• Sylvain Lupari

JEAN-MICHEL JARRE: Electronica 1- The Time Machine (2015) (FR)

“Electronica 1- The Time Machine est effectivement un bon retour aux sources pour JMJ et son meilleur album du genre depuis Chronologie”

1 The Time Machine (Boys Noize) 3:52 2 Glory (M83) 3:56 3 Close Your Eyes (Air) 6:23 4 Automatic. Pt. 1 (Vince Clarke) 3:09 5 Automatic. Pt. 2 (Vince Clarke) 2:58 6 If..! (Little Boots) 2:57 7 Immortals (Fuck Buttons) 4:30 8 Suns Have Gone (Moby) 5:46 9 Conquistador (Gesaffelstein) 3:06 10 Travelator, Pt. 2 (Pete Townshend) 3:06 11 Zero Gravity (Tangerine Dream) 6:46 12 Rely on Me (Laurie Anderson) 2:56

13 Stardust (Armin van Buuren) 4:38 14 Watching You (3D's Massive Attack) 4:05 15 A Question of Blood (John Carpenter) 3:00 16 The Train & The River (Lang Lang) 7:13 Columbia ‎| 88875123472

(CD/DDL 69:25) (Electronica)

Il y a de l'effervescence dans l'air. L'air des réseaux sociaux. Je n'avais aucune envie d'écrire une chronique à propos du dernier album de Jean-Michel Jarre. Celui qui fut un grand magicien des sons et des couleurs du son dans les années 70 s'est endormi peu à peu à mesure que le nouveau millénaire dirigeait l'art de faire de la MÉ avec sans, ou que très peu, de connaissances de ses racines. Metamorphoses, Sessions 2000, Geometry of Love et Teo & Tea sont tous des aventures qui ont divisées ses fans en trois clans; la période pré Zoolook, celle de Rendez-Vous à Oxygene 7-13 et finalement la période de Odyssey Through O2 à Teo & Tea. Mes lecteurs ont insisté et j'ai même reçu un promo afin d'écrire une chronique (merci Carl). Nous entendions parler de ce ELECTRONICA - The Time Machine par le biais d'une puissante équipe commerciale qui émiettait peu à peu les secrets de l'album sur les réseaux sociaux, dispersant au passage les gros noms qui feraient parti du projet de même que des vidéos promotionnelles. L'engouement a pris le dessus sur la curiosité lorsque le nom de Tangerine Dream, il y a tout un parallèle à tracer entre les deux carrières ici, alimentait les conversations des Internautes qui salivaient à l'idée de cette collaboration pour le moins inattendue. L'idée de base de cet album, à tout le moins de ce que j'en ai compris, était de faire un survol de la MÉ à travers une foule d'artistes qui étaient invités à compléter les bases de la musique de Jarre. C'est comme faire du grand neuf avec du bon vieux! J'ai trouvé ça très prétentieux. Pareil comme s'il se proclamait le seigneur d'un empire dont il fut seulement un pionnier parmi tant d'autres. Un important bâtisseur certes, mais un pionnier!

Et puis les singles sont venus. Glory, Conquistador et Zero Gravity. Un premier jet de froid s'installe. Lourd avec une grosse enveloppe de down-tempo qui aboutit dans un mélange de dance et de transe, Glory et ses voix de synth-pop n'est guère convaincant. Ça brasse et c'est de l'Électronica bon marché, comme il s'en produit à la tonne depuis le début des années 90. Conquistador est plus convaincant et fait ressortir les squelettes oubliés de Zoolook alors que Zero Gravity et son cheptel de séquences qui défilent à vive allure dans des lamentations de synthé aux parfums de Chronologie et des nappes de synthé aux fragrances d'Hyperborea, on parle de Tangerine Dream ici, sonnent terriblement froid. Mais ça reste attrayant! Et on sent que Jarre veut aller plus loin que sa période Teo & Tea. Et peu à peu l'objet en entier se dévoile. Il y aura 16 titres et 16 artistes, qui sont des précurseurs à leur façon dixit Jean-Michel Jarre, pour 69 minutes de musique. Du coup, on comprend qu'il faut oublier les longs fleuves à saveur interstellaire (si si, ça existe encore). Les noms sont gros et donnent la soif! Air, Vince Clarke, Moby, Pete Townshend, Laurie Anderson, Massive Attack et John Carpenter! Avouez que ça impressionne. Mais où sont les Klaus Schulze, Vangelis, Kraftwerk, Gottsching (si Townshend est là, Gottsching mérite d'y être. Surtout lorsqu'on écoute le résultat), Eno. À la limite, Bowie! Des has-been vous allez me dire? Que sont Anderson, Townshend et Moby? Encore là, si les résultats en valaient la justification. Ça donne plutôt l'impression que Jean Michel Jarre cherche à attirer de nouveaux fans par les portes de côté. Mais le résultat final est un gros coup d'épée dans l'eau.

