• Sylvain Lupari

IAN BODDY: Liverdelphia (2013) (FR)

Liverdelphia est un album brillant où l'univers de la MÉ recouvre ses tons les plus chauds dans un superbe linceul progressif

1 Open Door 8.22

2 Crystal Light 8.12

3 Driftwood 6.32

4 Triptastique 12.27

5 Overture 4.53

6 The Long Road 14.33

7 Never Reaching 7.05

8 Destination Zero 10.19

9 Coda 2.52

DiN42

(CD/DDL 75:24)

(Progressive cosmic Berlin School)

Ah Ian Boddy. Lorsque l'on parle de MÉ on oublie trop facilement son nom. Et pourtant s'il y a un artiste que ne cesse de surprendre, d'album en album, et ce peu importe le genre, c'est bien Ian Boddy. Puisé dans les enregistrements de concerts donnés aux antipodes de la planète, soit Philadelphie et Liverpool, LIVERDELPHIA est une œuvre puissante. Une œuvre où la dualité musicale étend son voile de magnétisme et où l'auditeur est avalé pour être téléporté dans un univers sonique à la mesure de la démesure d'un artiste aux visions aussi infinies que les méandres musicaux des câbles de ses synthés. Une œuvre où le cosmos des années vintages est habilement redécouvert, une œuvre où les ambiances se ressourcent dans des rythmes aussi durs que purs, LIVERDELPHIA vous clouera à vos rêves avec une étonnante mainmise sur votre étonnement.

Les vents, de toutes formes et de toutes les couleurs, qui soufflent avec des gazouillis électroniques sont tranquillement chassés par une série d'arpèges scintillants. Ces séquences qui sautillent timidement du bout de leurs accords forgent un rythme maladroit qui clopine sous les graves octaves des chœurs chthoniens. L'ambiance devient de brume, alors que Open Door entend ses accords de rythme tinter avec plus de vivacité sous les courbes sinueuses des solos au doux parfum analogue. Des solos de synthé qui flottent paresseusement sur un rythme devenu mou qu'une ligne de basse harmonise avec des cliquetis métallisés, alors que calmement Open Door s'enfonce dans les abysses d'un univers électronique ambiosphérique où réverbérations torsadées et dialecte des machines rodent dans le cosmos en attendant le doux rythme circulaire de Crystal Light. Comme un carrousel de magnétisme, Crystal Light offre une splendide structure de tranquillité avec ses arpèges de verres qui tournoient comme les chevaux de bois dans les vieux manèges de nos souvenirs d'enfants. Le rythme est ambiant. Il pivote avec une lenteur morphique dans de belles volutes séquencées, alors que la brume ondoyante permute en de fins solos poétiques, alliant magie, fantaisie et virginalité dans une longue valse lente et flottante où le cristal chante sa berceuse lunaire. C'est très beau. Ces chants fragmentés se perdent dans le très ambiant Driftwood et sa symphonie de solos chanteurs qui pleurent dans un cosmos perturbé par d'oblongues réverbérations agonisantes et par d'épars coups de gongs astraux. Le monde ambiant de Boddy est assez unique car il est riche d'éléments sonores composites qui réussissent toujours à créer une fascinante symbiose où le moindre vent, le moindre battement stigmatisent une richesse sonique en perpétuelle mutation. On rêve, on flotte dans Driftwood qui sereinement nous amène à la pièce de résistance; Triptastique. Nous sommes en plein cœur d'une tempête de pulsations qui forgent les bases de percussions tambourinant dans des vents d'éther. Même statique, le rythme est enivrant. Il palpite sur place, paresseux qu'il est de faire caresser ses bonds capricieux par les vapeurs de l'ionosphère, par des soupirs orchestraux. On se croirait au cœur de la genèse de Oxygene de Jean-Michel Jarre. Et les solos arrivent. Teintés de sonorités ambivalentes, ils surplombent ce long titre de longs souffles torsadés. Des souffles bouclés qui s'époumonent sur un rythme qui se fait plus intense et dont la fluidité chaotique épouse celle des solos avant de s'estomper dans une quiétude tambourinée par quelques pulsations oubliées sur le chemin du vide. Et ainsi se clôt le premier acte de LIVERDELPHIA.

Le concert de Liverpool s'ouvre avec les voiles vampiriques de Overture. De lentes strates nous enveloppent, comme la nuit éteint le jour, dans une atmosphère sombre et ensorcelante. C'est un titre où Arc trébuche sur Redshift dans un mouvement lent où les couches de synthé respirent une vie noire parmi des explosions éparses et des chœurs chthoniens. Intense et déroutant, Overture fait tout son effet par une sordide nuit sans électricité. The Long Road s'abreuve de la finale de Overture avec des vents rauques et des réverbérations gutturales qui s'entremêlent et s'effacent dans des cognements abstraits et des shouff shamaniques, alors que les premiers accords furtifs s'échangent les pulsations basses contre les résonances de verre. Et The Long Road d'étaler sa lente structure de cosmic groove. Les accords lumineux glissent sous l'effet des gaz cosmiques, alors que volètent des cymbales aux cliquetis de soie et que planent des solos qui dansent sur une structure en perpétuel chamaillage entre son léger rythme cliquetant et son cha-cha-cha cosmique erratique. Ce rythme incertain embrasse une cadence plus soutenue, faisant la guerre à des solos ambitieux qui tourbillonnent sans cesse sur les faux pas de danse d'une danse sans schéma précis et dont les pas tambourinés se perdent dans une ligne d'arpèges cristallins qui tintent dans l'écho de ses harmonies. Du grand Ian Boddy! Après le très ambiant et très enveloppant Never Reaching et ses longs voiles vampiriques qui se confondent dans de beaux arrangements orchestraux, Destination Zero offre un rythme infernal qui siège sur de violentes oscillations spasmodiques. Des percussions et des cognements nourrissent ce rythme affamé qui court avec férocité sous les solos d'un synthé dont la présence mélodieuse et les brumes oniriques étendent un brin de douceur sur cette tempête oscillatrice. Voilà un titre puissant qui connaît un petit bref passage à vide avant de renaître de ses oscillations déchaînées. Et Coda termine un concert étonnant de violence et de tendresse avec la même empreinte de mysticisme que Overture.

LIVERDELPHIA est un album étincelant où l’univers de la MÉ se recouvre d'un linceul progressif. Ian Boddy se surpasse avec des ambiances cosmiques pré-JMJarre et des rythmes dont les étonnantes variations stabilisent cette fragile harmonie entre le monde ambiant et l'univers des séquences et des trépignements nourris de milles pulsations arythmiques. Aucune minute n'est perdue sur ce superbe album où toutes les couleurs de la MÉ sont utilisées afin de donner un tableau sonique d'une fascinante beauté auditive. Un album aussi merveilleux que les confins de l'art elle-même. Faites-vite, Ian Boddy a pressé 550 CD seulement, le reste sera disponible via la plateforme de téléchargement de DiN.

Sylvain Lupari (20/06/13) *****

SynthSequences.com

Disponible au DiN Bandcamp

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