• Sylvain Lupari

ISOSTATIC: Winter's Edge (2021) (FR)

Un bon album d'ambiances noires avec une belle palette de tons et de rythmes ambiants

1 A Sea of Golden Leaves 8:20

2 Autumn's Twilight 7:10

3 Freezing Rain 8:58

4 Birds Fly South 6:53

5 Winter Memories 8:10

6 Hibernal 11:10

7 Winter Speaks in Whispers 9:18

Exosphere exo29

(DDL 59:57)

(Dark ambient beats)

C'est avec une ombre sonore que s'ouvre WINTER'S EDGE. L'ombre est faite d'une brise zéphirienne qui flotte doucement, alors que A Sea of Golden Leaves laisse déjà miroiter cette faune tonale faite d'argent, d'or et de vermillon avec ce léger soupçon arraché aux couleurs de l'arc-en-ciel. Sombre, cette onde d'ouverture projette une ambiance ténébreuse de par les gémissements bourdonnants du synthé. Cette masse sonore statique est présente dans les grands axes de ce tout nouvel effort de Isostatic. Son lent déroulement est comme un gros noyau de sons tournant sur lui-même en amalgamant et confondant ses couleurs où se greffe constamment un filet de nitescence. Cette valse sans cavalier affiche son noyau d'intensité avec des orchestrations qui se faufilent dans le noyau des drones, relevant cette texture de Dark Ambient qui est à l’origine du style de Sean Costello. La pochette de WINTER'S EDGE dépeint correctement les couleurs de ce nouvel album-téléchargement de Isostatic. Nettement plus accessible que Earth Tones, ce nouvel album du label Exosphere termine une année 2021 où de beaux albums ont permis au label américain de bien s'établir sur le marché du psybient et du Berlin School tout en explorant les sentiers du psychill. Trois éléments qui sont au cœur des délices de cet album qui se veut une ode à l'hiver et à ses secrets enfouis dans nos mémoires, puisqu'il n'y a pas mieux que l'hiver et son grand manteau blanc le soir pour nous replonger dans ces souvenirs que l'on veut enfouis pour des hivers à venir. Qui plus est, ce très beau poème d'Emily Brontë, Spellbound, est présent pour nous aider à exorciser ce que doit!

Dans les vents bourdonnants qui propulsent Autumn's Twilight se cache une ligne d'arpèges sautillant dans l'ombre de la précédente. Éclosant quelques 10 secondes avant la 3ième minute, elle adopte le mouvement d'un Berlin School ambiant avec des cabrioles à l'infini. Collée une à la suite de l'autre, ces séquences de rythme créent une texture d'écho qui le rend imprenable si ce n'est que par ces courtes phases où le mouvement ascendant descend trop bas. Délicieusement harmonique! Grave et pointue, deux lignes de synthé se collent dans un lent mouvement introductif où s'étend une ombre de basse vampirique qui défend le territoire ambiant de Freezing Rain. Cette basse vibrionne autour des mouvements lascifs des ondes synthétisées, guidant une délicate suite d'arpèges séquencés à sautiller en cascade au-delà de ses horizons. La musique ne quitte pas son berceau de sérénité même si ses ambiances étreignent un passage plus intense dans une seconde moitié où les lignes de synthé s'effilochent pour devenir de radiants faisceaux luminaires qui s'égarent dans cette ambiance cosmique devinée dès son ouverture. Imaginez une masse de couleurs tirant vers le rouge avec des filaments blancs que l'on brasse lentement et vous obtenez les ambiances de ce titre hyper planant qu'est Birds Fly South. À moins d'imaginer la vue des oiseaux immigrants vers le Sud, la structure est d'une lenteur incompatible aux coups d'ailes nécessaire pour se déplacer dans le ciel…à moins de planer pour s'y rendre. Ceci dit, c'est un très beau titre ambiant.

Winter Memories repose sur un lit de drones sonores où se couche une douce mélodie mélancolique pleurant à larmes refoulées. Des accords tintant d'une limpidité à émouvoir un bloc de glace donnent un éclat plus lumineux en laissant miroiter une texture d’écho, donnant plus de relief à cette mélodie ambiante. Des violons brumeux sculptent un encadrement plus nostalgique, invitant plus d'arpèges à danser d'une façon plus désinvolte à l'intérieur des paramètres de cette douce rêverie hivernale qui atteint son poids émotif dès qu'une onde de basse y jette son voile austère après la 5ième minute. La musique reprend son cours à peine une minute plus loin, laissant à Winter Memories son besoin de nous émouvoir. Hibernal est un titre aussi lent que long confortablement installé sur le noyau de couleurs qui illustre la pochette de WINTER'S EDGE. Les lignes de synthé se déroulent sur une large nappe de basse en refaisant ces boucles qui sonnent comme des transmissions sonores perdus dans la vastitude cosmique. Ces boucles roucoulent pour rejoindre un noyau d'intensité mis à jour par des orchestrations lunaires. La seconde partie déjà franchie que Hibernal change de peau pour devenir une masse de vents et de drones conforme au style Dark Ambient de Sean Costello. Winter Speaks in Whispers me ramène aux paysages sonores de Earth Tones avec sa texture ambiante où la résonnance des drones avalent la nitescence des gémissements plus accentués. Les deux antipodes se croisent par endroits, laissant filtrer un mince rayon d’espoir de ces hivers qui nous parlent par les froissements de nos pas sur la neige.

Sans aucune surprise, WINTER'S EDGE est à la hauteur de nos attentes avec une collection de titres qui reflète les nombreuses sphères de composition chez Isostatic. C'est un bel album de musique ambiante ténébreuse, comme il s'en fait beaucoup, mais avec une belle palette de tonalités, de belles séquences de rythmes ambiants et juste ce qu'il faut pour faire bouger nos sens sur la route de Morphée.

Sylvain Lupari (23/12/21) ***¾**

SynthSequences.com

Disponible au Exosphere Bandcamp

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