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  • Sylvain Lupari

IVAN BLACK: Remember The Dream Goes On (2015) (FR)

C'est plus qu'un simple hommage à Edgar Froese. C'est un album solide qui vous mènera au-delà des portes de vos attentes

1 A Return to the Berlin School 18:53 2 Morphological Echo 8:53 3 Ode to the Dream 17:27 4 Remember the Dream Goes On 18:51 5 The Dream Within a Dream 15:24 Ivan Black | Music Zeit

(DDL79:28) (Sequencer-Based Berlin School)

Encore un autre album hommage à Edgar Froese? Oui! Il en pleut. Et comme la pluie, il arrive parfois que c'est rafraichissant. Avec la série de noms des cinq titres qui meublent la pochette, assez sobre faut avouer, de REMEMBER THE DREAM GOES ON; la perspective que nous tombions dans les véritables parfums d'Edgar et de son bateau sonique semble plus que probable. Mais est-ce seulement qu'une illusion? Ivan Black est un musicien Anglais qui fait parti de cette vague de synthésistes très prolifiques qui n'ont pas de filtre et mettent quantité de musique en ligne dont les styles épousent les humeurs du quotidien. Son style caresse beaucoup la musique ambiante et parfois un genre plus séquencé, comme ce dernier album qui au final est une véritable surprise et sans nul doute l'hommage le plus stylisé à la musique d'Edgar Froese.

Les arpèges qui scintillent, virevoltent et dansent timidement derrière l'opaque rideau de brume du mellotron de A Return to the Berlin School ne laissent présager aucun doute quant à la direction musicale qu'entend prendre Ivan Black. Comme un ruisselet de séquences, l'introduction coule avec un parfum de mélancolie. Nos oreilles perçoivent une autre ligne de séquences faire dandiner ses ions en arrière-plan. Bientôt cette approche prendra la ligne directrice de A Return to the Berlin School où tombent des riffs de clavier aux arômes de vous savez qui. Une douce ligne de flûte dégage un air enchanteur qui nous projette maintenant dans les années Peter Baumann ou encore Epsilon In Malaysian Pale. Les séquences agitées et les harmonies ambiantes fusionnent à merveille les deux pôles d'Edgar tout en préservant l'identité de son auteur. Car ici, Ivan Black ne fait pas seulement une imitation d'Edgar Froese, ni de Tangerine Dream. Non! Il fusionne les deux entités dans une surréelle enveloppe qui nous amène au delà du Dream. Accosté par des percussions, le rythme devient plus fluide. Il hoquète, comme il ondule. En fait, trois mouvement nourrissent son long parcours minimaliste; une ligne de séquences limpides nouées autour de spasmes et ruades, une autre qui monte et descend (bientôt son ombre décalque son mouvement) et des percussions électroniques dont les frappes aléatoires et les élytres métalliques ne font qu'orner un rythme presqu'endiablé qui pliera l'échine sous les innombrables solos aux parfums d'une six-cordes. La structure déploie son long squelette de Centipèdes sous les caresses des nappes de synthé, dont certaines se trémoussent avec des genres de murmures dans les harmonies ambiantes. Il ne manque que les chœurs absents! Et ils sont là. Ils rôdent pacifiquement et fredonnent des airs discrets sur une structure de rythme qui est une vrai oraison sonique à la meilleure des époques de la Berlin School. Morphological Echo propose une intro ambiante et cosmique avec des belles orchestrations assez mélancoliques. Un rythme rampant comme un fauve à l'affût se profile autour de la deuxième minute. Il rôdera tout au long, amplifiant même sa menace vers la 5ième minute, sans pour autant sortir les ambiances de leur pochette éthérée. Même que des filets de voix viennent en enraciner le profond désir de laisser Morphological Echo dans son cocon atmosphérique.

