• Sylvain Lupari

CAN ATILLA: Av̇e-1999 (2014) (FR)

“En ce qui me concerne, je préfère Av̇e-1999 à sa version originale, tant le son est dynamisé...et quel bonus?”

1 Time Border Passengers 23:05

2 Breathing Under Pressure 13:08

3 Japetus Dreams 13:38

4 Time Seller Under the Rain 7:19

5 Bach's Air 4:57

6 My Dearest Klaus... 16:17

Can Atilla Music (CD 78:33)

(Berlin School)

Les versions remasterisées! Sont-ce des arnaques? Ont-ils une raison d'exister? S'ils s'adressent majoritairement aux fans de l'artiste, ils peuvent aussi servir d'aromatiseur sur de vieux enregistrements dont les techniques étaient limitées par rapport aux visions et/ou aux besoins de l'artiste. Il y a de nombreuses remasterisations qui ont donné un second souffle à bien des albums alors que d'autres ont plutôt été des arnaques qui n’arrivaient pas à la cheville de la version originale. Je pense à ceux de Membrane et Bootmoon pour Tangerine Dream ou encore à certaines éditions de SPV dans les versions remasterisées des œuvres de Klaus Schulze. En revanche j'ai adoré les remasterisations de Steven Wilson pour Yes, Jethro Tull et Tangerine Dream, de même que ceux de Mike Oldfield, qu'il a lui-même effectué, pour ses années Virgin. Et plus près de de mes chroniques, les nouvelles versions des 2 premiers Dream Mixes de Jerome Froese valent le coût. Souvent ces remasters sont des versions dynamisées au niveau son. C'est le cas de Jerome et avec celui-ci, Av̇e-1999 qui fut remasterisé par Can Atilla et Erkan Akpinar dans les studios du musicien Turc et à partir de ses propres bandes sonores. Cet album qui fut grandement accueilli dans le cercle très restreint à l'époque des initiés à la Berlin School et MÉ progressive a vu le jour sur une étiquette indépendante Hollandaise (EAT-Records) en 1999. Cette étiquette était la propriété de Rob Essers qui était lui-même très influencé par les sonorités plus près des années Melrose de Tangerine Dream. Av̇e-1999 est remasterisé à partir des enregistrements originaux de 1999, d'où l’insistance sur le titre, et a atterri dans les bacs de Groove nl il y a à peine quelques semaines.

Dès la chute des lignes de synthés et des nappes de Mellotron dans Time Border Passengers on entend la différence. Il y a effectivement des voix chthoniennes, de même que des nappes d'orgue et des lignes de synthés aux cordes de violons distordues, mais il y a aussi des cymbales et les riffs e guitare sont plus ténébreux. Enfin, cette introduction fourmille d'une faune sonore qu'il était quasiment impossible de restituer correctement avec les techniques d'enregistrement de l'époque. On entend donc les éléments qui gravitent autour de l'ossature avec plus de précision. Le rythme qui surgit est aussi plus dynamique avec un reflet tonal plus précis et plus frappant. Les 3 minutes manquantes appartiennent à la finale qui étirait un peu trop sa vision dramatique pour rien puisqu'on entendait à peine tous ces éléments sonores. Breathing Under Pressure respire mieux. Les changements de direction souvent inattendues sur ces deux titres sont plus musicaux avec une belle netteté qui donne plus de lustre et qui aère un peu mieux les ambiances. Japetus Dreams sort vraiment gagnant ici. L'idée d’entendre un bootleg de l'audience est omniprésente ici. Ces 3 titres étant le cœur de Ave en 1999, je dois admettre que cette version leur donne plus de lustre sonore. Quant à Time Seller Under the Rain et Bach's Air; ils profitent aussi des mêmes avantages. Et ben toute honnêteté, ce n'est pas à cause d'eux que ce Ave était très intéressant en 1999.

Les 50 premières minutes de Av̇e-1999 sont donc des valeurs sûres avec un son amélioré et peut-être même des petits ajouts, les minutes comparées en ont dévoilé aucune. Mais si je vous disais que le titre boni vaut à lui seul l'achat de ce nouveau remaster, le croiriez-vous? C'est pourtant le cas! Composé autour de 2002, My Dearest Klaus...propose 16 minutes de pur bonheur avec une évolution musicale où Klaus Schulze est tassé un tout petit peu pour faire de la place aux rythmes de danse électronique de Jean-Michel Jarre. Un avion qui décolle? Un aspirateur géant qui aspire les notes de la gamme? Ou tout simplement une cacophonie sur un litige entre nappes de synthé éthérées, orchestrales, gazeuses? Ce sont peut-être ces nappes de voix en mode opéra qui sont la source de ce conflit? Mais peu importe! Ce sont elles qui éveillent un rythme hyper entraînant. Un rythme qui nous fait vibrer par une ligne de basse résonnante et des percussions entraînantes. Des effets percussifs séduisants sont au centre du noyau d'enchantement qui jalonnent le parcourt de cette structure de rythme qui ramasse autant d'effets sonores du maître Allemand et qui nous plonge dans ses années 84-94 avec un synthé nasillard qui lance une envoûtante mélodie sculptée dans le mirifique univers arabique. Ce rythme entraînant casse autour des 8 minutes où un parfum de désaccord sur les cordes orchestrales introduisent une structure qui fait très Jean-Michel Jarre lors de son concert du millénaire aux pyramides d'Égypte. Une mélodie tisseuse de ver-d'oreille rôde dans ces minutes de rythme ambiant avant qu'une phase de pur transe nos enfonce les oreilles dans le fond de nos hémisphères. Grandiose! Grandiose, grandiose…

En ce qui me concerne, je préfère Av̇e-1999 à sa version originale. Et déjà, lors de ma chronique sur la version originale, je trouvais le son vieillot et ça m'a agacé. Donc vous comprendrez qu'avec un son amélioré et vitaminé au maximum, et un titre en prime aussi explosif que My Dearest Klaus...; je suis aux portes du bonheur. RECOMMANDABLE!

Sylvain Lupari (29/07/19) *****

SynthSequences.com

Disponible chez Groove nl.

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