• Sylvain Lupari

KLAUS SCHULZE: Das Wagner Disaster (94/05) (FR)

Das Wagner Desaster est une autre extravagance du maître qui livre ici peut-être le meilleur concert de ses années d'échantillonnages symphoniques

CD 1 (78:46) 1 Wagner (Wild Mix 28:32 2 Nietzsche (Wild Mix) 28:40 3 Entfremdung (Wild Mix) 10:00 4 Versöhnung (Soft Mix) 11:44 CD 2 (75:49) 1 Liebe (Soft Mix) 28:00 2 Haß (Soft Mix) 28:34 3 Encore Sevilla (Bonus Track) 19:17 SPV 304822 CD-REV 033

(CD 154:35) (Symphonic EM, Berlin School beats)

Endisqué pour la première fois en 94 sur étiquette ZYX, DAS WAGNER DISASTER est la fusion de 2 concerts donnés à Paris et à Rome en Mai 1994. Et en 2005, Revisited Records met sur le marché une nouvelle édition remixée avec 1 pièce en prime, Encore Sevilla, qui fut enregistrée lors de la tournée Espagnole de 91. Deux cd pour le même récital. Le Wild Mix est le concert du 27 Mai 1994 à La Cigale de Paris et le Soft Mix est le concert de Rome, performé 7 jours plus tard. C'est la même musique jouée à deux endroits mais qui a bénéficié d'un mixage différent. C'est de la grosse symphonie dynamique à la Schulze avec des intros et des finales époustouflantes qui cernent des structures qui vont de douces et flottantes pour permuter en rythmes nerveux. En galop de séquences et de percussions bourrés d'explosions et de tapages dans une horde d'échantillonnages où l'opéra et une touche de classique (tant conventionnelles que très personnelles) galopent sur des séquences, des percussions et des gros solos de synthé. C'est à Hambühren, en Août 94, que Klaus Schulze a fait le mixage final. Le jeu vaut la chandelle? L'expérience vaut-elle la dépense? C'est discutable! Sauf que ça démontre hors de tout doute qu'un brillant mixage change absolument la face de tout. Mais cela reste un vrai délire musical signé Klaus Schulze. Bref, Klaus Schulze était en grande forme.

Wagner, ou Liebe, est pris d'assaut par des gros éclats de cymbales et des voix d'opéra. Les voix se lancent dans une cacophonie pandémique, toujours en accords avec des cymbales tapageuses et agressives qui tapent un peu sur le système, sur une introduction sans rythme qui s'exprime comme un orchestre qui accorde ses instruments. Disons que c'est stressant. L'introduction de Liebe est définitivement plus accueillante, voire plus accessible. Le synthé déploie ses finesses en nous balançant un beau crescendo avec une muraille de wooshh qui dégagent une structure brumeuse d'où s'élèvent de beaux chants flutés. Il y a plus d'effets dans Wagner et je dirais que Liebe est plus musical, même dans des structures d'ambiances. Mais les chants des flûtes sont plus émotifs dans Wagner. Allez savoir! Le rythme s'installe comme un joggeur en attente de sprinter dans des parfums de synthé plein de solos brumeux. Le rythme croît lentement. Il est plus fluide dans Liebe où le crescendo est mieux enrobé. Moins agressif. C'est la robe des tons et des arrangements qui différencie les deux enregistrement. C'est du Schulze plus dépensier de ses échantillonnages qui étonne toujours avec une longue structure homogène avec de petites fragrances de Dziekuje Poland sans les éclats tempétueux de ses orchestrations qui étaient parfois trop monstrueuses dans ses années de symphonies électroniques. J'aime mieux les rondeurs et la chaleur de Liebe. Introductions tapageuses qui sont suivies de phases ambiantes, Nietzsche, ou Haß, offrent une structure de rythme plus fluide qui galope sous les morsures des voix d'opéra. Deux belles structures de rythme électronique qui seraient encore plus séduisantes sans ces voix et ces éclatements orchestraux qui sont les fidèles reflets de ces années où Schulze transposait son univers d'antan dans une surabondance de collages et d'effets du MIDI. Ça sonne même l'électro bon marché par moments, notamment dans Nietzsche. Encore là, je préfère l'approche plus musicale (sic!) du Soft Mix de Haß.

Entfremdung et Versöhnung sont les deux titres où les différences sont les plus accentuées. Entfremdung démarre avec des papillonnements de cymbales qui volètent dans des effets de voix difformes. Une ligne de vives oscillations se détachent des ambiances, forgeant un rythme électronique vif et saccadé où circule des accords de piano qui tournoient en de brèves et vives rotations. Le rythme s'écrase dans une mare d'instruments à cordes et leurs saccades nerveuses. Il repart de plus belle, comme une folle spirale contre la montre où tout est prétexte à utiliser massivement les effets et les échantillonnages. Laissez-moi vous dire que Schulze a dû travailler comme un forcené pour coordonner autant de disparités. Encore ici, Versöhnung qui semble être moins abrupte et posséder une âme plus chaleureuse, moins agressante. Mais ça reste du bon rythme électronique comme lui seul sait les forger. Avec sa longue introduction ambiante, secouée par des spasmes orchestraux et tiraillée par des cris de spectres parfois dérangeants, on croirait entendre les cris de primates dans une forêt industrielle, Encore Sevilla s'intègre assez bien à l'univers de DAS WAGNER DISASTER. Et ce même si parfois on sent un peu plus des emprises de Beyond Recall. Fidèle aux longues structures évolutives du Maître, le titre sort de sa coquille très lentement avec des effets de synthé aussi dissonants qu'enveloppants et des voix de nymphettes qui roucoulent sur des accords d'instruments à cordes. Schulze y étale toute sa dextérité avec un vif jeu de notes roulant comme un tapis de séquences qui sautillent comme des milliers de billes. Tout est dans les subtilités des lenteurs hypnotiques et la structure. Et le rythme prend graduellement son envol avec l'apparition des tablas, et de merveilleux cliquetis qui enjôlent l'ouïe, ainsi qu'un jeu très nerveux, très saccadé, du clavier qui harmonise son vif débit avec la fureur des percussions. Intense et ça dû être assez drainant pour Klaus Schulze, seul sur stage. Ce n'est pas du grand Schulze, mais c'est en prime. C'est juste un peu choquant pour ceux qui se procurent ce cd pour ce titre en prime, mais ce sont les aléas des collectionneurs. Des fois on tombe sur une bombe, d'autres fois sur un pétard mouillé. Mais dites-vous que vous avez maintenant un beau livret qui accompagne toute le démesure et cette audace de production qu'est DAS WAGNER DISASTER.

Finalement, la grosse question : Est-ce que cette réédition vaut le débours? Malheureusement, je ne puis me prononcer, car je n'avais pas la première version. Si je me fie aux commentaires d'amis qui possèdent l'original, la différence est assez minime pour justifier la dépense. Mais si, comme moi, vous n'aviez pas encore DAS WAGNER DISASTER, cette réédition vaut le coup. C'est sans doute le meilleur album de cette phase de Klaus Schulze. C'est purement électronique avec plein de gadgets soniques et le désordre, la bazar des sons, fini par se cimenter en une surprenante homogénéité. C'est un autre tour de force de l'ami Klaus Schulze. Et sans le Wild Mix, j'aurais qualifié cette œuvre de chef d'œuvre.

Sylvain Lupari (29/05/11) ****½*

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