• Sylvain Lupari

KLAUS SCHULZE: Inter*Face (1985/2005) (FR)

Inter * Face est un album brillant dont la complexité n'a pas à rougir de ses rythmes et harmonies autant compulsifs que magnétisants

1 On the Edge 7:58

2 Colours in the Darkness 9:12

3 The Beat Planante 7:24

4 Inter*Face 24:49

5 The Real Colours in the Darkness (Bonus Track) 12:02

6 Nichtarische Arie (Bonus Track) 13:47

Brain | 827 673-2 (CD 49:28)

SPV 305262 CD REV 059 (CD 75:18)

(CD 75:18)

(Minimalist New Berlin School

Paru en 1985, INTER*FACE est considéré comme étant le pire album réalisé durant la période numérique de Klaus Schulze (1980-1988) et comme un des pires dans sa discographie au côté de Le Moulin de Daudet. Mettons que ça part mal une chronique, parce que moi je pense le contraire. J'ai toujours considéré cet album comme l'une de ses plus belles folies où des restants de Angst et Dziekuje Poland flottent dans un tumulte que seul KS peut aisément harmoniser. Revisited Records nous représente cette intense œuvre oubliée avec un beau livret explicatif et 2 titres en prime qui, si ne sont pas à tout casser, valent la peine.

Et ça commence avec On the Edge qui démarre avec de lourdes strates orchestrales déchirant une ambiance cathédralesque et flottant sur les pulsations d'une batterie stoïque dont les battements linéaires trébuchent en une approche de funky rock. Le rythme est pilonné par ces frappes de batterie et une ligne de basse aux accords qui roucoulent sur les harmonies planantes des strates orchestrales alors que On the Edge embrasse le funk de Phil Collins avec des souffles de trompettes aux souffles saccadés à la Earth,Wind and Fire. Disons que ça déroute mais c'est Noël en été avec des clochettes qui agrémentent une approche festive alors que derrière tout ce rythme de ghetto accrocheur se profile les notes d'un piano méditatif qui plonge l'auditeur dans un autre registre musical aux doux parfums anthologique. Et comme il n'y a jamais rien de vraiment coulé dans le béton avec Sieur Schulze, des percussions, genre congas, ajoutent à l’ambiguïté d'une structure de rythme dont la constante évolution est tiraillée par des éléments sonores qui en morcellent la prémisse, si prémisse il y avait. Et diantre que j'aime ces violons aux ailes flottantes qui caressent un rythme insoumis! De lointaines sirènes sphéroïdales percent le silence pour introduire Colours In The Darkness; un titre fou qui coule dans la paranoïa d'un synthé et de son vocabulaire synthétisé où Angst et Dziekuje Poland épandent leurs cendres. Quoique incisif, le tempo reste brouillon et court sur de lentes strates traînassantes d'un synthé qui se mute en cello vampirique. Des percussions et des glockenspiels nourrissent une structure rythmique schizophrénique où d'énormes strates symphoniques ajoutent une dimension harmonieuse à un titre qui aurait dû aller nulle part. Du grand KS. À la limite du funk et du groove, The Beat Planante offre une structure de rythme ambiant qui ressemble étrangement à une ballade cahoteuse d'un cow-boy où percussions de bois, genre sabots, font du tic-tac sur le tapis de brume irisée d'un synthé qui inonde nos oreilles de souffles de spectres nasillards. C'est très relaxe, et ce même si les percussions alourdissent l'ambiance au fil des dernières minutes.

Craché par le tumulte, la pièce titre est du Schulze comme j'aime. Une douce ligne de séquence basse nourri furtivement un rythme qui se fait damner le pion par une autre ligne de séquences plus limpides. On dirait du Body Love version 1985. Les synthés crachent des ambiances apocalyptiques et des solos vampiriques qui se meuvent avec une étrange sensualité. Et les ambiances se lestent avec des strates babéliennes qui mugissent sous de gros roulements de grosses caisses, traçant un parcours hallucinatoire qui s'amplifie avec des arpèges scintillant dans des souffles argentés. Inter*Face plonge dans un lancinant lento où des strates hachurées flottent de leurs saccades philharmoniques sur des frappes de percussions devenues plus rock qu'aléatoire. Le rythme est lourd et Klaus Schulze joue avec ses ambiances spectrales tout en contrôlant une approche rythmique dont le ton minimaliste accentue la démence des harmonies évasives. C'est un beau 25 minutes d'ensorcellement où le Maestro construit sa toile Daliesque avec des grosses caisses qui tonnent et roulent avec fureur sous les lents mouvements des strates philharmoniques et des solos vampiriques qui sifflent sous une nuée de tonalités cosmiques uniques à la signature de KS. Incroyablement délicieux! Selon l'histoire; The Real Colours in the Darkness aurait dû se retrouver sur le pressage original à la place de Colours In The Darkness. Il y a eu un mélange à l'époque et Schulze nous la représente sous forme de bonus. Faut dire tout de suite en partant que ce titre n'a rien à voir avec le tempétueux funk de Colours in the Darkness. Bien au contraire, c'est un beau titre très éthéré, une fois l'intro passée, qui dévoile tout le côté romanesque et rêveur de Schulze. Les beaux arrangements insufflent une passion unique à l'univers de Schulze avec une ligne de basse ondulante, des chœurs mystiques qui appellent aux plaisirs spirituels et des strates multi soniques qui rend anémique tous ceux qui veulent imiter la pensée de Schulze. J'aime beaucoup et je ne peux m'empêcher de faire un parallèle avec ses œuvres de la période Body Love. Nichtarische Arie (A Not So Hidden Track) nous amène vers un autre registre musical de KS. C'est une version étirée du maxi single Macksy paru plus tôt en 1985. C'est un petit disco, ou synth-pop, à la Gerogio Moroder. Si les percussions sont géniales; la voix, le beat et les séquences sont assez ordinaires.

Qu'on me laisse tranquille en disant que Klaus Schulze s'est égaré de son style original! On le sait depuis 1980. Par contre, il est le seul à faire une symbiose aussi parfaite entre sa période analogue et digitale. Pensons juste à Tangerine Dream ou Jean-Michel Jarre! INTER*FACE est un album génial dont la complexité n'a pas à rougir de ses rythmes et harmonies aussi compulsives que magnétisantes. Non, Schulze ne renie pas ses origines, ni ses œuvres et encore moins ses fans. Il progresse et implante à la technologie d'aujourd’hui le Schulze style. Faisant de sa musique un art tout à fait unique qui sera encore joué quand les enfants de nos petits enfants apprendront la musique, car KS est tout simplement le musicien d'une époque. J'ai rien trouvé de poison sur cet album. Tout y est. Ambiances et tonalités analogues, rythmes fous, planants et ambiants, synthés rêveurs et agressifs. Bref la combinaison idéale afin de passer un 75 minutes d'envoûtement avec le maître. Quand à cette réédition elle a le mérite de nous rappeler tout le génie qui se terrait derrière INTER*FACE. Et en toute honnêteté, donneriez-vous 20 années d'écart entre cette édition et celle de 1985? Voilà! Vous avez tout compris.

Sylvain Lupari (24/12/06) *****

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