• Sylvain Lupari

DEEP IMAGINATION: Awareness (2010) (FR)

Awareness est un assez bon album de New Age progressif où les mélodies se promènent dans de beaux décors atmosphériques

Part 1 Space 4:12

Part 2 Clouds 4:16

Part 3 Surroundings 4:52

Part 4 Tradition 10:17

Part 5 Creatures 4:04

Part 6 Breath 5:01

Part 7 Elements 7:09

Part 8 Sense 7:51

Part 9 Sleep 3:41

Part 10 Eternity 3:11

BSC Music 398.6757.2

(CD/DDL 55:25)

(Progressive New Age)

Il est assez difficile de bien situer la musique de Thorsten Sudler-Mainz, l'homme derrière Deep Imagination et Art Of Infinity. Si ses derniers albums laissaient entendre un doux mélange de progressif et d'électronique, AWERENESS fait une brèche dans la musique du monde, tout en effleurant les approches mélodieuses du New Age mais toujours en priorisant les mythiques atmosphères électroniques. C'est un bel album qui est bien structuré, comme les grandes œuvres mélodieuses de Vangelis et dont l'étonnante progression atteint son paroxysme à partir de Breath. Album-concept sur le subconscient, AWERENESS remplit très bien la vision de son titre en offrant 10 titres aux pulsations envoûtantes et où les rythmes lents se greffent à des inspirations tribales. Les séquences hypnotiques se moulent à des percussions électroniques claniques et les synthés mélangent leurs couches hybrides avec une suavité onirique.

Space est lourd, rêveur, statique et atonal. Une sinueuse et ondulante nappe de synthé en ouvre les premières mesures. Comme un vent de l'espace, le souffle ondoie et erre avant de fracasser un abrupt mur sonore où de lourds soubresauts métalliques en fractionnent l'immuabilité par de puissantes et fracassantes frappes de percussions et des riffs de guitares tordus qui rugissent dans une sphère divisée entre l'ambiant et un latent rythme sauvage. Plus lyrique, avec ses synthés symphoniques, Clouds introduit les premières pulsations minimalistes de l'album. Son intro est très éthérée avec une belle brume mellotronnée qui s'éclaircit pour faire place à des accords de clavier mélodieux qui épousent les douces pulsations d'une ligne de basse sèche. Ce faisant, un rythme lent et hypnotique bat entre des suaves gémissements qui embrassent d'étranges nappes nasillardes aux arômes Arabes. Divisé par une phase atmosphérique, Surroundings hésite à s'envoler avec des accords de clavier hésitant. Un peu plus animé que Clouds, le rythme est aussi très envoûtant, voire sensuel, et prend forme sous de fines pulsations réverbérantes qui se greffent à des percussions aux sonorités hybrides, un peu comme des tablas qui résonnent dans du verre, alors que le synthé siffle de belles et fragiles harmonies. Un bon titre, dans la lignée des Creatures qui est par contre plus lourd. Tradition plonge dans la complexité des cadences à saveurs Orientales avec ses panoplies de percussions manuelles qui épousent les mouvements sinueux d’une bonne ligne de basse ronflante. Le synthé est vaporeux et subdivise ses couches afin d'instaurer une douce brume remplie de mélancolie. D'un tempo à prime abord soutenu, Tradition dévie dans un mythique monde atmosphérique et tribal. Un peu comme si nous errerions dans une caverne, les sens en alerte. Le tempo prend un peu plus de vigueur mais reste timide, toujours arqué sur ses percussions tablas qui deviennent éparses et sa basse qui grogne langoureusement. Le synthé y est très éthéré, multipliant ses nappes autant lyriques que mystiques avec ses premières émanations de saxophone.

Breath éveille tout doucement le rythme tribal endormi sous Tradition pour nous propulser dans le meilleur segment de AWERENESS. Après une intro intrigante, le rythme est joyeux et sautille allègrement sous de bonnes percussions tablas et une ligne de basse mordante qui incantent une danse des sables, sous les vapeurs d'un synthé brumeux. Le tempo s'anime sous les charmes d'un synthé sifflotant et des séquences circulaires qui s'égarent dans une lourde ambiance éthérée, avant de remordre ce tempo des dunes Arabes. Elements se rattache aux déhanchements de Breath avec une intro rythmique plus soutenue, mais aussi très hypnotique. Les vapeurs de synthé circulent comme l'embrun matinal, avant qu'il ne s'éveille et lance un superbe dialecte onirique. Mirifique, cette portion de l'album est à jeter les murs par terre. Le rythme devient plus lourd et les frappes de la batterie résonnent dans un étrange écho alors que le synthé échappe des stries zigzagantes. Un superbe titre qui va capter votre attention tout de go avec son tempo suave et langoureux. Sense poursuit cette étrange quête musicale amorcée par Breath avec une lente intro ambiante, coiffée d'une nuée de nappes et de stries synthétisées qui survolent un tempo faiblement animé d'une hypnotique ligne de basse. Vers la 4ième minute, le rythme s'emballe et les percussions claniques se dérobent de cette ligne de brouillard syncopée qui sifflote au-dessus de Sense, éveillant une cadence capricieuse qui refuse de décoller, préférant se lover dans l'incertitude musicale animée par une panoplie de sonorités autant éclectiques que claniques. Avec ses accords de xylophone cristallins, l'intro de Sleep nous amène vers un sommeil annoncé. Sauf que des notes plus lourdes se greffent à cette tendre intro où la dualité musicale de Thorsten Sudler-Mainz est éclatante d'étonnement avec des percussions et sonorités hétéroclites qui pulsent dans un décor onirique enchanteur, nappé d'un synthé aux nappes orchestrales, enveloppantes et touchantes alors que tout au fond on y entend les bribes d'une comptine maléfique. Tout simplement étonnant! Eternity conclût ce superbe album d'une musicalité inouïe avec les lamentations d'un saxophone solitaire qui perce une brumeuse industrielle, un peu comme dans l'univers de Blade Runner, sous les accords d'une basse qui retourne dans les méandres de notre subconscient.

Différent certes de la MÉ de style Berlin School, AWERENESS est un bon album où les mélodies errent dans des cadres atmosphériques très diversifiés. J’ai lu sur Internet que des chroniqueurs cataloguaient cet album dans le New Age et je ne souscris pas à ces affirmations. Mais peut-on créer un univers musical, lyrique et poétique sans verser dans le New Age? C'est le défi constant de Thorsten Sudler-Mainz qui album après album s'affaire à croiser la musique progressive à l'électronique, tout en laissant de la place à des mélodies enfouies dans un étrange univers cérébral autant hybride que poétique. Ceux qui aiment un Vangelis dans les années post Blade Runner devraient adorer ce AWERENESS de Deep Imagination.

Sylvain Lupari (02/12/10) ***½**

SynthSequences.com

Disponible chez BSC Music

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