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  • Sylvain Lupari

ASUNTAR: Pulses (2017) (FR)

“Pulses est un autre solide opus de Pologne qui plaira à ces gourmets de tons analogues de style Berlin School”

1 Mare Tranquillitatis 7:08 2 Ambient Voyage 8:17 3 Sequenced Day 7:40 4 Steel Towers 10:18 5 Wind of the Stars 7:08 6 Voice of the Wind 6:36 7 Are you There? 8:40 8 Beautiful Thing 8:51 9 Slow Moving Structures 8:18 Generator.pl | GEN CD 041

(CD 73:02) (Vintage Berlin School)

Ah le merveilleux univers de la musique électronique (MÉ)! Uni à la croissance exponentielle de l'informatique, soit logiciels de création et plateformes de téléchargements et ce sans compter ces petits bidules qui en améliorent la portée sonore, cet art revit à vitesse grand V en France, en Roumanie et en Pologne. Et il y a des petits génies qui sortent du lot afin d'atterrir dans la cour des grands noms et y rester. Et cette plénitude de talents apporte une bonne dose d’énergie qui stimule les styles Berlin et England School sans oublier le Netherlands School. Ainsi, chaque année quelques nouveaux noms jaillissent pour apporter un vent de fraîcheur qui réconforte les aficionados du genre. Oui, la MÉ est bel et bien vivante! Le dernier en liste est l'artiste polonais Asuntar qui vient de réaliser un premier album sur le prestigieux et très pointilleux label Generator.pl, PULSES. Et si l'on se fie à la revue de presse du label; «Après avoir entendu Pulses, vous aurez la certitude que le Berlin School avec une bonne dose de musique ambiante a encore quelque chose à offrir », on s'attend à passer quelques bonnes 70 minutes de MÉ de style Berlin School. Mais, est-ce vrai? Allons voir!

C'est donc avec une ouïe ouverte au maximum que je me suis attaqué à la pièce d'ouverture. Le nom du titre et la mention bonne dose de musique ambiante annonçait un peu les couleurs de Mare Tranquillitatis. Tout d'abord un souffle très acide vient du bas pour crisser entre mes oreilles. Une interaction entre ces souffles et des drones donne un échange de tonalités astrales qui flottent comme une lente symphonie numérique où des filets de voix absentes fredonnent un air plutôt sibyllin. Des effets cosmiques pleuvent comme une pluie horizontale en périphérie de cette mosaïque d'ambiances interstellaires qui prohibent toutes formes de rythmes dans une enveloppe hyperboréenne. C'est quelques secondes après l'introduction, toujours d'ambiances, de Ambient Voyage que mon attirance pour cet album naissait peu à peu. Il y a un beau mouvement du séquenceur ici qui n'est pas sans me rappeler Mirage de Klaus Schulze et Velvet Voyage. Ces délicats arpèges sautillent dans un mouvement ascensionnel jusqu'à se fondre dans les délices d'une ligne de basse qui en épouse la forme. Et contrairement à Mare Tranquillitatis, c'est la chaleur des ambiances, toujours farcies de ce duel entre tonalités cosmiques et cybernétiques, qui étonne dans cet autre mouvement ambiant ondulant comme une flamme magnétisante. Des accords indécis batifolent en ouverture de Sequenced Day. Sautillants et rêveurs, ils tentent d'harmoniser une structure rythmique qui prend son envol, non sans avoir percé un épais nuage de nappes anesthésiantes et de tonalités électroniques, avec une superbe ligne de basse qui alimente la première structure rythmique de PULSES. Attachée à un solide mouvement oscillatoire de séquences basses, le rythme rugit dans une enveloppe analogue d'où s’échappent de bons solos parfumés de Free-Jazz, le mouvement me rappelle l'univers dantesque de Jean-Luc Briançon, sur une structure qui devient encore plus enlevante avec l'arrivée des percussions. Ça vire en un bon rock cosmique avec une portée très vintage. Très bon! Steel Towers nous ramène dans les territoires d'ambiances gorgées de vents creux et d'autres plus tétanisant pour les sens, un peu comme l'introduction de Mare Tranquillitatis mais en plus long. Wind of the Stars fait oublier un peu ses longueurs avec un autre bon rock cosmique électronique. Le Mellotron est aussi doux à l'oreille que les murmures des anges de la nuit. Le maillage de percussions, de séquences et d'une bonne ligne de basse structure un rythme lent propice à d'autres bons solos de synthé. Voice of the Wind est un des plus beaux titres d'ambiances que mes oreilles ont croisées dernièrement. Tissée dans l'intensité et la passion, une délicate mélodie très morphique fait miroiter ses accords de prisme en suspension dans une large bande de voix et de murmures qui sont encodées dans un panorama sonore où l'esthétisme orchestrale fait constamment notre ligne d'émotivité. C'est excellent et c'est le genre de titre qu'on attendrait de Vangelis. Un titre qui m'a procuré une bonne dose de frissons! Les pépiements d'ordinateur ajoutent une touche toujours très cosmique à la musique de PULSES. Ils ornent l'introduction de Are you There? qui, après une phase ambiosonique, séduit oreilles, doigts et pieds avec un autre bon rock cosmique toujours aussi savoureux que complexe. Je suis au paradis de la MÉ du genre analogue et soudainement, je ne pense plus à Mare Tranquillitatis ni à Steel Towers qui m'ont écorché un peu les oreilles dans un décor que je dois admettre assez réussi. Beautiful Thing propose un rythme ambiant avec de belles oscillations qui se tortillent comme une masse de vers sous la pluie d'un nuage de radiations. Des voix murmurent de tous côtés alors que divers petits bruits éclatent ici et là parmi des chants d'oiseaux synthétisés. Toujours très riche de sa faune sonique diversifiée, Asuntar ajoute des nappes orchestrales qui flottent comme des soupirs de sensualité dans un univers gangrené. Le rythme s'impose un peu plus avec des percussions nerveuses et une bonne ligne de basse nouée de saccades. On n'y échappe pas, on se croirait dans un univers futuriste aussi sombre que les visions de Philip K. Dick. Et toujours ces torsades envahissantes! La délicate flûte de Mellotron de Wind of the Stars vous manque déjà? On la retrouve toute chevrotante dans les 90 premières secondes de séduction de Slow Moving Structures. Par la suite, cette flûte se chamaille avec une structure qui semble vouloir exploser mais qui maintient toujours sa vision d'ambiances en s'inspirant du fascinant Electronic Universe de Software.

Oui! Après avoir entendu PULSES, vous aurez la certitude que le Berlin School avec une bonne dose de musique ambiante a encore quelque chose à offrir. Il y a une touche contemporaine ici qui irradie les saveurs des œuvres, tout de même assez complexes, de Jean-Luc Briançon. Un autre bel album du label Polonais Generator.pl qui se distingue continuellement en réalisant des œuvres d'une très grande qualité. Recommandable et sans hésitations!

Sylvain Lupari (15 Avril 2017) *****

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© 2019 by Alexandre Corbin for Synth&Sequences \ Sylvain (A.K.A. Phaedream) Lupari

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