• Sylvain Lupari

KELLER & SCHONWALDER: Red (2012) (FR)

Red est un merveilleux opus d'une douceur surprenante aux structures rythmiques et harmoniques progressives et évolutives

1 Red One 32:07 2 Red Two 14:44 3 From Red to Green 20:22 Manikin | MRCD 7095

(CD/DDL 67:13)

(New Berlin School)

Oh que ça fait du bien de renouer avec Broekhuis, Keller & Schönwälder! Pas que l'aventure Repelen n'était pas bonne. Loin s'en faut! Mais j'avais tout de même hâte d'entendre la suite d'Orange et, surtout, de Blue. Et l'attente valait la peine. Je ne me trompe pas du tout en affirmant que RED est la meilleure œuvre de trio depuis des lunes. Plus mélodieux et nettement plus poétique que Blue, RED présente 3 longues structures minimalistes où le trio Berlinois fait honneur à sa réputation de maîtres architectes de structures musicales évolutives avec des rythmes interchangeables qui s'échangent aussi des mélodies interverties aussi entraînantes qu'oniriques.

Des percussions tombent avec fracas. Leurs coups secs et retentissants éveillent une latente onde de synthé irisée qui fait danser des accords circulaires pour initier ce long fleuve minimaliste qu'est Red One. Dès lors s'installe un lit de séquences qui fourmillent sous différentes tintes et tonalités sur un délicat mouvement aux fines nuances permutées. On a l'impression que le rythme se met à galoper, pourtant il bouge à peine. Picoré par les coups de becs de séquences qui pépient et bourdonnent finement, il sautille légèrement sous des couches de synthé chaleureuses et morphiques. Des couches qui s'entrecroisent et survolent ce rythme ambivalent qui frétille sans rien bousculer et qui tressaille sans rien déranger. Un rythme divisé entre sa douceur onirique et ses soubresauts chaotiques, liés de cette union des séquences/percussions qui dévie subtilement de son envoûtant axe hypnotique vers la 15ième minute avec un passage plus éthéré. Un bref passage où les percussions martèlent toujours l'insistance mais où les séquences s'essoufflent, entraînant Red One vers une structure rythmique hybride avec une ligne pulsatoire et une autre plus harmonique qui dessine un rythme mélodique enveloppé d'une brume électronique, de cymbales résonnantes et trucidée de superbes solos de synthé. On se laisse aisément bercer par ce passage aussi rythmique que morphique, mais les cymbales qui tintent au loin annoncent des percussions plus débridées qui s'amoncellent de plus en plus, tombant à bras raccourci sur une finale qui résiste à cet assaut des peaux électroniques pour reprendre son hypnotique cours rythmique. Plus agressif, Red Two accouche d'une intro bigarrée où des percussions Tablas et des séquences aux frappes alternatives émergent pour tisser un étonnant rythme clanique qui pulse d'une cadence frénétique sous les hurlantes couches de métal noir. Seule vestige de cette intro corrosive, une ligne de basse fait vrombir ses notes lourdes alors que le tempo s'adoucit avec des couches de synthé plus poétiques qui enveloppent un rythme toujours très actif et captif de ses percussions claniques. Sur un mélange de percussions électroniques, dessinant des rythmes tribaux, et une ligne de basse aux notes bourdonnantes, le rythme éclate sous un ciel écarlate où solos et brises harmoniques se chamaillent la tranquillité des espaces et des brumes mélancoliques aux quelques crissements de métal froissé qui hurlent parcimonieusement, étalant toute la splendeur des paradoxes de cette structure minimaliste peinte en rouge. From Red to Green vient mettre la touche finale à ce solide album, de bout en bout, avec une intro éthérée où des chœurs flottants errent dans des décors astraux. Une belle mélodie pianotée en émerge. Laissant filer ses notes nostalgiques dans l'œil d'un tourbillon de prismes métalliques, le piano entend des accords sautiller avec verve mouler une ligne de séquence nerveuse. S'ensuit une fine mélodie qui se niche dans le creux d'un mouvement spasmodique. Un mouvement qui accentue son crescendo avec des riffs séquencés et des percussions plus insistantes que des suaves solos tortillés embrassent de leurs torsades spectrales, faisant oublier les notes de piano qui se sont égarées sur cette structure rythmique amplifiée. Ce rythme sec et hachuré, éconduit par des solos hurlants, renoue avec les cendres harmoniques de ces nostalgiques notes de piano qui resurgissent des brumes irisées d'une intro que l'on avait oublié sur les rives de cette enivrante procession minimaliste.

Est-ce que l'art de la musique répétitive peut devenir ennuyant? La question se pose à chaque fois que nos oreilles sont confrontées à des structures minimalistes qui coulent comme de longs fleuves tranquilles et secoués de quelques torrents harmoniques. Eh bien non! À tout cas pas la musique de Broekhuis, Keller & Schönwälder qui est tout en nuance et dont la fusion séquences/percussions apporte une profondeur rythmique insoupçonnée à une œuvre construite sur des structures en répétition. RED est un merveilleux opus d'une étonnante douceur où les rythmes, et ce peu importe leurs formes, servent de berceaux atypiques à des mélodies aussi enchanteresses que morphiques. Des rythmes et mélodies survolés et flagellés par des solos de synthé torsadés et enthousiastes empreints de brumes et de chœurs chthoniens. Bref, tout l'univers d'un vrai bon New Berlin School minimaliste et mélodique. J'adore!

Sylvain Lupari (09/04/12) *****

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Disponible on Manikin Bandcamp

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