Ode to the Dream est le moment fort de REMEMBER THE DREAM GOES ON. Et dans un univers sonique où trop d'éléments finissent par se ressembler, il s'agit probablement de la meilleur pièce de MÉ à avoir courtiser mes oreilles en 2015. C'est impétueux mais facilement apprivoisable. Tout d'abord, vous savez combien j'affectionne les mouvements de séquences? C'est l'essence de Ode to the Dream! L'intro transpire un peu les ambiances de Silver Scale. Une introduction qui étire un peu ses filaments ambiosphériques avec des nuages qui grésillent dans des tons organiques. Des oscillations pétillent ici et là. En fait, on dirait qu'elles claquent dans l'inconnu lorsqu'une ligne de séquences graves secouent ses touches qui peinent à trouver une direction rythmique. C'est au bout de 5 minutes qu'une ligne de séquences plus soutenue fait sautiller des ions qui sont vêtus des couleurs de l'obscurité. Des riffs de clavier tombent. De même que des percussions étouffées, mais pas leurs élytres, qui tambourinent comme un condamné à l'obscurité martèle ses murs d'isolement. Les séquences et les percussions se livrent tout un duel de rythme sous les morsures de riffs de clavier, les tendres caresses brumeuses et des lignes de synthé qui hésitent entre des solos et des harmonies vampiriques. Nous sommes toujours subjugués lorsqu'une ligne de séquences plus limpides fait miroiter ses touches comme un xylophone de défilé dans un délicieux tintamarre qui n'aura jamais ces apparences. Tout simplement superbe. Un dix-sept minutes bien placé, foutrement bien exploité. Chapeau Monsieur Black! Les premiers instants de Remember the Dream Goes On sont tout aussi tranquille, assez ambiosphérique même, avec les cliquetis des cymbales qui tintent sur des nappes de synthé tantôt tranquilles, tantôt belliqueuses. Le rythme se développe très lentement, augmentant et agrémentant sa présence avec de bonnes percussions et des effets de crotales, notamment dans sa dernière phase. Mais le tout reste dans le relativement ambiant. Ce sont plutôt les harmonies, qui sont bien éparpillées sur les 19 minutes, qui attirent l'ouïe avec de délicieux parfums d'Edgar Froese, tant en solo qu'avec le Dream. C'est un beau titre ambiosphérique qui aurait eu plus d'impact dans une enveloppe d'une douzaine de minutes. Mais c'est important de se rendre dans la pochette des 14 minutes car c'est là qu'est le meilleur avec de beaux solos qui complètent assez bien les ambiances très Froese de Remember the Dream Goes On. Moins complexe que Ode to the Dream, le titre effiloche sa structure de séquences un brin saccadée dans les frappes d'un bon down-tempo morphique. C'est un très bon titre bourré d'ambiances spectrales avec des murmures, des riffs et des nappes de synthé torsadées qui roucoulent comme les caresses de la nuit. Les 5 dernières minutes sont tout simplement superbes avec une suite de séquences limpides qui dessinent un filament stroboscopique et dont les touches cahoteuses sautillent dans d'enveloppantes nappes de synthé aux étranges parfums sibyllins. Ce n'est pas du TD, ni du Froese mais du Ivan Black qui est tout simplement inspiré et inspirant.

REMEMBER THE DREAM GOES ON est aux fans d'Edgar Froese et de Tangerine Dream ce que Blue Dream de Sequentia Legenda est pour ceux de Klaus Schulze, période Mirage. Mais au-delà de cette comparaison, l'œuvre d'Ivan Black respire d'une originalité contagieuse. Certes, des parfums d'Edgar rôdent à quelques endroits, notamment par les touches du Mellotron ou de ce qui sonne comme tel. Mais le reste...? Nada! On fait un lien avec le Dream à cause de la vocation de cet album, mais pas parce que ça ressemble tant que cela à la musique d'Edgar, ni de son Dream. C'est un album d'Ivan Black qui rend hommage et non qui copie le style. Excellent! Ode to the Dream et The Dream Within a Dream sont des monuments.

Sylvain Lupari (13 Mai 2015) ****¾*

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