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  • Writer's pictureSylvain Lupari

Node Singularity (2023) (FR)

L'album qu'il me fallait pour me relancer dans l'écriture sur la dimension unique de la MÉ

1 Fast Forward 10:28

2 Continential Drift 7:05

3 Parallax 13:19

4 The Kraken 14:20

5 Cycles 5:18

6 Terminus 16:16

(CD Digipack/DDL 66:49)

(England School, Dark Psybient)

C'est timidement que Fast Forward amorce cet enregistrement d'un album égaré dans les voutes de Ed Buller et Flood. Une brume de particules métallisées flottent entre deux sphères alors que des carillons tintent dans le désordre de pulsations statiques qui courent comme des petits pas perdus. Le mellotron, ce digne ambassadeur des tonalités des années vintage, pousse autant de brume que d'effets célestes alors que le synthé lance des torsades et des vrombissements parfumés de cette odeur de musique électronique (MÉ) ambiante ténébreuse et légèrement psychédélique. Le Dark Psybient qui recouvre les rythmes et passages mélodieux de cet excellent album qu'est SINGULARITY! Cette ouverture, où les ambiances chtoniennes comme séraphiques bordent autant notre imagination que stigmatisent la signature musicale de Node, prolonge ces délices pour oreilles avides de particularités et de couleurs sonores jusqu'à la porte des 3 minutes. Dès lors, le rythme s'active autour de pulsations oscillatoires qui tracent une longue et sinueuse ligne de rythme qui monte et descend en affichant ses couleurs contrastantes. Des cliquetis de cymbales aident à propulser cet élan qui n'est pas sans rappeler les bases de On the Run de l'album Dark Side of the Moon de Pink Floyd. Des percussions électroniques vivifient ce rythme qui vient juste de frapper un mur caoutchouteux, créant un effet d'écho pulsatoire. Les synthés tissent des harmonies qui ululent et fredonnent comme une chorale de spectres désordonnés dans une seconde partie encore plus dynamisée par l'apport des percussions et d'effets de percussions tout simplement en avant de leur temps, ainsi ces effets d'écho vibrionnant qui surdimensionnent la portée rythmique de Fast Forward et des autres titres de ce nouvel album du légendaire quatuor Anglais. Nouvel album!? Pas vraiment. SINGULARITY est tiré des sessions de l'album éponyme de Node en 1995. Le tout est masterisé avec la technologie d'aujourd'hui, sans autres réenregistrements (overdubs), et préserve cette dimension sonore avant-gardiste catapultée par ces murailles de synthétiseurs modulaires et de ces quelques centaines de fils qui donnent ce filtre de couleurs extasiantes à la MÉ de Dave Bessell, Gary Stout, Ed Buller & Flood. Les ambiances et les harmonies gothiques, ainsi que ces rythmes aux dimensions mystiques sont autant l'apanage de Fast Forward que des 4 autres titres qui le suivent.

C'est ainsi que Continential Drift nait d'une turbulence statique imposée par de sinueuses ondes de bourdonnements où se cachent des tintements qui inspirent à une méditation bouddhiste. Des souffles gothiques, provenant de nappes de mellotron sinistres, et des émanations de brouillard, remplis de crachins industriels, ornent une atmosphère de procession cauchemardesque amplifiée par la présence de lamentations de fantômes, de gnomes et autres personnages mythiques du moyen-âge où les accords de clavier ont cette tonalité des groupes de prog des années 70, notamment celle de Rick Wright, claviériste de Pink Floyd. Nous continuons cette descente dans les enfers de la créativité alopagique avec Parallax et son ouverture atmosphérique sous le signe d'un orchestre en train d'ajuster ses cordes. Nos oreilles trempent dans des remous sonores qui s'excitent sourdement dans une vision plus ou moins cacophonique. Des gémissements, comme des chants de baleineaux, tempèrent ces ambiances pour amener une vision plus angélique après la 3ième minute. Pour la seconde fois, nos sens acceptent de se soumettre à la volonté de Node lorsque des pulsations caoutchouteuses défient la sublimité de magnétisantes boucles séraphiques. Le rythme qui suit est sautillant, quasiment boitillant, avec une fusion de ces pulsations et des boucles hypnotisantes. L'écho du rythme est construit sur une réponse industrielle et métallisée dans une ambiance qui devient dominée par des caresses de violons chimériques. De rythme qui nous fait rêver, la structure de Parallax intensifie ses pièges aux abords de la 8ième minute lorsque les pulsations et les artifices séquencés multiplient ombres et cognements dans une seconde partie plus dynamique sans pour autant être plus rythmique. De l'art pour les oreilles!

