• Sylvain Lupari

BERND KISTENMACHER: Disintegration (2017) (FR)

“Présentant toujours une MÉ avec une créativité qui n'a tout simplement pas de frontières, Disintegration est une suite digne de Paradise”

1 Disintegrated World 3:24 2 Lost in Time 6:23 3 Running Backwards 7:46 4 Sand in the Desert 2:54 5 Reflecting Ice 11:25 6 On the Edge of Existence 7:19 7 Frozen Magic 10:23 8 Disintegration 13:42 MIRecords ‎| MI10082

(CD/DDL 62:46) (Symphonic and cinematic EM)

Un bourdonnement bourré de boucane évapore sa carapace opaque en une multitude de lignes brumeuses qui se désagrègent et se reforment en cris stridents, comme les cris rageurs des anges de l'apocalypse venu enterrer les derniers vestiges de l'homme. C'est au travers ce tintamarre cauchemardesque reluisant d'intensité que Disintegrated World nous introduit à la dernière fresque musicale de Bernd Kistenmacher et de son regard très inquiet sur la direction et l'avenir de notre planète. Premier album studio depuis son Paradise en 2014, DISINTEGRATION suit les sentiers de cet album avec une approche profondément cinématographique où l'intensité et la pesanteur orchestrale semble moins étouffante que Paradise. Si Disintegrated World est lourd d'inquiétude, l'ouverture de Lost in Time est tout son contraire avec une fabuleuse danse d'arpèges séquencés qui tracent une mélodie mangeuse d'oreille qui perd de sa luisance dans des voiles d'orchestrations imbibées de mystères, d'une nébulosité qui décuple sa présence avec une lourdeur consternante. Les lignes de synthé divisent un état d'accablement très lourd avec des murmures de voix absentes et surtout des nappes de clairons apocalyptiques qui dégagent un parfum sinistre, sinon d'angoisse. Running Backwards nous rive à notre chaise avec une délicate mesure séquencée qui danse avec son ombre plus translucide. Très hypnotique, ce mouvement circule comme dans un carrousel allégorique qui monte et descend avec malice envoûtant. Les nappes sont très aériennes et dégagent de petits prismes qui font chatoyer le mouvement circulaire du séquenceur. Sand in the Desert est un court titre aussi intrigant que Disintegrated World avec des voix qui lyre dans un désert maculé de poussières ténébreuses et de particules iodées. Beaucoup d'ambiances et de sons en à peine 180 secondes!

Cette courte pièce nous amène au superbe Reflecting Ice. Ses premiers pas sont d'une lourdeur écrasante. On dirait une contrebasse géante qui peine à filtrer ses notes. Mais son mouvement et ses nuances sont tout à fait exquis. Un bass-drum soutient péniblement cette marche avec les délicats riffs d'un synthé et de son piège de brumes orchestrales. Piégée dans cette contrebasse, la mélodie évolue avec de subtiles variations dans le ton, comme dans le mouvement, amenant encore plus ce délicieux mouvement lento vers nos terres cérébrales. Superbe, passionnant et insidieusement poignant! Par la suite nous entrons dans la phase très planante, ambiante de l'album. Des nappes orchestrales, où flottent des voix absentes et des larmes de violoncelles dont les lents mouvements déchirent les ambiances de On the Edge of Existence, affluent comme un torrent qui se déverse entre nos oreilles. C'est de la poésie écrite sur des partitions de musique! Frozen Magic est plus linéaire avec une finale plus implosive qui s'éteint dans le silence. Place à la pièce-titre! L'introduction de Disintegration débute avec des cliquetis et des battements organiques surexcités, comme une faune d'hexapodes en plein délire. De puissantes nappes de synthé, comme d'immenses vagues d'orgue, immergent cette faune et nous prend par les émotions afin de nous faire valser avec l'inconnu. Sans rythme mais nouer autour de violentes impulsions des nappes et d'une toujours séduisante ligne de basse, les premières minutes de Disintegration nous avalent dans son tourbillon d'émotions et dans ses souvenirs d'une session de Paradise. Les variations dans les multiples courbes des vagues sonores solidifient un intérêt qui s’accroît dès que nos sens ont saisi que le constant crescendo n'est pas un feu de paille. Une envoûtante séquence scintille à l’orée des 8 minutes. Ses féroces clignotements épousent la placidité d'une ligne de basse pulsations pour s'évaporer dès que le synthé déploie ses charmes avec des solos plus éthérés que cabalistiques. Le mouvement est recouvert d'une séduisante approche hypnotique lorsque des accords s'agitent avec les notes d'un sitar modelé par l'électronique, poussant la finale de DISINTEGRATION dans une phase de domination des spectres qui continueront à éponger les vestiges de notre passage sur la Terre. Chapeau Bernd pour un autre opus éclatant de créativité, d'intensité et d'émotivité!

Sylvain Lupari (25/05/17) ****½*

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Disponible chez Mir Records Bandcamp

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