• Sylvain Lupari

CRAIG PADILLA: Heaven Condensed (2016) (FR)

De superbes ambiances et rythmes ambiants ne donnent que la crème de la crème du répertoire de Padilla

1 Stonington Moon 9:24 2 Heaven Condensed 28:46 3 Across the Light 7:18 4 Heavenly Sails 28:31 Spotted Peccary ‎| SPM-1406 (CD/DDL 70:48) (Pacific School)

Un nouvel album de Craig Padilla est toujours un événement dans les sphères de la MÉ. Jouant à merveille sur les frontières de la musique d'ambiances ésotériques et les délicats rythmes de la Berlin et de la Pacific School, le synthésiste américain aime déstabiliser son public, qui lui est toujours fidèle, en flirtant entre ces pôles avec la vision d'un vieux sage qui en connait tous les rouages. Structuré autour de 4 titres aux identités très parallèles qui jouent à merveille sur les frontières de la musique ambiante et du modèle Berlin School, HEAVEN CONDENSED nous amène aux portes d'un univers riche en sons et en rythmes ambiants où Craig Padilla, tel un peintre des tons, inventent des couleurs qui défient l'imagination. C'est le pinacle de la Pacific School! Vous savez ces nappes de voix et de brises cosmiques qui s'échappent de la Voie Lactée? Et ces séquences qui miroitent comme les reflets d'un kaléidoscope dansant sur une mer éclairé par une lune rouge? C'est derrière cette palette de tons et d'ambiances qui nous enveloppe d'une fascinante étreinte anesthésiante que HEAVEN CONDENSED dompte les milles appréhensions de ceux qui fuient la musique ambiante. Bienvenue dans les nuits aux mille magnétismes de Craig Padilla.

Un long woosh venu d'Orion caresse nos oreilles déjà gagnées par les douces approches très aériennes du musicien californien. Des corridors de prismes émiettent leurs particules alors que des nappes flottantes parfumées de voix absentes et de lentes pulsations agonisantes meublent la sérénité astrale du moment. Un petit tintement venu d'une étrange tonalité perce ce dense nuage de contrastes vers la deuxième minute de Stonington Moon. Répondant à son écho, il attire notre ouïe qui se concentre maintenant sur ces pulsations organiques qui forgeront l'approche très Berlin School de Stonington Moon. Le rythme est autant saccadé que ces pas furtifs qui avancent à tâtons dans des pénombres ornés de particules translucides. C'est comme ces longs mouvements hypnotiques des années analogues avec une amalgame de séquences, de pulsations et de percussions qui tracent une structure légèrement saccadé. Une structure très électronique riche en tons et en nuances des sons, et dont les ambiances restent toujours très imprégnées de cette touche de la Pacific School, qui s'enorgueillit de son opaque muraille bourrée de tonalités d'un univers parallèle et de couches de synthé aux couleurs insondables. La pièce-titre nous plonge dans l'univers très ambiant de l'album où, comme un peintre des sons, Craig Padilla orne son intro de longues lignes passives aux couleurs de la sérénité. L'amorce est très dans le genre astrale avec des lignes de synthé, des ondes de tonalités, qui s'enlacent lentement et qui valsent dans le néant. Des accords perdus finissent par tinter un peu vers la 10ième minute, séparant les astres de Heaven Condensed qui alourdit ses sens, et les nôtres, avec une phase immensément ambiante qui est gorgée de woosh et de ces petits tintements qui se baladent entre des lignes bourdonnantes. Des larmes de synthé crissent avec abondance, étouffant la mélodie ambiante des tintements qui cherchaient à structurer une figure de rythme qui émergera discrètement vers la finale. Ça fait très cosmique. Mais c'est un peu long! Deux longues structures et deux courtes structures, HEAVEN CONDENSED est divisé par les mêmes orientations. Ainsi Across the Light est calqué sur le modèle Berliner de Stonington Moon mais avec une structure de rythme qui est nourri d'éléments plus limpides et qui est plus énergique. On dirait une sempiternelle marche ascensionnelle avec une séquence aussi basse qu'un souffle de baryton qui sautille comme un nomade clopinant d'une jambe. Un nuage de séquences scintille tout autour du mouvement qui est accompagné de beaux effets électroniques, d'une chorale séraphique et de ces souffles de synthé qui semblent provenir des astres. J'aurais donné les 10 minutes en trop de la pièce-titre ici car la musique regorge de rage dans ces derniers milles. Ainsi est construit Across the Light, ainsi s'apparente le très long Heavenly Sails à la structure ambiosphérique de la pièce-titre. Sauf qu'ici niche une belle structure de rythme ambiant qui me rappelle énormément l'univers de Western Space par Steve Roach, Kevin Braheny, Tom Brennan et Richard Burmer ou encore celui d'Alpha Wave Movement et même la magie des nuits cosmiques de Michael Stearns. C'est un long titre très hypnotique avec une lente et longue structure de rythme ambiant et circulaire. Une structure qui va et vient, avec de brefs moments qui sont plus sereins. L'image sonique qui me vient à l'esprit est celle d'une tranquille promenade à dos d'un cheval qui boit dans une oasis magique et dont chaque gorgée fait gémir les vaguelettes écarlates sous un ciel peinturé des milles reflets des aurores boréales. C'est très beau. On entend les étoiles scintiller comme on peut entendre le vide des sillons que leurs célestes traversées créent. Mes oreilles bourdonnent encore, et ce même si c'est un titre tranquille. Témoignant de cet immense richesse qui captive notre ouïe dès que les premières secondes de Stonington Moon entreprennent la belle traversée de HEAVEN CONDENSED.

Sylvain Lupari (12/02/16) *****

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Disponible chez Spotted Peccary Music

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