• Sylvain Lupari

GUSTAVO JOBIM: Dezoito (2016) (FR)

Avec l'ajout d'une boîte à rythmes, Dezoito répond à tous les besoins de créativité de GJ dans une ambiance de Krautrock des années 70

1 Heart and Sound and Soul and Vision 10:27 2 The Road 19:26 3 For Richard Pinhas 7:03 4 33 11:41 Gustavo Jobim Music

(DDL 48:37) (Electronic prog rock and Krautrock)

Le regard frondeur et direct de Gustavo sur la pochette de son dernier album est un indice de ce qui vous attend avec DEZOITO. Pour son 18ième album, le synthésiste brésilien ajoute un élément de nouveauté avec une boîte à rythmes qu'il a pris soin de bien maîtriser avant de l'ajouter à ses textures soniques qui restent toujours inspirées par l'univers très hétéroclite de Conrad Schnitzler. Et c'est la raison pourquoi ce DEZOITO, qui veut dire18 en portugais, est un véritable train transporté par la fureur de ses sons qui nous rentre dedans! Un mélange de rock progressif électronique et de Krautrock matraqué et revampé dans des habits d'Heldon avec ces charmantes tonalités d'antan où nous distinguions avec peine un orgue d'un synthé, ce 18ième album de Gustavo Jobim nous rentre dans les oreilles comme une tonne de briques. Cacophonique? Pas tout le temps! Quoique Gustavo Jobim aime définitivement jouer sur cette frontière...

Un chant d'un synthé aussi nébuleux que les moqueries du spectre d'un rossignol sur l'acide roule en boucles sur des accords en suspension. Et puis sur un matelas de percussions de genre Tablas. Le rythme vif, bourré de boucles harmoniques syncopées et nourri de percussions affamées, Heart and Sound and Soul and Vision assiège nos oreilles tel un train sonique avec plus de 10 minutes de rythme infernal. Les harmonies répétitives, et leurs ombres qui débordent de bruits parasitaires, roulent comme des souffles de flûtistes dans un concours pour la mélodie la plus accélérée, comme dans une Polka pour asthmatiques, alors que les percussions nourrissent une avalanche de matraquements qui déboulent dans les rondeurs d'une ligne de basse vampirique qui ondule et roule à fond de train. Si le jeu des percussions étonne ici, la texture mélodique du synthé nous ramène aux années Harmonia avec des lignes vampiriques qui fuient la matraquage impulsif de la boîte à rythmes. Les influences d'Harmonia et de Conrad Schnitlzer nourrissent encore plus l'approche très tintamarresque de The Road et de sa texture de bruits électroniques qui hoquètent en ouverture. Une ligne de basse en forme de spirale ascensionnelle assaille notre esprit avec une ritournelle rythmique minimaliste alors que le titre dévie vers des racines de rock progressif des années 70. C'est un titre lourd et très entraînant, on peut vraiment y danser et se garrocher sur les murs, qui est construit autour d'une même ligne de rythme tapageur et infernal avec des harmonies anciennes, puisées dans un orgue qui se cachent dans un synthé, qui roulent constamment en boucles. Du heavy rock progressif minimaliste! For Richard Pinhas est un titre plus lent, quasiment ambiant, avec une superbe structure alambiquée. Le rythme est lourdaud et rampe dans une faune bruiteuse gorgée de couinements de synthé et des nappes remplies de bruits blancs où les percussions métalliques claquent et épousent le lento des séquences anormalement oscillantes. Ça fait tellement Richard Pinhas. Ça fait East/West! Délicieux...Des torsades de synthé qui se déroulent comme des lignes feuilles avalées par la spirale des vents, l'ouverture de 33 érafle nos oreilles avant qu'une ligne de rythme oscillatrice, et légèrement bondissante, dompte cette ouverture pour la rediriger vers un genre de techno pour Zombies marinés. Des nappes de synthé sillonnent les ambiances de ce rythme devenu une spirale infernale où crissent des harmonies d'un synthé possédé par des spectres. Tout devient hyper syncopé, dès que nous franchissons la barre des 4 minutes. S'amusant comme un fou créateur avec sa boîte à rythmes, Gustavo Jobim tisse ici le rythme le plus saccadé de son dernier album. Un rythme aussi furieux que Heart and Sound and Soul and Vision qui finit par crouler sous une avalanche de boucles harmoniques qui ne sont pas loin de forger des ambiances supranaturelles à la Goblin dans Suspiria.

DEZOITO est tout un changement de cap dans l'univers de Gustavo Jobim. Fidèle à ses influences, le musicien brésilien livre un opus fort en atmosphères dissonantes où les fragrances des années 70 étendent la rébellion de leurs harmonies dans des structures de rythmes minimalistes forgées dans l'impétuosité de ses nouvelles machines à rythmes. Oui! Un changement de cap qui devrait plaire à plusieurs...Et c'est disponible moyennant une faible contribution. Faites-vous plaisir!

Sylvain Lupari (14/03/16) *****

SynthSequences.com

Disponible au Gustavo Jobim Bandcamp

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