur en voie d'être présent. Un véritable chef d'œuvre qui va survivre à Vangelis, comme le film à Ridley Scott.

Sylvain Lupari (February 6th, 2008) *****

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