Et je vais tenter de relativiser les choses. Au final, ELECTRONICA - The Time Machine est un bon album. Mais bien en deçà de ce que nous sommes en mesure de nous attendre de celui qui a secoué les colonnes des temples deux fois avec Oxygene et Zoolook. C'est vivant. Il y a plein de rythmes. C'est la fête de l'Électronica avec des airs et des arrangements qui sentent par contre le réchauffé. Imaginez une collection de techno, de synth pop ou de dance dans un emballage de K-Tel et vous avez un peu le résultat de ELECTRONICA - The Time Machine. J'aime bien que Jarre étale des échantillonnages de ses rythmes de Moon Machine et d'Eldorado dans The Time Machine, qui est un véritable survol de sa carrière en un peu moins de quatre minutes (y faut le faire et on y entend des souvenirs de Rendez-Vous et Equinoxe), un titre bouillant qui nous donne l'eau à la bouche. Par la suite on tombe dans du rose bonbon avec Glory et Close Your Eyes, un beau titre oui mais qui reste toujours dans une enveloppe peu créative. Le segment Automatic nous ramène à l'ère du trop sous estimé Chronologie. C'est un bon coup! La deuxième partie est par contre trop axée sur le modèle de disco électronique mais ça ne le dépouille pas de ses attraits. Je ne veux pas parler de If..!, ni du très décevant Suns Have Gone où Moby semble avoir des complexes à travailler avec Jarre. Idem pour Watching You où 3D de Massive Attack se cherche encore. Encore moins de Travelator, Pt. 2, qui est une lourde fusion de rock, trance et techno pour zombies affolés. J'aurais échangé Townshend, que j'aime bien en passant, pour Gottsching any time! Rely on Me? Ouf....Et Stardust appartient au catalogue Ultravox. Il y a de bons coups! Immortals est un superbe titre qui décape la peinture des murs. Il y a tout une atmosphère glauque autour de ce titre qui lui donne un cachet unique. Les séquences papillonnent, les percussions roulent et les arrangements sont dans le ton! Idem pour le très patibulaire A Question of Blood où le génie de John Carpenter sied très bien à ces séquences de style Halloween qui tourbillonnent en tout sens. On accepte même ces grognements de guitare. Ça fait très Mark Shreeve, période Legion. The Train & The River est sans doute le titre le plus génial ici. Le piano de Lang Lang mijote une folie latente qui explose à mesure que les ambiances sont de plus en plus torpillées par des attaques de séquences et de claquements de percussions électroniques. Du doux et méditatif grugé par du lourd et tempétueux qui se dirige vers un techno très, mais très créatif. C'est bizarre, mais c'est comme ça que j'avais imaginer et espérer Jean-Michel Jarre depuis des lustres.

Comme vous voyez, je suis assez divisé. Vous aimez les rythmes? Vous aimez ça quand ça brasse? Vous allez aimer ce ELECTRONICA - The Time Machine! Moi j'aurais aimer ça un peu plus d'audace (Immortals et The Train & The River sont de très beaux exemples) et de créativité. Il y a de beaux flash, mais ça sent encore trop le réchauffé. Un peu comme si le musicien Français était épuisé de se réinventer et aurait laisser cette opportunité à d'autres qui au final tentent aussi de se renouveler. C'est le meilleur de Jean-Michel Jarre depuis Chronologie. C'est déjà ça de gagner!

Sylvain Lupari (30 Octobre 2015) ***½**

SynthSequences.com

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