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  • Writer's pictureSylvain Lupari

Steve Roach Sanctuary of Desire (2023) (FR)

Un retour dans le temps avec la présence d'esprit de changer la couleur des sons, d'actualiser l'effet des séquences

CD1 68:52

1 Lucent 31:21

2 Departing Raven 16:02

3 Night Flower 9:35

4 Before I Leave 11:51

CD2 83:58

5 Sanctuary of Desire 25:39

6 The Elegance of Motion 29:12

7 Integration Being 7:20

8 Currents of Desire 12:24

9 Before . . . After 9:20

(2CD/DDL 152:50)

(Ambient Pacific School)

Il me semble que ça fait un bail que je n'ai pas chroniquer un disque de Steve Roach. Et ce n'est pas parce que le modulateur des sons de l'Arizona se la coule douce. Non! Il est toujours aussi prolifique que Stephen King peut l'être derrière son clavier. Depuis, l'excellent What Remains, l'ami Steve a réalisé 2 albums en concert, Church of the Heavenly Rest - New York City et Alive in the City of Angels 2023. Il réalise aussi tous les mois un album, studio comme en concert, pour ses abonnés au Steve Roach Exclusive. Et il y a de belles petites pépites dans les albums offerts sur ce site. Et au niveau nouveauté en studio, Roach réalisait un album purement ambiant en début d'année, Rest of Life. Et entre toutes ces parutions, le musicien-synthésiste Arizonais a trouvé le temps de réaliser une autre perle qui fait la juste part entre ses territoires de musique méditative et ceux un peu plus axés sur le modèle Pacific School. SANCTUARY OF DESIRE nous plonge ainsi entre les profondeurs méditatives de sa série Immersion, de Structures from Silence et même de Quiet Music, et les rythmes de Skeleton Key. Un rendez-vous incontournable pour les amateurs du genre! Pour les fans de Steve Roach!

Le premier CD est celui de la sérénité. Et ça débute avec le très long Lucent qui juxtapose dès son départ les couleurs de ses lents mouvements enveloppants. La texture est cousue dans des bourdonnements à la fois pesants et légers. Le contraste dans les tonalités fera cette délicieuse balance qui tranche entre le style ambiant ténébreux (Dark Ambient) ou le genre ésotérique méditatif de cette première partie deSANCTUARY OF DESIRE. Steve Roach agglutine ses ondes musicales en un lent maelstrom où de lointains souffles de jets brumeux, comme de discrets filets de voix absentes, se fondent dans la masse de ces lents et vrombissant mouvements ailés d'un Accipitriforme géant dont la proie est la lourdeur de nos paupières. Ce long fleuve de méditation de 32 minutes est conçu sur la répétition des nappes dont les subtils jets de brumes sont fredonnés avec des teintes qui sifflent parfois avec délicatesse dans cet océan de vagues sonores en suspension. Parfois, j'ai cette certitude que la caresse des sons qui effleure mes oreilles et l'équivalent de celle d'un ami absent qui vit dans mes souvenirs. Redondant? Hum…faut écouter attentivement avant de juger, puisqu'il y il a un léger décalage dans la couleur des timbres, dans la portée des nappes et dans la dimension émotive de celles-ci. En ce qui me concerne, c'est très propice à la relaxation, le but visé de Roach, et au sommeil. Puisque les seules fois où j'ai écouté ce Lucent sans m'endormir étaient pour les fins de cette chronique. Alors, comment décrire 69 minutes de musique méditative et/ou anesthésiante sans reformuler les mêmes énoncés que sa musique? Une tâche difficile! Et ça sera semblable pour les rythmes minimalistes du CD2. Mais si ça se peut, Departing Raven est encore plus lent. Le mouvement déploie ses ailes de bourdonnements avec la majestuosité d'un vol d'une cigogne au hyper ralenti. Les nappes anesthésiantes se chevauchent ainsi sur une distance de 16 minutes, mélangeant les extrêmes de ses vrombissements anesthésiants à des nappes de synthé aux contours de brumes diaphanes. Night Flower est plus linéaire. Ses vagues ondulent ainsi avec plus de distance, laissant traîner cette texture de fredonnements spectraux dans une vision plus ambiant ténébreux. Encore ici, l'ami Steve joue sur les nuances dans ces fredonnements qui par moments chuchotent comme une incantation sibylline. C'est ici que la nature des sons a apostrophée mes oreilles avec ce mélange de voix humaines fondues dans la masse de bourdonnements. Il y a quelque chose de très ésotérique, j'avancerais même le terme occulte, dans cette fascinante oraison. Before I Leave nous invite à lentement glisser vers les phases de rythmes du second CD avec une ambiance tissée dans du plus sombre. À tout le moins, c'est l’impression que l'éclatant écho des arpèges fait entendre. Steve les laisse tomber dans une vision harmonique qui étire son envoutement. Et ils tintent, ils résonnent d'une lueur incandescente dans les résonnances de ces sourdes explosions et de ces ombres qui flottent avec des ululements fredonnés faiblement par une chorale de voix absentes. Before I Leave est un sortilège musical murmuré aussi ce par piano qui apparaît de nulle part, remplaçant timidement le clavier, dansant même mollement avec les airs de ce dernier dans ces bourdonnements et ces vents brumeux qui donnent une texture plus musicale à une musique d'ambiances ténébreuses hantées par une vision plus industrielle.

