• Sylvain Lupari

GERT EMMENS PROJECT: Memories (2013) (FR)

Prog ou MÉ, Gert Emmens a toujours ce sens du rythme et d'harmonies...mais je le préfère mieux dans son rôle de MÉ

1 Flight into Nostalgia 6:12 2 When Dreams Come True 8:36 3 One with Nature 6:48 4 Caught in Despair 10:09 5 Evocation- Parts 1, 2 & 3 7:43 6 Daydreaming 9:26 7 Waves of Dreams- Part 2 8:49 8 Lost in Memories 8:24 9 Thoughts of You 11:35 Groove | GR-197

(CD/DDL) (Prog Rock EM)

Le rythme est débridé. Échevelé, mais bref, il déboule en 4 secondes avec des airs de UK (période Bozon). Une petite guitare acoustique gratte une ombre de silence synthétisé et Gert Emmens chevauche Flight into Nostalgia d'une fine randonnée rythmique où la musique progressive et électronique fusionne sur des frappes de percussions blafardes. Gert Emmens qui fait dans le prog! Je dois admettre que son projet (Gert Emmens Project) me faisait un peu peur. Tant que j'ai demandé à un ami (merci Nick Adams) ses premières impressions (il est un fan de prog) sur ce MEMORIESdu synthésiste Hollandais. Il a bien aimé, faisant même un lien avec un groupe des années 80, After The Fire. Moi! La première idée qui me vient à l'esprit est UK (les synthés chantent tellement comme du Eddie Jobson) ainsi que les rythmes débridés aux dénouements abruptes des passages électronique/progressifs de Stomu Yamashta sur Go Too. Et, à mon grand étonnement, je dois admettre qu'Emmens se débrouille bien avec cette fusion électro-prog. Eh oui, même avec sa voix qui hante 3 morceaux.

Et Flight into Nostalgia comprend l'intégral de la recette d'un bon vieux prog des années vintage. Le rythme est bipolaire. Doux et rock, il est entrecoupé par des passages plus éthérés. Des passages mélodieux où les guitares, les tam-tams et les synthés, aux solos délicats et aux brumes cosmiques, dessinent de fines mélodies à l'ombre de rythmes plus agressifs qui sont teintés aux arômes de jazz. Plus lourd, When Dreams Come True offre une structure de prog heavy avec des riffs de guitare qui mordent les claviers et synthés dont les harmonies coulent comme des fleuves tranquilles versus des rythmes secs et débridés. On croirait entendre un peu d'Asia, sauf pour la batterie qui reste toujours un peu plus en retrait avec des frappes qui ne rendent pas justice à la force du rythme. Le reste est complet. Des claviers très rythmés, des synthés aux solos signés Emmens que l'on reconnaîtrait entre 100 et des harmonies électroniques qui rappellent que Gert Emmens est un excellent compositeur en structure électronique. D'ailleurs des titres comme Evocation- Parts 1, 2 & 3 et Daydreaming sont plus près de l'électronique que du progressif avec de superbes solos rêveurs qui coulent dans des brumes irisées. C'est avec One with Nature que nous rencontrons la voix de Gert Emmens. Le choc passe bien. Sa voix est éteinte, nasillarde et flotte comme un nuage de mélancolie. La musique? C'est du cosmique progressif qui débute par une délicate structure harmonique ruisselante de ses arpèges en cascades. Des percussions de bois dessinent un fin tic-tac qui guide tranquillement le rythme vers un doux galop très apprivoisable sous des solos de synthé spectraux avant de foncer vers une phase plus rock, plus échevelée avec de belles nappes aux odeurs de vieux orgues qui en freinent l'ardeur. Un bon titre qui aurait une toute autre dimension avec des percussions plus incisives, plus humaines. Ce qui tout le contraire avec Caught in Despair qui est un bon rock progressif avec une guitare électronique dont les formes jazzées s'étendent sur une structure vivante. Une structure qui, quoique Gert tente par tous les moyens de piéger dans une approche progressive, bifurque vers le monde électronique, onirique et harmonique d'Emmens. Et moi, je ne peux toujours pas m'empêcher d'établir un parallèle avec UK. Surtout avec Waves of Dreams- Part 2 et son rythme sec et tranchant, ses timides riffs, ses solos roucoulant et spectraux ainsi que la voix flottante de Gert qui sont trappés dans un brouillard et ambiance cosmique. Lost in Memories décrit parfaitement le duel progressif/électronique qui sévit tout au long de MEMORIES. Les solos torsadés de synthé sont nombreux et chantent sur une structure qui fini par s'arrimer à une chevauchée rythmique dont les galops des percussions sont entrecoupés par des passages plus cosmiques et éthérés. Emmens assaisonne sa structure avec des nappes de clavier aux saveurs d'orgue à la Procol Harum. Thoughts of You suit la même tangente de rock prog et de passages éthérés, quoique le rythme s'appuie sur de bons accords d'un piano minimaliste et mélodieux, avec la voix de Laila Quraishi qui ajoute une dimension à la Curved Air à cet album.Un titre plus prog qu'électronique avec des solos d'une guitare électronique et des nappes d'une orgue enveloppante où les approches mélodieuses de Gert Emmens priment toujours, même sur des structures en perpétuel mouvement et nettement plus libertines que sur ses œuvres électroniques.

Que penser de ce MEMORIES? Je suis un peu divisé. Les structures sont intéressantes et la musique est très bonne sauf que le jeu des percussions peine à donner le mordant dont la musique à besoin pour vraiment décoller. C’est du prog correct sans plus qui manque de vitalité. Je le vois plutôt comme une œuvre électronique avec une approche progressive. Il y a de très bons moments qui donnent le goût d'écouter du prog. En fait je me suis tapé Patrick Moraz (Story of I), Rick Wakeman, dont l'approche harmonique semble avoir été une source d'inspiration pour Gert Emmens (sections clavier et piano), U.K. (Danger Money), Curved Air (Phatasmagoria) et Go Too de Stomu Yamashta lors et après l'exercice. J'aimerais certes entendre cet album avec un vrai percussionniste car Emmens démontre toujours ce sens du rythme et des mélodies qui font de sa musique un incontournable dans la sphère électronique.

Sylvain Lupari (08/07/13) *****

SynthSequences.com

Disponible chez Groove NL

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