• Sylvain Lupari

WOLLO & WÖSTHEINRICH: Weltenuhr (2014) (FR)

Loin des terres arides d'A.B., Weltenuhr garde néanmoins toute cette approche lyrique qui frappe à la porte de l'ésotérisme

1 Gales 3:50 2 Subgiants 8:14 3 Oculus 7:58 4 Denser World 5:30 5 Echoes of Parlours 4:53 6 On those Grounds Alone 5:34 7 Weltnuhr 5:41 8 Hallway of Things Past and Lost 4:35 9 Portico 6:01 10 Gabreta Silva 6:58 11 A Vagueness Disguised 3:40

DiN46

(CD/DDL 63:16)

(Mix of ambient and Electronica)

Des vents bruyants, déferlant leurs colères sur les cimes inégales des pentes enneigées, ouvrent le très enveloppant Gales où la vaporeuse voix Elfique de Elke Marleen Schumacher susurre ses chants ambiants, comme Galadriel et ses odes mythiques. Méditatif, énigmatique et immensément poétique, Gales éveillent nos oreilles au tout dernier festin sonique du duo Wollo/Wöstheinrich. C'est dans les souvenirs de Arcadia Borealis que WELTENUHR fut sobrement abordé. Alors en visite en Allemagne dans le cadre de la prestigieuse cérémonie des Schallwelle Prize de 2010, où Arcadia Borealis était en nomination dans la catégorie du meilleur album de 2009, Erik Wøllo échangeait et travaillait avec Bernhard Wöstheinrich afin de trouver des idées pour un nouvel album. En raison des nombreux engagements des deux compères et d'une cédule de travail très chargée, le duo a pris près de 3 ans avant de finaliser une seconde collaboration. Loin des terres arides de Arcadia Borealis, WELTENUHR conserve néanmoins toute cette approche lyrique, ainsi que cette délicieuse balance entre ambiances et rythmes. Des rythmes qui sont nettement plus incisifs et des ambiances qui sont un peu plus énigmatiques, donnant ainsi plus de reliefs à une musique qui cogne aux portes d'un univers plus près de l'eschatologique que de la poésie séraphique.

Comme dans Subgiants et ses vents qui crissent et mugissent, dessinant des ambiances écarlates où pensent des chuchotements paranoïaques et râlent des bruits de chaines. C'est une faune sonique des plus syncrétiques qui ornent notre ouïe d'une attention paranormale lorsque qu'une ligne de basse éructe un embryon de rythme. Et ce rythme craque les ambiances avec des percussions vives et saccadées qui nourrissent un up-tempo solidement ancré par une ligne de basse aux ronflants accords un peu funky. Alors que Subgiants gigote de ses spasmes effrénés, des ondes astrales bourrées de voix sibyllines enveloppent sa brusquerie alors que des crissements éperdus l'anoblissent son spectre d'un voile de terreur. L'approche amphigourique persiste avec la délicieuse danse sphéroïdale des carillons de Oculus. Même si le ballet est de verre, les percussions et le rythme tambouriné qui le porte rendent Oculus infrangible et le guident vers une sombre dimension où la guitare et ses spectres hurlants rivalisent à ces étranges bruits qui en nourrissent son ambiguïté. Denser World, de même que On those Grounds Alone qui respire un peu des chants carillonnés de Oculus, revient un peu plus dans les architectures musicales de Arcadia Borealis avec un rythme vif emmitouflé par ces brises astrales et ces riffs de guitares qui résonnent en boucle dans un univers sonore toujours à la limite de l'énigmatique. Nos oreilles trouvent quiétude dans la morphique intro méditative de Echoes of Parlours. On ne peut rester indifférent face à ce sublime et intensément poignant titre! Le mouvement est lent, quasiment angoissant avec ces larmes de guitares et de synthé qui pleurent dans de délicats mouvements de saccades et dans de moroses ambiances finement dessinées par de superbes orchestrations imbibées de brume vaporeuse. Tendre et saisissant, c'est mon coup de cœur dans WELTENUHR. La pièce- titre nous ramène aux poétiques chants Elfiques de Elke Marleen Schumacher, ainsi qu'aux ambiances Galiléennes de Gales. Et après le très méditatif et ambiant Hallway of Things Past and Lost, Portico offre une délicate structure circulaire qui est tambourinée par une suite d'accords aux discrètes tonalités feutrées. Le rythme est vif mais délicat. Il palpite discrètement dans des cerceaux azurés qui flottent au-dessus de sa structure, amplifiant la forme de ce rythme sphéroïdale qui tournoie sous ce dense voile de brume éclectique provenant de cette fusion synthé/guitare et de ses ambiantes harmonies biscornues. Nappé d'une membrane qui privilégie toujours les ambiances très absconses, Gabreta Silva pourvoie la balance des rythmes de WELTENUHR d'un léger avantage avec un tempo toujours aussi vif et brusque qui chevrote et sautille sous le poids des effusions de voix dantesques, d'effets soniques cabalistiques, de percussions nerveuses, d'accords toujours vrombissants d'une bonne basse et des riffs de guitare à la fois échoïques et harmoniques. A Vagueness Disguised conclut cette deuxième collaboration Wollo & Wöstheinrich avec une approche plus méditative. Les notes de piano qui tombent comme des larmes sur une tendre berceuse pianotée se fondent dans un féerique décor sonique où des soupirs de violons, stratifiés dans un maillage de six-cordes et de synthé, ainsi que des arpèges flottants, moulé dans du verre écarlate, laissent choir leur tendresse dans un voile de mélancolie, unissant ainsi les pôles de la poésie, du mysticisme et de l'ésotérisme qui nourrit la très grande diversité d'une autre splendide œuvre du label DiN.

Sylvain Lupari (02/10/14) ****½*

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Disponible chez DiN Bandcamp

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