• Sylvain Lupari

CHRISTIAN FIESEL: Follow me South (2021) (FR)

Un curieux album de Dark Ambient Music qui devrait plaire à un public cible

1 Melting Ice 5:46

2 Gliding not Sliding 6:12

3 Follow me North 6:28

4 If you Need to Know 2:31

5 The Earth After 24:09

6 To the Dance 5:27

7 Last Exit to Heaven 5:05

8 Fingers 9:31

9 Singing a Song at the Bonfire 7:05

Cyclical Dreams Music

(DDL 72:16)

(Dark Ambient Music)

Des clochettes tintent et résonnent. Elles entourent d'une tonalité tantôt rayonnante et tantôt absente des battements sourds et des accords de clavier se chamaillant dans une source sonore loin du tarissement. Anti-musique comme du grand n'importe quoi, cette symphonie de la discorde s'auréole de tonalités électroniques qui n'ont aucune raison d'y être, contrairement aux mugissements organiques. Melting Ice continue sa descente anarchique dans l'univers de FOLLOW ME SOUTH. La musique de Christian Fiesel n'est pas pour toutes les oreilles. Le musicien natif de Trittau aime secouer les temples de l'art avec des œuvres provocantes qui flirtent plus avec les frontières de l'expérimentale et du non-conformiste. Des fois ça donne de solides œuvres, comme justement Hagen's Delight et souvent ça donne une musique cousue sur le fil de la folie. Une folie intérieure comme une descente aux enfers. Comme dans Dantes Inferno! FOLLOW ME SOUTH n'est pas une nouvelle destination-voyage. Oui, si la chute d'un être humain dans sa folie et sa terreur est un itinéraire de votre choix. Le musicien Allemand offre une musique démoniaque où la démesure totale nous frappe en plein visage avec The Earth After. L'univers sonore de l'album est aussi apocalyptique que sa pochette avec des ténèbres peints par stries de synthé écarlate griffonnant sur les murs ocrés de la folie constituée de nappes de synthés et/ou de bruits métalliques au fusionnés en muraille. Une muraille sonore au déferlement tellement saccadé que l'âme manque de souffle. N'a plus d'énergie pour se battre. Mais il y a toujours ces notes limpides qui résonnent sur le parquet de notre folie. Les enfers gagnent. Mais il faut aiguiser notre oreille afin de mieux affronter univers décapant et d'escapades sonores de Christian Fiesel. De FOLLOW ME SOUTH!

Gliding not Sliding est un bon exemple de la fascination que peut avoir la musique de Fiesel sur nos sens. Des notes de claviers limpides forment une douce mélodie luciférienne conçue dans un arrière-plan construit sur le chevrotement d'une masse électronique statique. Même dans une enveloppe sonore rongée par la hantise, Follow me North suit avec des nappes d'orgue sculptant une ascension lumineuse (sic) que des griffes et la fétide haleine du désespoir tentent de freiner pour ramener l'âme perdue dans les marasmes métalliques de son isolement. C'est à demi réussi parce que If you Need to Know nous souffle une ambiance ambivalente avec des nappes de voix de moines cabalistiques pourfendues par la luminescence d'un piano qui propose aussi ses notes limpides à l'ouverture du méga The Earth After. Le piano continu de faire briller ses notes dans cette ambiance glauque. Le tintement résonnant constitue la principale source d'un rythme qui se démène sourdement pour en épouser la forme. Des nappes d'orgue injectent une ambiance sibylline alors que des strates de synthé peinent à former un ensemble cohérent, plongeant ce long titre de FOLLOW ME SOUTH dans un état de perdition. La musique comme les ambiances sont une pure descente aux enfers avec tout le tapage émotif que cela requiert. Nous avons ici un 20 minutes lourd aux ambiances tapageuses, témoin de cette lutte interne que se livre les oppositions de cette âme sur le déclin où le bien et le mal se disputent les limites de son effondrement. Beaucoup de bruits pour des émotions contradictoires où le peu d'éléments musicaux ont ce même impact qu'une bouche asséché peu se désaltérer d'un filet d'eau marécageux. On y survit, mais avec un arrière-goût dans les oreilles.

D'effroyables coups de sabots, mal ajustés, clopinent en ouverture de To the Dance. Les ambiances des forges de diablotins ouvrent leurs portes grinçantes, libérant une âme torturée dont les chants sont envahis par ces collages de sons assourdissants et des crissements d'ongles infectés sur les murailles de notre intérieur souffrant de désespoir. Point de salut ici! C'est comme un trépas dans 7 vies. La preuve? La quiétude épiscopale de Last Exit to Heaven qui est un baume pour les oreilles saignées. Fingers continue l'envolée astrale de FOLLOW ME SOUTH. Des bourrasques de vents capturés par des enregistrements extérieurs sont amplifiés avec un effet saccadé, donnant toujours cette impression de chuter avec des ongles qui s'agrippent avec désespoir dans une structure où anges et démons tentent de s'arracher notre minuscule être toujours dépourvu de ses droits. Avec un titre semblable, Singing a Song at the Bonfire, on serait en droit de s'attendre à un truc léger. Non! C'est avec une collage de bruissements et d'effritements que les ondes rampent sous sa texture. C'est comme entendre un fou s'arrachant les ongles de ses dents pourries. Peut-être que le feu c'est lui et que les bruissements sont les chants de sa consumation.

Oui, un étrange album qui devrait plaire à ceux qui sont capable de communiquer, de s'imbiber des ambiances et mystères d'un artiste. FOLLOW ME SOUTH n'est pas ce genre d'album à écouter en groupe, à moins d'être dans un état collectif directement branché sur son histoire. Un album dur que peu d'artistes osent par peur de faire fuir une audience. C'est à ce point! Mais derrière toute histoire il y a celle plus personnelle à l'auditeur qu'il peut transposer sur cette musique. Une histoire où un jour tout a basculer dans une vie. Dans la vie de Christian Fiesel

Sylvain Lupari (15/04/21) ***½**

SynthSequences.com

Disponible au Cyclical Dreams Bandcamp

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