top of page
  • Writer's pictureSylvain Lupari

Breiling & Brückner Puuro Ja Silta (2023) (FR)

Un très bel album où les termes audace et expérimental prennent toutes leurs sens

1 Laajat Sointipinnat 27:17

2 Hitaasti Vellova 24:58

3 Rappeutuva Tila 25:41

Digital Bonus (37:01)

4 Leikkisä Kiemurtelu 7:38

5 Mahtavat Äänipilvet 12:00

6 Rytmiset Rakenteet 17:22

(DDL/CD-(r) 77:58)

(Experimental EM)

Des effets de Theremin qui s'étiolent en filaments torsadés et dont les chants acuités sont comme ces lamentations perverses des vierges de Dracula. Une musique électronique (MÉ) de style Berlin School qui traverse les frontières du rock psychédélique comme du Krautrock. La créativité de Michael Brückner tant au niveau des structures improvisées que d'un mixage qui nous fait douter de cette orientation. Et j'en passe… PUURO JA SILTA est un petit bijou pour les amateurs d'une musique libre et qui redéfinie les frontières de l'audace. Si Brückner n'a plus besoin de présentation, Achim Breiling est avant-tout un critique chevronné sur la musique progressive et avant-gardiste. On peut lire ses chroniques sur l'excellent webzine Allemand, Babyblaue Seiten. Les 2 musiciens, Breiling joue du synthé Moog et du Theremin, se sont donnés rendez-vous dans les studios de Brückner au printemps 2017 et ont concocté des sessions d'improvisations qui sont l'épine dorsale de PUURO JA SILTA, un titre finlandais qui signifie Brei & Brücke en Allemand. Afin de compléter l'album, Michael invitait Lars Tellmann à jouer de la guitare sur Rappeutuva Tila, on le trouve aussi sur un des 3 titres en boni, Leikkisä Kiemurtelu. Volker Lankow a aussi été invité à jouer de la batterie sur ces 2 titres, ainsi que sur Laajat Sointipinnat. L'album nous offre 3 longues structures d'improvisations, que le musicien Allemand a édité, mixé et masterisé récemment. Elles sont construites autour de longues ouvertures remplies de dialectes électroniques des années 70 et autres effets du genre pour déboucher sur des phases de rythmes évolutifs entrecoupées par des zones d'ambiances cosmiques-psychédéliques, sinon expérimentales et/ou avant-gardistes. Bref, un très bon album qui est disponible via le label Allemand SynGate et qui n'est pas pour toutes les oreilles!

D'ailleurs, c'est une introduction sise sur des dialogues et effets électroniques à la Kraftwerk qui initie nos oreilles aux dimensions de Laajat Sointipinnat, un titre qui représente fidèlement le cadre de MÉ progressive et expérimentale de PUURO JA SILTA. Le séquenceur fait sentir sa présence aussitôt avec une structure ondulant vivement, comme le modèle Berlin School avec un rythme en suspension qui fait travailler nos neurones d'une oreille à l'autre. Divers effets électroniques; beaucoup de babillages et autres effets de langage aviaire, des filaments torsadés, des signes de détresse ainsi que des arpèges perdus dans cette mélasse sonore, ornent cette longue introduction qui peu à peu laisse entrer les percussions de Lankow tambouriner une structure qui flirte légèrement avec un rythme tribal d'une planète inconnue. Il manque un pouce avant de décrire ce rythme comme envoutant. Manque de temps, car il s'évapore dans ces poussières de riffs contaminés et autres effets sonores dont les essences appartiennent à une lointaine communauté psychédélique à la recherche de son identité. Nos oreilles flirtent ainsi avec un néant sonore dominé par la courbe d'une nappe de basse dont les lentes ondulations rampent comme un sinistre vampire voulant sucer la racine de nos tympans en recueillant toutes les subtilités des accords, des riffs et des effets d'un triumvirat synthé/clavier/guitare. Quelques élans fantômes, sans irruptions de rythme pur et initier par des riffs en série, tentent de réactiver ce lent passage atmosphérique qui dévie tout doucement vers un océan astral autour de la 16ième minute. Nous sommes dans l'espace le plus musical de Laajat Sointipinnat avec une douce sensation de dériver entre des étoiles et les réflexion de leurs échos. Ce sont d'ailleurs celles-ci qui réveillent tranquillement la masse sonore endormie du plus long titre de PUURO JA SILTA, tout juste avant sa 19ième minute. Les accords cadencés dansottent et virevoltent avant que les percussions ne les rattrapent en martelant l'épicentre d'un bon rock cosmique qui est tout près des essences de la Krautrock. Encore ici, c'est un très court passage à peine 2 minutes, avant que le titre ne retrouve ses repères de musique atmosphérique dont la texture cosmique est ciselée par des ronflements torsadés.

