• Sylvain Lupari

JEAN-MICHEL JARRE: Amazônia (2021) (FR)

Le génie de JMJ est de tisser une trame sonore d'un film qui prend racine dans notre tête

1 Amazônia (Part 1) 7:42

2 Amazônia (Part 2) 9:59

3 Amazônia (Part 3) 8:10

4 Amazônia (Part 4) 3:16

5 Amazônia (Part 5) 6:04

6 Amazônia (Part 6) 3:33

7 Amazônia (Part 7) 4:18

8 Amazônia (Part 8) 3:19

9 Amazônia (Part 9) 6:23

Columbia ‎– 19439858232

(CD, Vinyl and DDL 52:47) (V.F.)

(Tribal ambient, EM)

Ce n'est pas facile de suivre la carrière d'un artiste comme Jean-Michel Jarre. Innovateur, oui-oui, refusant toute forme de simplicité, il va où personne ne va. Comme dans ce AMAZÔNIA! Cette fresque de presque 53 minutes, change de peau, comme ces anacondas qui en sont les maîtres, à presque chaque nouvelle expiration d'un souffle soit étonné, charmé, médusé et /ou contrarié. Pourtant, JMJarre exploite tous ses styles dans une mosaïque tellement composite qu'il est difficile de maintenir un lien tout au long de ses 9 chapitres, à moins d'être totalement immergé dans son univers musical. C'est pour cette raison que AMAZÔNIA est proposé en différentes versions qui changent totalement sa signature sonore. Proposé en format CD, vinyle et en téléchargement, AMAZÔNIA est avant toutes choses une trame sonore, un album-concept conçu pour accompagner l'exposition du photographe Sebastião Salgado qui a passé pas loin de 6 ans à épier ce mythique fleuve. Plus de 200 photos et des heures de vidéos devaient nourrir une grande exposition qui était prévue entre avril et aout 2021. L'exposition fut reportée en raison de la Covid-19. Décrit comme un album ambiant, AMAZÔNIA a pourtant sa large part de rythmes électronique qui se succèdent à tour de rôle sur l'album et parfois jusqu'à 3 fois dans un titre. Ces phases, plus ou moins évanescentes, plongent dans des moments atmosphériques bien alimentés justement par la banque d'échantillonnages collectées tout le long de l'amazone. Ce qu'on nomme Field Recordings est représenté par divers chants et dialogues tribaux qui s'échelonnent sur les 9 titres de cet album. Les crépitements de feux et les brouhahas de la vie quotidienne des tribus longeant ce fleuve, comme ces explosions de tonnerre et la foudre, sont aussi bien représentés alors que la faune organique est plus présente que celle animalière qu'aviaire, exception faite des jappements de chien et des quelques rares cris des macaques. Dernière chose! Le son et les propositions sonores possibles en achetant le CD ou le vinyle. Les deux possibilités viennent avec un code afin de télécharger différentes sources sonores de l'album. J'ai choisi d'écouter la version CD, alors que j'ai choisi la version binaurale pour casque d'écoute. Le jour et la nuit mes amis! Une écoute immersive qui donne un contact très étroit avec la nouvelle aventure de Jean-Michel Jarre.

C'est dans les réverbérations d'une explosion sonore que Amazônia (Part 1) infiltre nos oreilles. Et lorsque j'écris infiltre, le mot est tout à fait approprié. Entrant littéralement par une oreille pour sortir par l'autre, cette première partie de AMAZÔNIA fascine avec les brouhahas des peuples voisins de ce grand fleuve et des dialogues plus personnels qui sont liés à une délicate danse stationnaire d'arpèges électroniques. Les ambiances nourrissent nos oreilles avec des échantillonnages riverains, fusionnant à merveille la nature qui se transforme en même temps que les horizons sonores. Des cloches à vache, une ligne de basse rampante et une impulsion électronique à la Vangelis ornent une nouvelle mutation rythmique qui est lente et construite sur une pléthore de percussions et d'éléments percussifs de la dernière partie de Amazônia (Part 1) dont les ambiances tribales cernent les inspirations de Byron Metcalf dans un remarquable travail au niveau de la flore percussive. Si les nombreux changements à l'intérieur des 8 minutes de Amazônia (Part 1) étaient salutaires, ils ont tout l'effet contraire sur Amazônia (Part 2) avec une mosaïque hétéroclite qui donne naissance à des initiations rythmiques très intéressantes comme à des orchestrations osées. Mais trop de modifications et de passages où le son sort de sa dimension effraie les oreilles qui veulent fuir une seconde écoute alors que la troisième est nécessaire pour se laisser embraser, littéralement, par ce titre aux influences prismatiques. Amazônia (Part 3) récupère ces oreilles frileuses avec un bon rythme électronique, amorcé dans la finale de (Part 2), qui se perd, par deux fois, dans un lourd passage d'ambiances tribales. Ces phases sont remplies de murmures et de chants vocaux, en plus des stridulations et des éléments atmosphériques pour revenir dans un second passage rythmique un peu mou et un troisième nettement plus énergique qui flirte même avec un zest d'Électronica. Un Électronica créatif avec des effets organiques liés aux 45 premières secondes de Amazônia (Part 4) dont la phase ambiante est plus du genre film d'épouvante. Le rythme qui suit, ses orchestrations et ses chants tribaux, ornent un des meilleurs moments de cet album. Amazônia (Part 5) propose 2 textures de rythme dichotomiques qui se s'estompe dans un long segment d'ambiances des riverains joueurs de flûtes païennes. La dimension tonale de Amazônia (Part 6) est plus saisissante dans ce titre ambiant et de sa courte explosion rythmique sans conséquences. Amazônia (Part 7) est construit sur les mêmes préceptes, sauf que JMJarre a tissé depuis une dizaine de minutes un voile d'appréhension qui se devine par les orchestrations et qui creuse un brin d’inconfort à pénétrer de plus en plus loin sur ce long fleuve mythique. Amazônia (Part 8) en est un fidèle témoin auditif avec sa longue phase d'ambiances quasiment dégagées des empreintes de la civilisation. On entend les chutes au loin tentant d'attirer l'expédition sonore qui prend une route plus sécuritaire en abordant une dernière branche où l'intensité n'a d'autres explications que l'anxiété et le sentiment de drame. Même face aux paisibles chants de criquets géants et autres manœuvres sonores en lien avec ce dernier saut dans l'inconnu où les orages sont encore une pointe de tourments avant de réentendre la civilisation avec ces chants tribaux qui conclut la toute dernière aventure de JMJarre.

Est-ce que j'ai aimé AMAZÔNIA? Absolument! Le génie de Jean-Michel Jarre est de tisser une trame sonore d'un film inconnu qui prend racine dans notre imagination. De cette façon, nous montons le courant de ce fleuve avec des images en noir et blanc, évocatrices de tension, plein la tête. Comme ce voyage, on peut trouver le temps long par instants mais le décor tonal, comme le vrai, sont des incitateurs pour apprécier encore plus les floraisons sonores ici et là. Les rythmes!? Ils sont partout, suffit de les garder en mémoire puisqu'ils changent constamment. Et laissez-vous tenter par les différentes versions. Les perceptions changent et la musique aussi.

Sylvain Lupari (26/07/21) *****

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