Et cette description s'applique tout autant au majestueux The Kraken qui est tout simplement le pinacle de ce SINGULARITY et ce genre de titre qui vous fera tomber en amour avec cet art plus de créativité, de diversité. Avec un peu d'imagination, on arrive à mettre en image un scénario qui colle à la naissance, la croissance et les attaques de ce mythique monstre des mers. Flûte lyrique, nappes de synthé d'un bleu à induire la somnolence et bourdonnements vibrants, l'ouverture psalmodie une naissance laborieuse qui agite les courants sous-marins dans cette dualité entre ces visions ténébreuses et séraphiques qui peint les multivers de SINGULARITY. Un rythme qui donne cette sensation de galoper des ténèbres pour aspirer une bouffée d'oxygène propulse le premier élan de The Kraken quelques secondes avant sa 4ième minute. Ce rythme sera évolutif et changeant, il se brisera même à quelques endroits, flirtant quasiment avec les élans et les avancées de ce gros monstre issu des contes et légendes des premiers conteurs. Pliant à peine l'échine sous des nappes de mellotron qui entrecroisent leurs poésies cinématographiques, il s'extirpe de son voile statique pour se secouer dans une violente poussée visant à anéantir sa proie. Une série de craquements d'os métalliques roule sur ce rythme qui galope comme court dans un corridor où l'eau est devenue absente, laissant ainsi un effet de vide créé une illusion d'écho dans un entrechoquement de multiples cerceaux métalliques. Cette sublime texture où le métal copule avec un organisme est le point central de ce titre qui est un véritable joyau de créativité pour les oreilles. Les arrangements sont aussi divisés entre cette légère vision orchestrale et celle plus tumultueuse de synthés tout simplement acrimonieux qui tissent cette subtile probabilité où la paranoïa est le dernier refuge de ce titre qui porte à merveille sa longue distance de 14:20. Une fois la bête reput ou sa colère apaisée, The Kraken retourne dans les mystères insondables des profondeurs océaniques. Et si vous avez cette illusion que la MÉ est devenue de la lassitude à vos oreilles, un titre comme The Kraken et même un album tel que ce SINGULARITY est le meilleur des antidotes. Brillant sur toute le ligne. Le rythme de Cycles s'extirpe tranquillement d'une ouverture digne d'un Steve Roach divisé entre ses visions sereines et coléreuses. Il bat ainsi nonchalamment sous un ciel bardé d'ombres métalliques bourdonnantes pour finir par offrir un débit vif et bondissant, comme des ions sauteurs en caoutchouc. D'autres séquences et des percussions électroniques donnent vie à une structure plus frénétique, comme la danse d'une tribu d'ions sauteurs n'ayant pas mangé une once de rythme depuis des décennies. Ceux qui suivent la carrière de Node depuis le premier album de 95 connaissent le titre Terminus qui circulait de façon illégale dans le cercle des premiers fans du groupe Anglais. Ce titre issu d'un concert donné à la gare de Paddington à Londres représente la vrai valeur de Node avec une structure plus près du Berlin School des années vintage. Les empreintes de Tangerine Dream sont plus présentes ici qu'ailleurs dans l'album. Le rythme suit une croissance évolutive au niveau de la puissance, pas au niveau de l'excitation propice à danser. Il progresse lentement avec la résilience d'un obstiné où craquements, effets de résidus métalliques et arrangements au niveau des synthés surdimensionnent une profondeur psychédélique qui est plus timide ici que dans l'ensemble de SINGULARITY.

Ça devait faire un gros 2 semaines que je n'avais pas écrit de chroniques sur la MÉ. En plus des douleurs chroniques qui commencent à manger mes doigts, un effet de lassitude s'était emparé de mes oreilles. Il a fallu que je tombe sur ce nouvel album de vieille musique de Node pour me redonner la piqure. SINGULARITY est un magnifique album offert tant en téléchargement qu'en format CD manufacturé dans un ensemble digipack. Une collection de 8 photos qui immortalise les membres de ce groupe devenu légendaire au fil du temps orne un petit livret de papier ciré. Oui, une très belle production réalisé par le label DiN et de la grande MÉ!

Sylvain Lupari (07/04/23) *****

Disponible au DiN Bandcamp

(NB: Les mots en bleu sont des liens sur lesquels vous pouvez cliquer)

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