Ainsi est constitué l'ouverture de Hitaasti Vellova dont on retrouve aussi certains éléments qui remplissaient celle de Laajat Sointipinnat. Une orgue fait son apparition et impose sa présence avec de lourdes nappes qui ondoient dans un décor cosmique. Le mellotron en fait autant avec des orchestrations issues de brume. Le Theremin et le synthé unissent leurs chants radioactifs dans cette ouverture atmosphérique qui s'éveille autour de la 6ième minute avec de sourdes impulsions d'une nappe de basse vorace. Ce rythme assourdit est entouré de bons éléments percussifs qui claquent et résonnent tout autour. Le mellotron lance de belles odes flûtées, des bancs de brumes et des voix gothiques qui se développent en nous rappelant un certain trio de musiciens mythiques dans les années 70, Tangerine Dream. Le synthé délie des boucles qui roucoulent en symbiose avec le scintillement de ces arpèges qui nourrissent principalement le décor cosmique du titre. Elles roucoulent en solitaire autour de la 12ième minute. Une courte phase qui réinitie le rythme devenu plus accentué par le dynamisme des basses séquences. Le synthé roucoule toujours avec les étoiles et le mellotron y est toujours aussi superbe. Sans tout à fait perdre son essence rythmique, elle diminue son intensité tout au plus, Hitaasti Vellova glisse vers une phase expérimentale-cosmique-atmosphérique avant de se réactiver dans une dramatique rythmique secouée par des percussions et des élans du synthétiseur dans une finale qui est à la hauteur des parfums de ce premier album du duo Breiling/Brückner. Rappeutuva Tila propose une introduction atmosphérique nourrie par ce synthé qui articule toujours ce langage électronique des années 70, alors que le mellotron siffle des airs propres à un rêveur frottant le sable de ses pieds sur une grève océanique. La guitare y plante des riffs qui roulent en boucles avec un bon degré harmonique, alors que les percussions résonnent avec des frappes linéaires dans un rock cosmique propice pour flotter entre deux rythmes. Une ligne de pulsation se met à vibrer et pulser, créant ce rythme spasmodique et statique. Le synthé crache des ondes de réverbérations caustiques et le mellotron aiguise ses airs avec une essence de flûte. On sent une effervescence qui tarde à exploser avec un long passage où les bras de Volker Lankow se réchauffent alors que le synthé exulte des chants difformes. L'explosion anticipée se rapproche de nos oreilles pour débloquer dans un furieux rock électronique cosmique après la 14ième minute. Les percussions sont solides et très entraînantes. La guitare, toujours affamée pour des riffs corrosifs, nous mâche les tympans tout en sculptant ses solos. C'est un intense 4 minutes de rock déjanté qui frappent nos oreilles avant que Rappeutuva Tila retourne à ces finales d'expérimentations sonores et musicales, plus agressives que les ouvertures, dans cet album qui commande quelques écoutes avant d'y trouver ses sources de charmes. Il y en a, soyez-en assurés!

Toujours très généreux, Michael Brückner offre près de 40 minutes de musique additionnelle, disponible uniquement en téléchargement, tirées des sessions de PUURO JA SILTA et de sa post-production (editing, mixage et masterisation). Leikkisä Kiemurtelu est un titre tranquille qui met en relief un duo mellotron et clavier. Une musique de chambre électronique! Mahtavat Äänipilvet nous ramène aux dimensions de l'album avec une approche très expérimentale et avant-gardiste. Même sans rythme, les ambiances et la musique sont plutôt intenses. Rytmiset Rakenteet est le joyau de ces titres bonis avec un bon rock électronique cosmique et ses séquences de rythme, stationnaires et/ou entraînantes, dans une enveloppe musicale et sonore qui flirte toujours avec une vision très progressive. Le synthé y accroche de très bons solos. Les percussions ici sont tambourinées par Michael qui, seul et/ou avec des artistes invités, réussi toujours à nous mettre des trucs intéressants entre les oreilles. Ici, il faut juste prendre le temps d'apprivoiser les structures de rock électronique progressif et cosmique entrecoupées par d'audacieuses visons expérimentales de PUURO JA SILTA pour en apprécier ses dimensions qui sortent souvent de l'ordinaire.

Sylvain Lupari (24/08/23) *****

Disponible au SynGate Bandcamp

(NB: Les textes en bleu sont des liens sur lesquels vous pouvez cliquer)

161 views0 comments

Comments


bottom of page