© 2019 by Alexandre Corbin for Synth&Sequences \ Sylvain (A.K.A. Phaedream) Lupari

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CHRONOTOPE PROJECT: Lotus Rising (2018) (FR)

“Lotus Rising est un très bel album où le style New Age n'a jamais été aussi loin de ses terres commerciales tout en étant très accessible à cause de ce côté intriguant du HCF”

1 Crossing the Great Water 9:03 2 Lotus Rising 7:54 3 Zazen 6:41 4 Opening the Hand of Thought 8:12 5 A Prayer for Tenderness 5:34 6 Gateless Gate 4:29 7 Mountains are Mountains, Rivers are Rivers 3:59 8 Homage to the Three Jewels 13:00 Spotted Peccary|SPM-2806 (CD/DDL 58:52) (Tribal Ambient and smooth sequenced beats)

Il y a quelque chose d'unique dans la musique de Chronotope Project! Mélangeant avec une vision poétique les rythmes tribaux du Tibet à des structures de séquences et de rythmes électroniques, Jeffrey Ericson Allen propose une musique à la fois sombre et angélique où les fils de Sensitive Chaos, Steve Roach, Robert Rich et même de Darshan Ambient s'unissent en une pelote sonique que le musicien de l'Oregon (USA) retisse en une soie musicale qui coule tendrement le long de nos fils sensoriels. LOTUS RISING est le quatrième album de Chronotope Project sur Spotted Peccary. En tout, on parle de 9 albums pour celui qui a atteint une maturité évidente l'année dernière avec le très beau Ovum. Et c'est bien de faire le lien, puisque LOTUS RISING est un digne successeur d'un des meilleurs albums de musique méditative harmonique en 2017. Une façon plus constructive, et moins péjorative, de décrire un New Age de très gros calibre.

Et c'est plutôt difficile de ne pas tomber sous les charmes avec Crossing the Great Water. La musique respire sur un rythme léger avec un beau maillage de percussions manuelles, assez diversifiées dois-je dire, et des séquences qui scintillent comme un ruisselet en suspension tout en alternant leurs visions rythmiques. Ce rythme peut aisément se comparer à une transe tribale spirituelle. Dès lors, le Hakken Continuum Fingerbooard étonne et ensorcèle avec des harmonies dont le cornet sonore semble venir de Zeus. Cette texture harmonieuse est la signature de Jeffrey Allen qui propose ainsi une tonalité très distincte où des murmures célestes et des chants séraphiques flottent et n'ont plus qu'à s'ajouter à un impressionnant travail au niveau des percussions ainsi que du séquenceur de son utilisation très judicieuse. Il y a une subtile gradation dans le mouvement avec des éléments percussifs qui semblent tellement anodins, tant les chants subjuguent les sens. La pièce-titre offre un départ lent et sombre avec une ambiance tibétaine et des chants moroses qui traînent un manteau de nostalgie parmi des prismes sonores et des clapotis de vagues en suspension. Les chants, un brin nasal, élèvent leurs emprises émotives au travers des filtres translucides qui miroitent avec la même discrétion que les prismes, aidant Lotus Rising à atteindre sa floraison autant émotive que musicale. Une guitare acoustique erre avec ses notes alors que les chants traversent un plus haut champ d'émotivité avec des complaintes aussi suaves que les plus belles incantations d'un soprano fumant son joint. Des éléments de séquences très Steve Roach virevoltent en une spirale hypnotique, agrémentant encore plus la portée électronique de la pièce-titre.

Bien que très présent, le Hakken Continuum Fingerbooard ne l'est pas trop. Chronotope Project réussit à en soutirer tous les charmes à des moments bien songés. Et Zazen le prouve en exposant aussi ces délicats tintements de séquences qui tourbillonnent en une mélodieuse spirale magnétisante. L'enveloppe tonale est très dense comme très musicale avec ces chants et ces nappes astrales qui flottent et gémissent dans un luxuriant paysage d'ambiances méditatif. Jeffrey Ericson Allen est aussi capable de rythmes! Opening the Hand of Thought est un titre plutôt intense qui est divisé entre une enveloppe céleste et un rythme lourd, plus vivant et plus sombre ici qu'ailleurs, dont les battements sautillent d'un lobe à l'autre. D'un côté, il y a ce combat entre des nappes forgées dans l'occultisme qui tentent de freiner sa course. Et de l'autre, il y a ces nappes séraphiques qui adoucissent une violence braisée dans ce décor sibyllin. A Prayer for Tenderness recalme les ambiances. C'est un titre assez éthéré avec de belles lignes mélodieuses et de douces nappes de voix qui appellent la quiétude. Il y a une belle essence cosmique dans ce titre qui m'inspire à réentendre les meilleurs moments de Western Spaces (Steve Roach, Kevin Braheny et Richard Burmer) et de Structure from Silence dans ce décor lunaire tempéré par un séquenceur tisseur de mélodie ambiante et des tam-tams tibétains. Un très beau titre que je classe dans les intemporels, section musique pour relaxer et m'endormir. Gateless Gate est un titre avec un rythme mouvant qui rampe et se replie dans un univers lunaire. Un univers qui se remplit peu à peu avec des strates écarlates, déchirant partiellement cette toile d'ambiances toujours aux portes des cieux. Les percussions (ou les séquences?) et des cliquetis spirituels résonnent et tintent avec autant de magie que ce duel entre le violoncelle et le toujours intrigant Hakken Continuum Fingerbooard. Mountains are Mountains, Rivers are Rivers s'abreuve de sa finale pour germer avec une vision d'ambiances séraphiques et finalement plus sombres. Homage to the Three Jewels est le plus long titre de cet album qui se veut un genre d’hommage, une incantation musicale au fameux lotus et à ses définitions dans la religion de Bouddha. Assis sur de belles et ensorcelantes percussions manuelles bouddhistes, le rythme impose une délicieuse transe spirituelle qui va en croissant au travers la côte d'intensité des différentes couches de synthés et du HCF. Arrivé au zénith et à son déclin, le rythme fait passage à une sereine phase de méditation, terminant un impressionnant album riche de ses couleurs et de ses harmonies angéliques.

Malgré le terme New Age, LOTUS RISING est un très bel album où le New Age n'aura jamais été si loin de ses terres commerciales tout en étant très accessible de par le côté très intrigant du Hakken Continuum Fingerbooard. En outre, on trouve de très bons schémas de MÉ si chers à ces visions séquencées de la Berlin School. Ajoutez à cela de charmantes harmonies séquencées et des ambiances sombres, nous avons ici tout ce dont nous avons besoin pour passer un bon moment en écoutant un solide album de musique électronique méditative.

Sylvain Lupari (23/12/18) *****

SynthSequences.com

Disponible au Spotted Peccary Music Bandcamp

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