• Sylvain Lupari

WALTER C.ROTHE: Let The Night Last Forever (1985-2016) (FR)

Updated: Jul 11, 2019

“Un chef-d'oeuvre! Point!”

1 Intro + Dawnfall 5:54 2 The Next Leaf 5:04 3 Tea-Dance 3:09 4 Sahara 3:28 5 Death 8:52 6 Radio 3:01 7 Verena 5:48 8 Hymne 9:17 9 Let The Night Last Forever 7:01 10 Music for KLEM 10:03 11 El Tiempo 5:57 Groove | GR-229 (CD/DDL 67:33) (Theatrical, slightly sequenced, somber and melodious EM)

Lorsque l'on parle de classique intemporel en MÉ, il faut glisser cet album en haut de la liste. J'ai eu la chance de mettre la main sur cet album à sa sortie en 1985. La MÉ connaissait alors un virage majeur. Ses artisans tentaient d'influencer le genre vers une approche plus accessible, abandonnant les longues pièces pour des structures mélodieuses avec l'usage des synthés numériques et/ou un large éventail d'échantillonnages. Cette période de transition nous a laissé tout de même en héritage quelques très bons albums. LET THE NIGHT LAST FOREVER de Walter Christian Rothe est l'un d'eux. Certains diront, et j'en suis, que ce 2ième album du musicien Belge est le précurseur de cette MÉ ténébreuse et poétique où règne une sordide ambiance d'épouvante. Il y avait bien quelques albums de Mark Shreeve, mais aucun n'avait cette touche très théâtrale, et pourtant très mélodique, que LET THE NIGHT LAST FOREVER. Cet album que le temps n'a jamais réussi à enterrer dans l'oubli (j'ai transféré le vinyle sur un mini-disc et ensuite le mini-disc sur CD-r) revoit enfin le jour grâce au label Groove NL dans une belle réédition qui comprend 2 titres en boni et beaucoup plus d'informations.

Les cors d'anges annonçant la fin des temps assomment nos sens en ouverture de Intro + Dawnfall. Sur un fascinant aria de procession funèbre, la marche solennelle de l'ouverture de LET THE NIGHT LAST FOREVER martèle autant notre curiosité que notre interrogation. Quelle genre de musique est-ce? Lugubre et pourtant mélodique, cette introduction entend ces cors s'essouffler alors que des percussions, des séquences et une ligne de basse pulsatrice instaurent un rythme lent mais étonnement entraînant. On remet à peine nos émotions en place que cette somptueuse mélodie, qui vous hantera dès la première écoute, nous plongeons dans un univers musical enchanteur avec un assortiment d'effets sonores et de bruits insolites qui ajoutent une dimension de stupeur et d'étonnement. Et à Intro + Dawnfall et à tout ce 2ième album de Walter Christian Rothe. The Next Leaf suit avec une délicate berceuse, je dirais même une comptine réglée sur les harmonies d'un petit carrousel où grelottent des notes dans la froideur du néant. Ces notes de claviers errent avec leurs tonalités aussi sombres que polyèdres, comme un combat d’étoiles où le vainqueur reste le vide. Les influences de Vangelis se pointent ici avec des effets de voix et des chuchotements qui redirigent The Next Leaf vers le berceau nocturne de de cet album. Le somptueux Tea-Dance est un autre petit bijou qui se love bien trop aisément au fond de nos tympans. Imaginez une vielle danse baroque où les convives font des courbettes face-à-face sur des harmonies latines, et vous avez les très belles ambiances de Tea-Dance. Un pur délice! Sahara porte son titre à merveille. C'est une musique aride pleine de mirages soniques avec un synthé, encore une fois imbibée d'un parfum latin, qui étend sa mélodie comme on jette une voile au vent. On n'en sort pas! Les charmes de cet album nous mangent tout rond. Nous restons toujours dans le domaine de la musique d'ambiances avec les fines saccades de Death. Des nappes de synthé caressent cette procession orchestrale sculpté sur un doux staccato tandis que des effets sonores et de percussions métalliques chatouillent une fascinante mélodie sifflée par un synthé en mode charme. C'est très bon! Trop bon!

Et c'est le drame de cette première partie de LET THE NIGHT LAST FOREVER. On se levait pour tourner le vinyle et ainsi faire jouer la face B, qu'on changeait d'idée et que l'on rejouait la Face A. Pourtant la Face B n'est pas si vilaine et réédité en format CD, nous avons la chance de l'écouter et d'ainsi rejoindre l'envers du décor de la Face A. Avec son rythme de rock électronique né du MIDI, Radio révèle une autre facette probable de Dawnfall, mais dans une enveloppe plus pop des années New Wave. Verena? On dirait un colocataire de The Next Leaf en moins mélodieux et plus sombre. Si on perçoit quelques influences de Vangelis, elles sont nettement plus omniprésentes sur Hymne, un titre d'ambiances intenses avec de beaux mouvements lents des orchestrations. Il y a un peu de Death, comme aussi beaucoup de parfums de Blade Runner. La pièce-titre boucle la boucle d'un album qui flirte constamment avec le purgatoire dans un genre de mosaïque qui s'abreuve principalement des 45 premières minutes de LET THE NIGHT LAST FOREVER. Le rythme est mou. Rempli d'effets percussifs, il marche lentement avec son dense manteau d'orchestrations lugubres et se termine avec ces clairons des anges qui nous avait fait frémir en ouverture. Comme si Walter Christian Rothe voulait nous faire un simple rappel d'une œuvre grandiose qui donnait à la MÉ une nouvelle sphère à explorer. Cette nouvelle mouture de LET THE NIGHT LAST FOREVER vient avec 2 titres en prime dont Music for KLEM enregistré à la même époque. La tonalité fait vieillot avec des orgues gargantuesques, la source provient d'une K7, mais les ambiances très théâtrales de l'album, le rythme lent, les explosions et les effets, y sont bien représentées. El Tiempo est une petite douceur assez symphonique avec une tonalité nettement plus avantageuse. C'est un genre d'ode pour Elfes qui paraissait sur le CD KLEM Jubilee avec des moments à vous faire dresser les poils de la colonne. Les orchestrations, autant les douces que les explosives, sont au cœur d'une musique qui a puisée ses racines dans ce très magnifique LET THE NIGHT LAST FOREVER. Un incontournable dans ce mirifique univers de la MÉ!

Sylvain Lupari (30/01/17) *****

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Disponible chez Groove NL

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