• Sylvain Lupari

ZERO OHMS: Process of Being (2014) (FR)

Le point fort de Process of Being est cette capacité à maintenir un intérêt constant pour une musique qui vit sans une seule impulsion

1 The Present Perfect Tense of Being 14:24

2 The Approach of Nothingness 9:30

3 Glimpsing the Eternal 13:59

4 The Dream Dreaming You 10:26

5 The Process of Being There 9:19

6 Nameless 8:47

Spotted Peccary | SPM2501

(CD/DDL 66:28)

(Ambient and meditative EM)

Des masses d'air compactes flottent et dessinent les berges d'une rivière sonique qui flotte avec les contrecoups de ses imperfections. Ambiante et flottante, la musique de The Present Perfect Tense of Being se profile dans nos oreilles avec un superbe contraste entre le noir et le blanc, entre l'ombre et la lumière. Les tonalités sont divisées entre des lignes de synthé aux teintes noires qui flottent comme des nuages menaçants, formant un rempart imaginaire et creusant les sillons d'une rivière astrale dont les doux chants sont menacés par des ondes plus grondantes, et des souffles plus éthérés dont les caresses dessinent des eaux claires tachetées de miroirs sombres. Et The Present Perfect Tense of Being de couler au firmament de la sérénité avec ses chants flûtés qui embrassent les ombres plus troublantes qui proviennent des gorges plus profondes des WindSynth de Richard J. Roberts. On connait plus la musique de Zero Ohms de par ses 3 collaborations avec Craig Padilla, dont le charmant Path of Least Resistance en 2005, que ses œuvres en solo totalitairement ambiantes et zen. Architecte des vents et de leurs douces harmonies à travers 10 albums d'une quiétude à faire dormir les nuages, Zero Ohms offre un tout premier album solo sur l'étiquette américaine Spotted Peccary, la même qui a produit le fruit de ses collaborations avec Craig Padilla. PROCESS OF BEING est une profonde ode ambiosphérique, une fresque intensément méditative, où tout repose sur la quiétude des lents mouvements morphiques des vents et de leurs alliés aux arômes flûtés. Point de rythmes, même pas l'ombre d’un pouls. Pourtant la musique est intimement invitante et enveloppante avec de longs moments d'ambiances où la sérénité devient un nouveau compagnon de rêves éveillés pour les prochaines 70 minutes. Et je vous le dit, parfois on arrive même à y dormir et ce malgré les bonnes turbulences des vents.

The Approach of Nothingness suit les vapeurs morphiques de The Present Perfect Tense of Being mais avec une approche nettement moins sibylline, quoique quelques ondes réverbérantes poussent le titre vers des sommets d'angoisse en fin de parcours. C'est un titre qui est plus près des astres que Glimpsing the Eternal qui est très poétique, voire rêveur et musical, avec ses chants flûtés dont on perçoit les légers murmures des lèvres indécises. D'ailleurs ces frottements de lèvres sur les becs des flûtes ajoutent une savoureuse dimension intimiste à ce titre dont la fusion des flûtes et du WindSynth est ensorcelante avec des duos dont les lignes épousent les mêmes courbes avec des teintes différentes. C'est tranquille, très tranquille, et sans doute le titre le plus poétique de PROCESS OF BEING. Ce qui séduit le plus dans ce dernier album de ZeroOhms est ce duel très subtil qui tourne autour des différentes flûtes et du WindSynth. Si l'un, le SynthWind, décore l'album d'un canevas sonore ambiosphérique sombre et parfois patibulaire, les flûtes ajoutent des teintes de pastel et une joie de vivre dans un éternel labyrinthe dont les croissants embrassent souvent les limites du cosmos, comme dans le très reposant The Dream Dreaming You où nos oreilles ont l'impression d'entendre les derniers gémissements et les dernières pensées d'un souverain déchu. Des vents plus sombres poussent des brises écarlates dans le vaste Nil éolien qu'est la pièce-titre. Entre The Present Perfect Tense of Being et The Approach of Nothingness, The Process of Being There étend ses nappes de flûtes sombres dans les grandeurs des vents dont les souffles diaphanes et les sournoises réverbérations épousent délicatement les anfractuosités de ses berges lunaires. Un peu plus et on touche aux vents. Nameless termine cette ode à la passivité de Zero Ohms avec une approche nettement plus noire, amplifiant cette dualité entre les vents sombres et réverbérants et les doux chants flûtés qui s'y perdent et qui font de PROCESS OF BEING un album où l'absence de rythmes ne veut pas nécessairement dire être dénué d'intérêts. Pour amateurs de musique d'ambiances, zen et très méditative.

Sylvain Lupari (01/04/14) ***½**

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Disponible au Spotted Peccary Bandcamp

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