© 2019 by Alexandre Corbin for Synth&Sequences \ Sylvain (A.K.A. Phaedream) Lupari

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KLAUS SCHULZE: Audentity (1983/2005)(FR)

“Si la musique électronique numérique n'a pas mis beaucoup de temps à unifier ses tonalités avec celles analogues, c'est grâce à des génies comme Klaus Schulze”

1.1 Cellistica 24:31 1.2 Spielglocken 21:24 1.3 Sebastian im Traum 28:21 2.1 Tango-Saty 5:47 2.2 Amourage 10:37 2.3 Opheylissem 5:11

Bonus Track

2.4 Gem 57:44 a) Tiptoe on the Misty Mountain Tops b) Sink or Swim  c) At the angle of an Angel d) Of White Nights

Innovative Communication ‎– KS 80025-26 (1983- 2LP)

REVISITED RECORDS 2005 SPV 089-304132 DCD - REV 017

(2 CD 154:19)

(New Berlin School, minimalist and symphonic EM)

Voilà un album que j'ai eu de la difficulté à apprivoiser et dont la chronique fut difficile à accoucher. Pas parce qu'il n'est pas bon, mais parce qu'il est différent. Tranquillement Klaus Schulze nous amène dans son univers de féeries numérique qu'il tapisse de tonalités métallisées avec des riffs de synthé qui marinent dans des tonalités de glockenspiel et des envolées orchestrales qui nous conduirons vers ses opéras. AUDENTITY est un double album de ce qu'il y a des plus éclectiques où l'on sent nettement la coupure de Schulze par rapport à ses œuvres introductives. Et à l'époque je me demandais où la ligne du fanatisme s'arrêtait tellement nous étions loin des œuvres aussi profondes et flottantes que Mirage, Blackdance ou Body Love. Mais c'était le courant des années 80, le MIDI prenait l'ascendant sur les vieux équipements toujours très délicats de l'ère analogue. Sauf qu'avec les années de découvertes musicales subséquentes à AUDENTITY, force est d'admettre que cet album est précurseur et qu'il a ouvert une brèche dans l'univers toujours effervescent de la MÉ contemporaine. Cette nouvelle édition de Revisited Records, toujours présenté dans un très beau coffret digipack avec en prime un beau livret et près de 50 minutes de nouvelle musique, accentue la perception d'un univers très froid et métallique que l'on pouvait avoir d'AUDENTITY. Et cette tonalité plus froide, quasiment détachée de la version originale rehausse un peu la vision originale de ce double album vinyle sorti en 1983 sur Innovative Communication.

À l'époque je n'avais aucune difficulté à apprivoiser le CD 1 et le long intro bigarrée de Cellistica où les sons voltigent dans une indiscipline de grandes improvisations de Klaus Schulze. Le moule prend tranquillement forme avec des riffs échoïques qui valsent maladroitement sur les cordes d'un violoncelle lentement caressé par l'archet de Wolfgang Tiepold. Géniales et punchées, les pulsations et percussions, jouées par Michael Shrieve, s'ajoutent pour soutenir cette symbiose alambiquée qui suit une étonnante tangente harmonique pour atteindre un savoureux dénouement vers la finale. Entre temps c'est un rythme amadoué qui palpite sur les charmes du violoncelle de Wolfgang Tiepold. C'est minimaliste et hypnotique avec des variances dans les harmonies mais pas dans la forme. C'est un très beau titre qui demande plus d'une écoute car l'ingéniosité de Schulze pour structurer l'instructurable est aussi étonnante que charmante. Il y a aussi ce petit vers-d'oreille avec cette saveur arabique, on se souvient de Dune, qui survit à cette longue tirade musicale. Il hantera d'ailleurs les rythmes et passages entraînants qui vont dessiner les structures musicales de la tournée Européenne de Schulze en 1983. Spielglocken est mon titre préféré. C'est comme entendre du vieux Schulze avec la nouvelle technologie des années 80. Le rythme est doux et dessiné dans un superbe jeu de Rainer Bloss aux glockenspiels qui scintillent sur de fines pulsations hypnotiques alors que les harmonies, sculptées dans les saveurs analogues du synthé, sont fantomatiques. C'est un très bon titre qui servira aussi de rempart à sa tournée.

Sebastian im Traum maintenant! Je sais que c'est une des pièces préférées de plusieurs fans de Klaus Schulze et, honnêtement et après plusieurs tentatives, je n'ai jamais compris pourquoi. Ce sont 30 minutes de délire froid. Une ode psychédélique digitale dont je n'ai jamais saisi les paramètres, encore moins sa définition. Certes il y a une belle mélodie aux notes carillonnées, comme Freeze, qui flotte dans cette anarchie des accords. Elle part et revient avec douceur, mais sur des segments courts et qui s'espacent graduellement. Encore aujourd'hui je cherche à comprendre l'engouement, l'intérêt derrière ce titre. J'aime Schulze, et je crois que vous le savez, mais je n'ai jamais été capable de comprendre les émotions de Sebastian im Traum. Le CD 2 s'ouvre avec Tango-Saty qui semble sortir des sessions de Dig It, tant la sonorité et les rythmes s'y rattachent tout comme dans Opheylissem. Avant d'atteindre les douceurs d'Amourage, il faut se taper son intro. Mais une fois la minute passée, on devient subjugué par l'appel des synthés qui réveillent les chaleurs de Body Love et Mirage. Le prix de la beauté quoi! La pièce boni, Gem, est un titre divisé en 5 segments qui a servi de base pour écrire la trame sonore de Next of Kin, film d'horreur Australien qui a gagné le grand prix du Festival du film de Paris en 1983. Son introduction est un long bourdonnement puissant où des striures difformes se mutent en une sonorité lugubre. Une atmosphère qui colle avec le réalisme d'un film d’horreur, quoique un peu long. Tiptoe on the Misty Mountain Tops explose avec une vieille sonorité et une séquence bouclée. Un titre galopant où l'éclectique croise le génie authentique de Schulze dans un tourbillon sonore aux époques éparses. Un très bon mouvement qui capte l'intérêt de notre ouïe par des modulations et des variances que seul Schulze peut décoincer sur des rythmes minimalismes. Du grand Schulze qui continue ces rythmes sautillants jusqu'à la finale de Of White Nights Audentity qui est un petit chef d'œuvre.

Je m'emballe? Possible! Mais si la musique digitale a mis peu de temps à rejoindre une uniformité avec l'analogue c'est bien grâce à des génies comme Klaus Schulze qui ont su comment adapter cette percée technologique à leurs visions et non l'inverse. Et je connais plusieurs chrétiens, dont moi, qui ont levés l'oreille sur cet œuvre pour revenir repentant après avoir entendu ses intonations ailleurs, comme sur du Depeche Mode entre autres. Encore aujourd'hui, Sebastian im Traum ne passe pas. Mais le reste coule avec un plaisir démesuré. Car l'écoute active sur un bon système de son, avec du bon volume, est infernale pour les voisins mais jouissif pour l'auditeur. Je vous en souhaite autant avec cette superbe réédition et son beau livret qui contient des potins sur les habitudes de Stomu Yamashta!

Sylvain Lupari (15/02/06) ****¼*

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