• Sylvain Lupari

IAN BODDY & MARKUS REUTER: Outland (2021) (FR)

Voici un gros album qui dose habilement le mysticisme, les rythmes étouffés et sombres ainsi que les ambiances aux pieds de la distorsion

1 Citadel 6:24

2 Parallels 7:33

3 Outland 6:28

4 Brood 6:17

5 Trails 8:33

6 Home 5:20

DiN66

(CD/DDL/LP 40:38)

(Dark Ambient, England School)

La dernière collaboration Ian Boddy et Markus Reuters remonte à septembre 2017 avec Stay. Offert seulement en téléchargement, cet album était inspiré et guidé par Memento, paru quelques mois auparavant. Eh bien, même si composé et construit à distance, OUTLAND marche dans les sillons de Memento. Jouissant d'une faune sonore à la dimension des œuvres de DiN, cette 9ième collaboration Boddy & Reuters est une œuvre ambiante toujours aussi intense et mystérieuse où les guitares de Markus s'opposent aux sourds élans du Moog et aux chants prismatiques du synthé et des Ondes Martenot de notre ami Ian Boddy. C'est à Markus que nous devons cet album, lui qui a initialement composé les panoramas musicaux durant l'été 2020. Il les a fait parvenir au musicien-synthésiste Anglais qui a mis de la viande autour de l'ossature de ce qu'allait devenir OUTLAND. La pandémie a changé la donne en empêchant les deux amis-musiciens de finir le tout ensemble en studio. Les sessions à distance et distancées ont demandé quelques mois supplémentaires à un album que les deux artistes souhaitaient voir sa réalisation sur vinyle aussi. D'où les 40 minutes de cet album dont les 6 titres sont divisés par deux afin de remplir les deux faces du vinyle.

Ondes ondoyantes, stries écarlates, distorsions sonores, textures de guitare et vagues mugissantes, Citadel ouvre avec une lourdeur abyssale. La basse du Moog souffle sous cette faune qui s'alourdit sans cesse et ses sourds élans structurent ce rythme mou dont les impulsions se perdent dans une masse sonore implosive. Nous sommes autour de la 4ième minute et la guitare slide lance ses harmonies plaintives qui se fondent avec les harmonies spectrales des Ondes Martenot. S'imposant par sa puissance, ce premier titre de OUTLAND est à l'image de ses 34 autres minutes. Ambiant et tapageur avec des visées rythmiques constamment refoulées et les complexités d'un album créé à distance, ce nouvel album-duel entre Ian et Markus est aussi intense que ténébreux. Si l'ouverture de Citadel s'est effectuée par la douleur des tons, le passage vers Parallels n'est pas moins facile. La guitare lance une série d'accords résonnants dans une turbulence sonore venant de l'agitation d'éléments percussifs. Toujours rampante, la basse palpite lascivement au-dessous des solos très Robert Fripp de Markus Reuters qui ajoute une dextérité inconnue des œuvres de Fripp. Les séquences et les cliquetis percussifs mûrissent réflexions, sentant leurs activités névrotiques gagnées du terrain, pour une vision rythmique flirtant avec une Électronica qui ne verra en revanche totalement le jour. Même avec ces éternels poussés de la basse du Moog qui reste insondable. La pièce-titre entraine cette vaste masse de sons vers une texture plus ambiante ayant un ascendant cosmique. La guitare erre ici avec des accords tendres et pincés, certains comme des riffs émiettés, sous un ciel tonal strié par le passage d'étoiles cosmiques. C'est d'une pureté angélique jusqu'à ce que nous atteignions la barrière des 5 minutes, là où les accords se dissolvent et que les relents des 12 premières minutes de OUTLAND montent à nos oreilles.

Pour les besoins du vinyle, Brood débute la Face B de OUTLAND. C'est un beau titre ambiant structuré dans l'intensité avec des nappes de synthé transportées par des effets de murmurations qui volent tout en prenant différentes orientations. C'est comme les couleurs tonales avec de beaux reflets de synthé, comme des hurlements d'une guitare perdue dans ce trafic céleste et dont les pointes d'agonie transposent ces frissons qui font soupirer, parfois pleurer, l'âme. Brood nous amène à Trails, de loin le titre le plus farouche de cet album. Dans une structure plus près du Arc comme du bon Ian Boddy dynamisé au England School, le lourd rythme ambiant est propulsé par une bonne ligne de basse et un beau travail collaboratif entre de vivantes séquences grouillantes et de bonnes percussions électroniques prises à l'étroit dans un enclot toujours enclin à diminuer. La guitare de Markus crache des solos dont le timbre évasif de King Crimson est trop près pour l'ignorer. On se dirige vers la finale avec Home et ses larmes des Ondes Martenot se faufilant derrière les accords d'une guitare qui n'a plus faim.

Construit dans l'optique d'un 33 tours au temps limité plutôt que dans les capacités d'un CD, OUTLAND abandonne de grosses minutes de MÉ au profit des amateurs de vinyle, risquant ainsi de laisser bien des amateurs du duo Boddy & Reuters sur leur appétit. De ce fait, l'album est construit sur les principes des vinyles des années 70; un premier titre introductif avec un semblant de vie, le second ayant plus de dynamisme et le 3ième se réfugiant dans des phases ambiantes. C'est le topo de OUTLAND! En souhaitant qu'il y a des restants (il y a toujours des restants!) que l'on pourrait entendre sous peu, parce que nous avons ici un excellent album qui dose habilement le mysticisme, les rythmes sourds et ténébreux ainsi que des ambiances juste à la limite de la distorsion avec les gémissements prismatiques des Ondes Martenot et de la guitare slide. Un cocktail imaginatif de ce duo éclectique qui a toujours su comment soutirer le meilleur de leurs compositions…juste pour le plaisir de nos oreilles.

Sylvain Lupari (29/03/21) ****½*

SynthSequences.com

Disponible au DiN Bandcamp

117 views0 comments

Recent Posts

See All