Vous vous souvenez de Currents of Compassion qui ouvre What Remains? Eh bien Steve a puisé dans cette structure de rythme inépuisable pour lui donner plus de vélocité et attaché ces boucles qui papillonnent ici plus qu'elles ne roulent à l'infini pour les 4 premières structures du CD 2 de SANCTUARY OF DESIRE. Et on reste fasciné, magnétisé pour les prochaines 75 minutes, Before . . . After étant une ode méditative ambiante. La pièce titre s'ouvre avec des souffles gutturaux, des filaments translucides et des drones qui tournoient en une lente masse de sons qui valse sur une distance de 3 minutes. Des sons, comme un effet d'essoufflement et/ou de chevrotement, composent la barrière rythmique qui s'élève pour contrer cette introduction ténébreuse. Cette ossature sera la pierre angulaire des rythmes du second CD. Le rythme est déjà agité comme un essaim de gros papillons qui volètent dans un tube vertical tanguant lentement! Comme dans une transe de shaman qui gesticule sur place. Les lames de synthé s'abattent comme des vents de proie afin d'emprisonner ce rythme dans son mouvement stationnaire. Steve Roach déploie alors tout un arsenal de sons et d’éléments rythmiques dans ce long Sanctuary of Desire qui pourrait faire surgir des souvenirs aussi loin que dans les album Traveler et Empetus. Une ligne de basses séquences est souveraine du rythme avec des impulsions contractées qui marquent le pas, tandis qu'une autre ligne son flux avec un essaim de séquences stationnaires qui papillonnent aussi nerveusement que ces souffles chevrotant nés de la barrière rythmique. Ces 2 structures de rythme se juxtaposent dans une chorégraphie spasmodique que des jets brumeux de synthé caressent comme les ailes d'un monoplace effleurant la danse d'une tribu en transe. La seconde partie propose un genre d'accalmie alors que Roach nuance la vélocité et joue sur les modulations du rythme qui se déploie avec une texture saccadée du séquenceur. Cette phase est plus spasmodique et met en relief les harmonies flottantes du synthé qui sont comme les rayons d'un coucher de soleil recouvrant une journée de tumulte. Des accords de basse ajoutent une dimension dramatique à cette approche rythmique maintenant découpée par saccades et qui tranquillement soumet ses derniers battements à cette enveloppe toujours dominée par cet essaim de séquences qui papillonnent aussi vite qu'une minuscule tornade sur le point de rendre l'âme. The Elegance of Motion propose un superbe rythme dont la tonalité analogue nous transporte aux frontières de l'excellent Skeleton Key. Les ombres de basse ajoutent une savoureuse texture ténébreuse. Le rythme est conçu sur une structure de séquences limpides qui roulent en boucles avec des inflexions dans sa vision minimaliste. Des basses pulsations encadrent cette ossature qui sautille délicatement, de même que des discrets cliquetis d'élytres métalliques et des effets percussifs organiques, genre queue de crotales. Tout simplement hypnotique et envoûtant! Les nappes plus musicales et orchestrales contrebalancent cet aspect de texture ténébreuse avec de lents mouvements d'où s’échappent des filaments translucides, un peu comme des lames azurés dans un panorama empreint de contrastes. Des contrastes qui sont également dans le rythme et les tonalités des séquences, de même que dans la fluctuation de leurs débits. Un grand titre où son rythme est aussi magnétisant que les plus beaux moments de mélodie ambiante de Steve Roach. Comme Sanctuary of Desire, Integration Being met en relief cette membrane frénétique d'une envolée sphérique d'un noyau de séquences qui font du surplace dans un tube circulaire à la dérive. Cette texture de rythme stationnaire monte et descend dans une vision aussi mélodique que rythmique. Une suite de basses séquences relativise ce mouvement nerveux, un peu comme dans The Elegance of Motion, avec des battements qui amenuisent force et impact, autant que ces nappes de voix qui ceinturent et enserrent son activité rythmique. Cette basse qui bat aussi lentement qu'un corps vivant en processus d'hibernation active le mouvement de Currents of Desire. Les effets torsadés du synthé se contorsionnent dans ces chants d'Éole qui abondent dans ce double album de Steve Roach. Le rythme, toujours aussi frénétique et stationnaire, se met en marche dès la seconde minute. Il dessine toujours ces étroits cercles courts qui roulent inlassablement, tissant cette envoutante texture spasmodique qui repose toujours tendrement sur un mouvement plus lent du séquenceur. Un peu comme dans Before I Leave, des arpèges tombent avec parcimonie sur cette ossature rythmique issue du concept de la longue pièce-titre, alors que Linda Kohanov émiette les mugissements et les bruissements de son violon et de sa viole. Before . . . After nous ramène aux dimensions ambiantes de SANCTUARY OF DESIRE avec des drones flottant où nous avons cette sensation de dériver dans une immensité sonore délicatement orné par des arpèges lumineux. Leurs tintements de verre fracturent une vague mélodie éparpillée entre ces couches de brume anesthésiante et ces nappes de voix discrètes qui enveloppent les secrets de ce très beau titre méditatif.

Ainsi se termine SANCTUARY OF DESIRE, un autre tour de magie musicale et sonore de Steve Roach qui année après année trouve le moyen de séduire avec des thèmes récurrents qu'il remodule et actualise avec autant de passion et d'émotivité qu'à l'aube des années 80. Un retour dans le temps? Effectivement! Mais avec la présence d'esprit de changer la couleur des sons, d'actualiser l'effet des séquences et d'harmoniser ses nouveaux contrastes en une symphonie électronique d'une richesse sans pareille.

Sylvain Lupari (09/11/23) *****

Disponible chez Projekt Records Bandcamp

(NB : Les textes en bleu sont des liens sur lesquels vous pouvez cliquer)

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