• Sylvain Lupari

MASSERGY: Fire Opal (2019) (FR)

Updated: Jul 29, 2019

“Lorsque l'acoustique et l'électronique se fondent en symbiose, cela donne des moments uniques d'une beauté surprenante, comme ici”

1 Vinesong 3:21 2 The Shepherdess 10:24 3 Lunar Cinema 6:25 4 Cold White Smoke 17:57 5 Fire Opal 17:17 6 El Viajero 5:25 7 La Extraña 9:25

SPM-3901 (CD/DDL 70:13)

(Ambient acoustic & electronic)

Autre nouveau nom dans l'écurie Spotted Peccary, Massergy est le projet du musicien américain Eric Jensen, qui habite Austin au Texas. Il compte 5 albums à son actif et ce 5ième est le premier à voir le jour par le biais du label Américain. Enregistré principalement en pleine nuit avec des guitares, des percussions et des synthés, sans logiciels ni plug-ins, et une panoplie d'instruments acoustiques, comme les flûtes et une très bonne basse, FIRE OPAL nous amène dans un territoire ambiant avec une musique qui flirte avec les racines du Jazz et du Blues dans une enveloppe aseptisée par les multiples dimensions d'un synthétiseur conventionnel. Créatif, Eric Jensen tisse ses rythmes avec des séries de riffs et de finger pickings qui roulent comme les fruits d'un séquenceur, alors qu'il n'y en a aucun sur FIRE OPAL. Le synthé partage ses nappes de brume et ses tons d'orgue avec des filets de voix et de tendres orchestrations avec un beau doigté mélodieux, pour la plupart très mélancolique, que l'on confond aisément à des instruments acoustiques. Je pense ici aux flûtes. FIRE OPAL est tiré du folklore mexicain et est désigné comme étant une pierre qui aurait des pouvoirs de guérison et de protection à celui qui la porte. Pour Spotted Peccary, c'est une nouvelle dimension sonore qui s'ajoute et qui donne encore plus de profondeur à ce label qui se diversifie constamment. Malgré les contextes particuliers de l'enregistrement, l'esthétisme sonore est au rendez-vous avec un bon mastering d'Howard Givens. Offert en téléchargement et en format CD manufacturé, l'opus est enveloppé dans une belle présentation digipack à 4 côtés avec une pochette qui reflète peu l'essence nocturne d'un album qui demandera quelques écoutes, ce dont j'ai eu besoin, afin de saisir toute sa dimension. L'aventure démarre avec les mots d'une guitare acoustique laissés dans les lueurs de la nuit. La guitare est élégante avec une approche un peu triste où les échos des cordes tremblent dans les légers rayons de brume du synthé. On peut aisément imaginer Eric Jensen, seul sur sa véranda la nuit, gratter sa guitare tout en s'emportant afin de gratter furieusement les tendres cordes de sa guitare acoustique. De doux à dur et entraînant, l'aubade acoustique se nimbe d'orchestrations et de nappes de voix sibyllines que Massergy ajouteras plus tard. Court, Vinesong laisse une carte de visite intéressante à l'auditeur qui n'est pas encore tout à fait au bout des surprises. Il n'y a pas de séquenceur dans cet album! Et pourtant, l'ouverture de The Shepherdess sème le doute. Une suite répétitive de finger pickings sculpte une structure rythmique, un peu comme un séquenceur, avec des semi riffs dansant avec fluidité dans les profondeurs des nappes d'un synthé qui se galvanise avec des ambiances pastorales. Si on discerne un peu mieux le travail de la guitare, une ligne de basse et une tonalité d'orgue donnent un cachet mystique à des ambiances qui prennent le contrôle du cadran un peu après les 3 minutes. Dès cet instant, l'approche devient nettement plus séraphique avec des filets de voix de déesses astrales qui se fondent dans les longues tonalités d'orgue gémissant avec un subtil fluide sonique du synthé. La guitare reprend ses droits dans cette phase ambiosphérique avec une ligne de basse bien dessinée qui tente d'amener sa comparse musicale dans un duo contre des nappes plus anesthésiantes. Ce duo embrasse une phase plus cosmique avant que The Shepherdess rassemble ses accords qui sautaient avec fluidité dans son ouverture. Vous avez ici les principaux ingrédients et l'approche évolutive dans le style de composition de Massergy qui jalonnent son premier album sur Spotted Peccary. Lunar Cinema est un titre plus méditatif, et électronique surtout, avec une ligne de synthé gémissant comme un saxophone en train de charmer la nuit et ses étoiles. Nous arrivons dans le cœur de FIRE OPAL

Après avoir percé une onde de vent et de réverbérations, Cold White Smoke libère la guitare qui sculpte ses riffs dont le mouvement de galop ascensionnel accompagne une cavalerie de clochettes aux tintements délicats et harmonieux. Tout en arrière-plan, le synthé lance des filaments sonores qui se déploient comme des coulisses d'encre blanche dans l'obscurité de la nuit. En fait, ce titre respire plus les beautés du jour que les mystères de la nuit. Même si une structure de rythme avec un air légèrement sournois en arpente le panorama. La 1ière partie propose un rythme orné d'éléments d'ambiances, alors que la 2ième offre des éléments d'ambiances ornés d'effets et de solos de guitares qui sont abandonnés à la nuit. Des éléments percussifs tintent en ajoutant une vision spectrale, faisant un contrepoids avec le rythme soutenu du début qui battait sur les vibrations de la basse. Des nappes d'orgue flottent dans le fond, préparant le retour du rythme qui animait l'ouverture de Cold White Smoke. La longue pièce-titre reprend la navigation des ondes de synthé aux couleurs tonales d'orgue et de dialecte ectoplasmique. Ce titre plus complexe et le moins accessible de FIRE OPAL propose une ouverture avec des ambiances d'une nuit offerte aux enfers. Des strates de guitare et de synthé unissent leurs visions méphistophéliques avec des couleurs abyssales qui se joignent aux longs râlements de drones ambiants et de ses regards soniques pleins de menaces. C'est un titre très sombre, avec quelques éléments de tendresse qui rechignent ici et là, mais pas assez pour enlever à Fire Opal son voile de cette nuit offerte aux ténèbres. Derrière de longues complaintes aux sombres sentiments étirés au maximum, El Viajero propose une autre semi ballade pour guitare acoustique. Plus douce et plus nostalgique que Vinesong, la guitare acoustique éparpille ses notes dans des linceuls de synthé, dont les arrangements orchestraux soutirent quelques soupirs chez une âme délaissée, et des murmures d'une voix que l'on voudrait complice de nos nuits. La Extraña détonne dans cet environnement où l’électronique cohabite équitablement avec l'acoustique en proposant un titre lent, quasiment un bleues ambiant. La ligne de basse est omniprésente avec de longs notes toutes de bleues vêtues qui sonnent comme si on entendait de la contrebasse. Les accords de clavier tombent dans cette sinistre ambiances tissée par les teintes d'orgue du synthé avec une couleur tonale qui fait assez Pink Floyd, et la guitare pond des solos qui semblent inachevés et qui ont du bleues à l'âme. C'est un des titres dans FIRE OPAL qui m’a demandé quelques écoutes, ici comme sur la pièce-titre, mais au final, j'ai bien aimé ce mariage électronique/acoustique de Massergy. Une belle, et étonnante, découverte de Spotted Peccary.

Sylvain Lupari 18/04/19 ***½**

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Available at Spotted Peccary's Web Shop

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