• Sylvain Lupari

FREDERICH SHULLER: Quantum Principles (2015) (FR)

Une belle surprise où la forme minimaliste de MÉ se pare de séquences cristallines qui tintent parmi plusieurs couches de rythmes et d'ambiances

1 Entropy 6:39 2 Plasma 5:42 3 Obstinate Electrons 16:31 4 Pulsating Ions 9:52 Kontinuum Productions

(DDL 38:45) (Minimalist and hypnotic New Berlin School)

J'ai de plus en plus l'impression que nous assistons tranquillement à une émergence de la MÉ, de style Berlin School et/ou psybient, en Roumanie. Un peu comme la Pologne, mais quelques 10 ans plus tard, la Terre d'Indra regorge maintenant d'artistes assez intéressants qui explorent et repoussent les limites d'un genre qui étonne constamment de par ses infinies possibilités. Frederich Shuller est un artiste Français d'origine germano-roumaine qui est aussi un bon ami de Mihail Adrian Simion, aka Alba Ecstasy, et qui est influencé par des artistes qui ont sillonnés les territoires de la MÉ progressive comme Klaus Schulze et Tangerine Dream. Inspiré et encouragé par son grand ami, Frederich Shuller signait un premier album à l'automne 2014, The Untitled Album. Fort de ce premier succès d'estime et d'une bonne réaction du public Roumain, Shuller délivre 6 albums, tous d'une durée moyenne de 40 minutes, qui ont trouvé niche sur la site de téléchargement de Kontinuum Productions. QUANTUM PRINCIPLES est son dernier et révèle un suave monde de structures minimalistes construit autour de très bons mouvements de séquences aux tonalités cristallines.

Les notes qui tombent et voltigent dans des vents sans sons me font tout de suite penser à de gros flocons de neige sonique. C'est avec ces charmes que Entropy caressera vos oreilles. Des percussions qui claquent comme des émissions de gaz carbonique soudoient la virginité des tons qui sont si limpides. D'autres percussions plus solides, comme un bon rock trempé dans de la légèreté des années 80, sculptent un rythme soutenu où s'écrasent les sons des cymbales. Des lignes de synthé volètent comme les premiers ions enneigés, approfondissant le champs des charmes de Entropy qui devient un véritable labyrinthe de rythmes et d'harmonies avec sa structure minimaliste qui se pare constamment de nouveaux éléments. C'est un exercice de style assez séduisant où se greffent une ligne de 7 séquences spasmodiques, des percussions sans directions et des ruisselets de séquences qui désossent leurs carcasses. Le synthé et le clavier ne sont pas en reste. Les harmonies coulent dans des tons différents alors que des solos sifflent en boucles à mesure que Entropy aborde ses 4 minutes. Et il y a d'autres séquences...Très séduisant, Entropy laisse ses empreintes et initie même la structure très nerveuse de Obstinate Electrons avec des ions qui sautillent en forme de saccades minimalistes sur une longue structure ornée d'une belle ligne de basse vampirique et de nappes soyeuses. Le synthé verse ses larmes alors que les percussions solidifient un rythme soutenu qui se fait mordiller par d'évanescentes lignes séquences plutôt discrètes ici. Voilà bien deux structures très séduisantes qui enveloppent le sombre voyage interstellaire sans rythmes, mais avec beaucoup d'ambiances, de Plasma. Si le plasma avait un son, ça donnerait possiblement ça. Pulsating Ions se gave un peu de ces ambiances mais propose un rythme sourd avec une horde de pulsations et percussions qui tissent une structure de rythme ambiante et désordonnée. Des filets de séquences bourrées de tonalités organiques viennent et partent, comme des abeilles amorphes qui tentent de soutire le suc d'une fleur géante. Ça donne l'effet d'un genre de Dub ambiant où tambourinent séquences, pulsations et percussions dans un cosmos rempli de gros vers qui viennent petit à petit gruger sa structure.

Une MÉ minimaliste où chaque détour s'enrichit d'éléments nouveaux aussi séduisants qu'inattendus, QUANTUM PRINCIPLES est un petit plaisir qui trouve toute sa noblesse les oreilles bien enveloppées dans un bon casque d'écoute. La richesse du son et la complexité des entre maillages des structures de rythmes, ou des couches d'ambiances, suscitent constamment la curiosité des oreilles qui sont à la recherche d'un esthétisme sonore, les couleurs des séquences sont absolument jouissives ici, et d'une complexité qui s'apprivoise somme toute assez facilement. Un bel album qui mérite que l'on explore un peu plus l'univers de Frederich Shuller.

Sylvain Lupari (08/01/16) *****

SynthSequences.com

Disponible au Kontinuum Productions Bandcamp

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