• Sylvain Lupari

BERNARD REEB: Shoot for the Moon (2019) (FR)

“Un album splendide où le New Age et le Berlin School voyagent à travers des visions expérimentales tout en maintenant la musique très accessible”

1 Stellar Garden 5:24 2 Towards Taurus 6:32 3 Ebenen 5:42 4 A Ray from Vega 4:17 5 Through the Milky Way 5:37 6 Far Over the Clouds 3:26 7 Le Chant du Crabe 5:13 8 Minor See 11:30 9 The Silver Dancer 4:57 10 Cygnus Lake 7:07

Bernard Reeb Music

(CD/DDL 59:46)

(New Age, Berlin School, Ambient)

Bernard Reeb est un nouveau nom dans les sphères de la MÉ française. Et comme tous ces artistes de France, sa signature est mélodieuse même dans ses retranchements les moins accessibles. SHOOT For The MOON est un premier CD. Ces deux premiers albums sont de nature ambiant, quoique 7x8 soit ce que je pourrais appeler de la musique abstraite, et sont disponibles sur son site Bandcamp intitulé espaces sonores. Guitariste de formation classique et professeur de musique, il est tombé dans la marmite de la MÉ en découvrant Blackdance de vous savez qui. Ce qui m'a surpris le plus, et charmé aussi par ricochet, c'est l'enveloppe sonore de SHOOT For The MOON. J'en ai entendu de la musique! Et la signature musicale, ainsi que son approche en composition, de Bernard Reeb est unique. Il y a des parfums de Daniel Berthiaume, Le Feu Sacré, dans son approche New Age que l'on retrouve sur 2 ou 3 titres. Les intonations de la guitare et certaines structures de composition me font penser à cet album. Mais le genre EM du style Berlin School est quelque chose de totalement nouveau. Tant au niveau des structures de rythme que du son! Si j'osais une comparaison, je penserais à Richard Pinhas, à tout le moins dans le spectaculaire Le Chant du Crabe. Mais pour le reste, il faut faire travailler son imagination…

Très léger, c'est le genre de titre que ma Lise a aimé, Stellar Garden donne le ton avec une structure pas compliquée pour deux sous. Le rythme est attrayant avec une approche circulaire qui sautille sans que l'on se brise un os. Le croisement entre le séquenceur et les percussions électroniques ajoute un petit côté saccadé, mais pas trop. Par moments, le séquenceur est plus féroce et le rythme montre plus d'appétit. Comme décor, Bernard Reeb propose des bancs de brume anesthésiante, des traînées de riffs et des effets vaporeux qui flottent sur des beaux solos d'une guitare qui me fait penser à du bon Darshan Ambient. C'est tendre et mélancolique. Vous me diriez que c'est du Easy Listening. Je ne dirais pas que vous avez tort! La guitare dans Towards Taurus est d'une sensibilité très émouvante. J'aime ces tonalités complémentaires qui coulent lorsque le musicien français caresse le manche de sa guitare ici. Le rythme est plus sautillant et plus lourd que dans le premier titre et si la guitare serait un synthé, nous aurions de splendides solos à saveur exploratoires sur une structure dont les arrangements touchent aux limites de notre sensibilité. Nous sommes dans du New Age progressif. Ebenen présente la vision Berlin School de Bernard Reeb. Le rythme est soutenu et progresse avec intensité dans une série de pulsations sourdes qui roulent comme ces trains fantômes. Séquences et riffs alimentent cette structure qui devient absolument obsédante si on se met à jouer du head-banger. Les ambiances sont cosmiques avec des nappes qui ronronnent et dont les effets de bourdonnements se mélangent aux souffles limpides des tonalités cristallines qui illuminent le côté sombre des accords plus assourdis. À bien y penser, c'est un bon Berlin School avec un son tout à fait différent. Le début de A Ray from Vega peut faire penser aux cliquetis percussifs de Kraftwerk dans TEE. C'est juste l'intro! Le titre se développe avec un pattern sautillant et fluide comme dans Stellar Garden, mais la guitare est remplacée par un synthé injecteur de brume mélodieuse. Les pulsations sont lourdes et vrombissantes alors que la danse des arpèges stimule un bon mouvement spasmodique qui va assez bien avec l'évolution de la musique. Plus je découvre cet album, et plus j'aime.

Et ce n'est pas un titre comme Through the Milky Way qui va renverser cette tendance. Le rythme est magnétisant avec une approche de tam-tams hypnotique. Après 90 secondes, tout bascule avec une vision sphéroïdale où les basses séquences sautillent en boucles oscillatrices nimbées de superbes effets percussifs. Le synthé injecte des nappes de brumes, des filets de voix de déesses aux chants séraphiques et des pépiements électroniques qui vont de pair avec cette étonnante vision au niveau effets percussifs. C'est purement électronique et très créatif. L'évolution me fait penser à du bon Arc. Mais encore là c’est assez boiteux comme comparaison, quoiqu'il y ait un fil conducteur. Far Over the Clouds est un beau slow tempo qui tourne lentement dans une zone imbibée d'éther. Les percussions sont sobres et la ligne de basse est moulée pour danser collé-collé. Le mouvement est doux et la guitare l'illumine avec des accords mélodieux. Le panorama est riche de sa vision cosmique alimentée par un synthé en mode décorateur. Le Chant du Crabe est tout simplement génial. Le rythme est circulaire et ondule sur un délicieux pattern de séquences et de séquences percussives qui se chamaillent avec de délicieux effets percussifs. On roule du cou, on tape du pied et on est absolument abasourdi par ce rythme enrichi de créativité absolue. On accroche à la première écoute! Minor See est un titre enlevant avec une structure qui tangue entre du rock et de la dance music. Il y a cette complicité entre des percussions sobres et un lit de séquences oscillatrices à laquelle Bernard Reeb a ajouté des pépiements papillonnants. Le synthé lance de très bons solos et des effets de sirènes qui ululent comme une horde de spectres. Le rythme est soutenu avec des nuances dans son intensité qui sont judicieusement insérées. Des orchestrations en staccato complètent l'enveloppe sonore de Minor See qui utilise avec brio ses 11 minutes afin d'offrir un rythme qui se propose très bien sur un plancher de danse. The Silver Dancer fait tourner une savoureuse approche de flamenco sur un carrousel de séquences dont la fluidité est stoppée par des arrêts pour guitare latine. C'est génial. Si vous êtes intéressé à découvrir un peu plus l'univers Bernard Reeb, Cygnus Lake propose un très aperçu avec une approche ambiante sombre et une vision plus expérimentale que l'on retrouve sur SynPhonia et 7x8, deux œuvres parues en 2017.

Impressionnant et totalement recommandable, SHOOT For The MOON est un coffre à bijoux soniques plein de belles découvertes et d'approches audacieuses. Du New Age à du Berlin School en passant par une vision plus classique de la composition, les 60 minutes de cet album passent en coup de vent. À l'aise autant sur sa guitare que sur le synthé, Bernard Reeb fait preuve d'audace et de créativité à plusieurs endroits. Soufflant le chaud et le froid, il enchante avec sa vision mélodieuse comme il fascine avec son net penchant pour une approche plus expérimentale qui reste, sur cet album, un peu plus accessible. À découvrir!

Sylvain Lupari 17/05/19 *****

SynthSequences.com

Available at Bernard Reeb's Bandcamp

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