• Sylvain Lupari

ETHERFYSH: The Sundered Sky (2019) (FR)

“The Sundered Sky est un petit bijou de rock cosmique qui porte assez bien le poids de son titre tout en flirtant avec les univers de Michael Garrison et de Jean-Michel Jarre”

1 Bloodstone 14:48

2 Rotation 10:43

3 Nightsands 15:52

4 The Sundered Sky 16:52

5 The Dying Earth 7:04

Etherfysh Music (DDL 65:30)

(Cosmic Rock, Symphonic EM)

Le timbre est grave! Le premier accord qui tombe des sphères de Bloodstone fait sursauter notre ouïe et enclenche une procession électronique avec un débit trop lent pour imposer un rythme, et trop vite pour être une simple marche funèbre. Les nappes de synthé sont remplies d'orchestrations violons qui gémissent des gerbes de violons. Elles recouvrent un débit magnétisant que des accords de piano électrique nourrissent au compte-goutte avec une mélodie qui trouvera toute sa forme dans les ombres planantes du mellotron. Outre ces nappes, le synthé fait roucouler de beaux solos remplie de spleen, alors que des effets percussifs font danser des coups de sabots flous qui giguent dans l'oubli. Cette marche morphique est remplie d'une approche théâtrale sinistre qui me rappelle les bons moments de Walter Christian Rothe dans Let the Night Last Forever. Sur le coup des 4 minutes, la procession prend une pause et est remplacée par une suite de tic-tacs. Ces tic-tacs deviennent des cliquetis qui tintent sous d'épaisses couches de brouillard et d'effets orchestraux du mellotron, donnant un air grandiloquent au milieu du peloton musical de Bloodstone. Les instruments ronronnent et grondent. Ils défient la musicalité avec des arches de réverbérations glauques. Le titre respire sa vie électronique sous des multicouches de synthé et de mellotron qui concourent afin d'obtenir le visage le plus ténébreux, alors que les cliquetis apprivoisent les tonalités de bois en tentant de suivre ces arpèges qui tintent sans direction harmonique dans un opaque brouillard stationnaire d'où émerge une ligne du séquenceur. Évanescente, cette ligne est aussi mince qu'un filament qui s'étiole avec une vision stroboscopique. Ces éléments percussifs errent sans réussir à instaurer une direction rythmique qui reprend ses droits d'origine huit minutes plus loin, alors que Bloodstone conclut sa procession en suivant la lenteur accablante des violons. Vous venez de lire ces lignes et vous vous dites; voici un autre album de Dark Ambient! Vous connaissez l'adage: il ne faut pas se fier à une première impression. Surtout que THE SUNDERED SKY est un petit bijou de rock cosmique, comme il s'en fait trop rarement. Projet du musicien Anglais Chris Christou, Etherfysh roule sa bosse dans le milieu de la musique depuis le début des années 2000. Après avoir déménagé en Suède en 2008, ce musicien qui affectionne avant tout les structures analogues a fermé ses livres de musique pour se consacrer à ses projets de vie. Il fait donc un retour après une absence de près de 10 ans en soulignant en toute confiance que cette attente valait la peine. Je suis partagé, mais j'ai en contrepartie passé de belles minutes en compagnie de THE SUNDERED SKY.

Rotation suit avec des gros gémissements rauques dont les arches sonores étendent des nappes de musicalité. Effets de violons et nappes séraphiques s'échappent dans une symphonie biaisée par une masse sonore qui explosera dans un solide rock cosmique qui tente de se débarrasser de ce manteau symphonique. C'est du Jean-Michel Jarre dans ses habits de Games of Throne. Ce rythme est entraînant et soutenu pour un bon 6 minutes par une solide ligne de basses séquences dont le lent galop est ceinturé par une panoplie d'éléments percussifs qui sonnent comme cette tête de Médusa et ses crotales vicieusement affamés. Ses 4 dernières minutes mettent en scène une ligne de séquences qui se défait de ses ions indisciplinés. C'est le genre de titre qui capte notre attention dès que le rythme se défait de ses ambiances orchestrales. Ces effets percussifs me font aussi penser à ses ronflements de crotales géants dans The Keep, album mythique de Tangerine Dream. On les entend aussi dans l'introduction de Nightsands où les instruments nourrissent nos oreilles avec de lentes nappes morphique du mellotron et un langage électronique qui semble agoniser autant que les gros gémissements du mellotron. La musique est statique avec ces nappes qui vont et viennent sur le rivage de nos lobes d'oreille avec une lente évolution activée par des séquences et des éléments percussifs qui parviennent à enraciner les ambiances dans un autre bon rock cosmique autour des 9 minutes. Et ces effets de percussions dormantes font passer bien mieux l'approche atonale de cette longue introduction de Nightsands dont la transition vers le rock cosmique est superbement réussie, surtout avec l'explosion de tonalités analogues qui sont à la croisée créative de Michael Garrison et Jean-Michel Jarre. La pièce-titre est le plus atmosphérique de cet album retour d'Etherfysh. Sa première partie propose un décor pastoral avec des nappes d'orgue qui se hissent vers le cosmos pour se perdre dans les pluri-couches de mellotron et de synthé dont les wooshh et de waashh combinés vrombissent dans un état interstellaire rempli de pictogrammes soniques. C'est lent et majoritairement ambiant, même avec la venue tardive de structures voulant donner naissance à du rythme mais que se trouvent coincées dans cette opaque fusion de voix, de violons et de brumes. Nightsands est finalement mieux réussi que The Sundered Sky. Structuré autour de sept petites minutes, The Dying Earth passe beaucoup mieux avec son rythme stationnaire qui volette et dérive comme les vols stationnaires d'une grosse libellule à travers des vents de violons, de voix absentes et d'orgues.

La signature de Chris Christou demande un niveau d'ajustement puisque ma découverte de THE SUNDERED SKY s'est faite en quelques étapes. C'est entre la troisième et la quatrième écoute que mes oreilles ont captés certains de ces charmes. Par la suite, les longs passages atmosphériques se sont tranquillement rangés dans mon tiroir; effectivement c'est beau et bon! Donc, il faut prendre le temps de découvrir cet album d'Etherfysh, surtout si on veut attaquer les colonne d'Ochre qui semble un peu plus expérimental que ce THE SUNDERED SKY, qui porte en effet plutôt bien le poids de son titre. À découvrir si les univers de Michael Garrison et de Jean-Michel Jarre vous ont un jour charmé.

Sylvain Lupari (03/09/19) ***½**

SynthSequences.com

Disponible au Etherfysh Bandcamp

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