• Sylvain Lupari

JOERG DANKERT: Beyond (2021) (FR)

Une aventure musicale intense dont le seul défaut est cette absence de fade out

1 Intro 1:32

2 Still Unknown 5:48

3 Mission Start 2:09

4 Complicated Situation 5:53

5 Calm Down 3:47

6 Infinite Space 3:17

7 Intermediate Goal 6:22

8 Next Uncertainty 3:09

9 Easy Section 5:05

10 Unknown Expanse 4:48

11 Routine Trip 4:33

12 Exceeded Border 8:32

13 Ending 1:35

Joerg Dankert Music

(DDL 56:34)

(Ambient, Berlin School)

Les arpèges hésitants dans une onde bourdonnante structurent cette agréable mélodie rêveuse qui ouvre le portail de BEYOND. Malheureusement pour nos oreilles, et nos sens légèrement perturbés, Intro se termine de façon abrupte. Un peu comme si Joerg Dankert avait oublié le principe d'un titre qui se termine par un fade out, et on doit s'y faire puisque les finales dans BEYOND manquent de finition. J'en ai discuté avec le musicien qui a légèrement corrigé la situation. J'avais bien aimé Restore Faith, un album paru quelques mois avant celui-ci. Ce nouvel album est plus ambiant. Pour le musicien allemand, BEYOND est la trame sonore d'un film qui n’a jamais été tourné. Un film que nous pouvons créer au gré de nos interprétations d’une musique qui est tout de même assez intense au niveau des émotions. La musique, fermement ancrée dans des orchestrations dramatiques, cache un air obsédant qui revient constamment sous une autre forme, créant un besoin viscéral de l'entendre à nouveau. Still Unknown infiltre nos oreilles avec une approche dramatique à la Walter Christian Rothe et son album classique Let the Night Last Forever. Très théâtrale, la musique flotte de ses multiples couches de synthé qui s'agglutinent avec une intensité cinématographique et des orchestrations séraphiques qui titillent les poils de nos émotions. Il y a un aspect Vangelis dans ce titre ambiant avec une chorale qui égale la portée émotive des orchestrations. Mission Start met en scène des communications à peine audibles à travers un voile de statisme qui recouvrent un rythme pulsatoire stationnaire, alors que les communications dans Complicated Situation sont claires avec un sentiment d'urgence qui se passe quelque part. Le titre est très atmosphérique avec une ondée de woosshh et waasshh où nous percevons des accords tenter de percer cette densité atmosphérique très stable. Là aussi, la coupure est abrupte et on sent que la suite arrive dans l'ouverture de Calm Down qui est un titre lent avec une approche mélancolique bien sentie par les harmonies mélancoliques des solos du synthé. Un battement sans vision énergique pulse en épousant une structure processionnelle dans un décor lunaire bien enveloppé par une brume orchestrale qui se termine abruptement.

La musique colle au titre de Infinite Space en créant une bonne sensation de vide interstellaire. C'est ici que la coupure est la plus désagréable. Dans une structure de rythme entraînante, Intermediate Goal épuise bien ses plus que 6 minutes en épousant une démarche fanfaronnade. On y trouve une superbe mélodie entrecoupée par la chute d'accords dramatiques et agrémentée par des subtils jets d'une flûte qui se faufile dans ce brouillard de brume orchestrale. Un très bon titre qui augmente son intensité avec quelques bons additifs percussifs à mesure que les secondes filent. Tendre et mélancolique Next Uncertainty est un titre flottant avec une vision semblable à Infinite Space, mais doté d'un synthé pleurnicheur. C'est avec une ligne mélodieuse perçante que le rythme trottant de Easy Section épouse une belle structure Berlin School. La basse nuance les émotions alors que le séquenceur aligne sa série d'ions sauteurs avec un élastique d'accroché après le saut. Le synthé y est très beau avec une approche en deux tons, créant une vision mélodieuse tisseuse de ver-d'oreille, comme son contraire qui est plus mélancolique. Il y a un séduisant passage, un peu avant la 3ième minute où un accordéon nous lance un air nostalgique très français. Unknown Expanse couche ses nappes compactes et flottantes dans un contexte dramatique qui se développe avec plus d'intensité. C'est avec un autre début de conversation que Routine Trip étend ses nappes qui se s'accroissent avec une vision harmonique. Le rythme invite un essaim de pulsations à palpiter dans un pattern de nervosité rythmique qui accueille les prudes offrandes du synthé. La conversation revient autour de la 3ième minute pour accompagner ce Routine Trip à sa finale. Exceeded Border proposera une dernière structure de rythme lente à débloquer pour finalement exploser dans les nappes dramatiques du synthé autour de la 6ième minute. Du bon rock électronique cosmique avec une belle touche harmonique. Ending conclût ce BEYOND comme Intro l'avait amorcé.

Dans un enrobage ambiant, cosmique et orchestral, BEYOND est une aventure musicale intense dont le seul défaut est ce manque de fondu ou cette absence de pont musical qui pourtant lie les titres en une longue mosaïque musicale aussi uniforme qu'un album-concept. Ce n'est pas facile d'écrire cela mais je crois que ceux qui lisent cette critique doivent être prévenus. Ce sont des choses qui se produisent dans le vaste univers de Bandcamp. Alors demandez à Joerg Dankert qu'il vous fasse parvenir la version sans coupure de BEYOND qui dure 55:12 (sic!). Dommage, c'est un bel album qui manque de finition.

Sylvain Lupari (28/02/22) *****

SynthSequences.com

Disponible au Joerg Dankert Bandcamp

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