• Sylvain Lupari

KLAUS SCHULZE: X (1978) (FR)

X est une beauté intemporelle qui n'a d'âge que son entrée dans l'histoire

CD 1 1 Friedrich Nietzsche 24:50 2 Georg Trakl 26:04 3 Frank Herbert 10:51 4 Friedemann Bach 18:00 CD 2 1 Ludwig II. von Bayern 28:39 2 Heinrich von Kleist 29:32 3 Objet d'Louis (Bonus track Live 1978) 21:32 SPV 089-304042 (CD 159:28)

(Berlin School, orchestral EM)

Dans une de mes chroniques sur Guts Of Darkness, j'avais créé un tollé lorsque j'ai osé comparer certaines œuvres de MÉ contemporaine à des grands classiques. X pour 10, la 10ième œuvre de Klaus Schulze, est l'une de ces œuvres! Comme bien des classiques, elle mûrie avec les années et demande toujours une bonne ouverture d’esprit face à l'approche progressive et orchestrale, surtout sur le CD 2, du célèbre synthésiste Allemand. Citée comme étant une œuvre géniale à sa sortie, X n'est pourtant pas facile à apprivoiser même si on connait le style aéré de Klaus Schulze. Album-concept en 6 tableaux musicaux qui rendent hommage aux musiciens contemporains ayant influencés sa direction artistique, X est une symphonie grandiose à la mesure des ambitions de Klaus Schulze et qui, faut être honnête, n'a pas à rougir face aux grandes œuvres de musique classique. Flanqué d'Harald Grosskopf aux percussions et de Wolfgang Tiepold au violoncelle, X vogue entre Moondawn et Body Love, de même de ce qui constituera le noyau musical de Klaus Schulze dans les prochaines années.

Des bidules électroniques pétillent sur les courbes d'un vent sinueux fredonné par une chorale au timbre bas. Austère, l'introduction de Friedrich Nietzsche franchit à peine les 3 minutes que des arpèges sautillent dans des effets de nappes saccadées. Le rythme devient agité par les spasmes des arpèges, alors que la ligne de basse tempère la fébrilité du rythme qui trouve assez facilement celui des transes électroniques de Body Love tout au long des 20 minutes à venir. Sans répit, Harald Grosskopf martèle ses peaux sur un autre titre monumental qui bouge avec lourdeur autour des strates orchestrales qui font valser Friedrich Nietzsche. Un titre intense où les épais brouillards de mellotron et de sa chorale virtuelle forment une ambiance chaleureuse et harmonieuse. Au sommet de sa forme, Klaus Schulze multiplie les solos de synthé qui volent et serpentent des figures aériennes sur des percussions qui roulent à fond de train. Un peu plus et nous serions dans les sphères de Moondawn! Une superbe pièce qui modifie son parcours toujours aussi intense vers la 16ième minute, moment où Schulze élabore ses plus beaux solos sur le jeu gracieux d'Harald Grosskopf et ses mains agiles à la batterie. Du très grand Klaus Schulze qu'on écoute toujours avec passion. Georg Trakl est un titre plus tempéré qui est étiré de 20 minutes sur cette réédition de Revisited Records. Le rythme est sculpté par deux pas de deux séquences, dansant comme un cha-cha dans une délicate ambiance attirée par le Groove. Des riffs de clavier, des pads de synthé et des percussions s'arriment à ce rythme flottant que des souffles de flûte arabiques recouvrent d'une douce rêverie. Georg Trakl quitte le lit de ses 6 minutes pour près de 20 minutes additionnelles avec un peu plus de vigueur dans une vision rythmique nourrie de séquences dont les touches alternantes nous plongent dans le poétique univers de Body Love, alors que les séquences limpides qui y dansent nous immergent dans celui de Mirage mais avec une approche un peu plus progressive. Ça devient un long titre langoureux, un peu long, qui évolue dans une ambiance envoûtante avec ces riffs de clavier/synthé qui s'harmonisent finalement au séquenceur, tissant une étrange ambiance de free-jazz bien nourrie par les mains magiques de l'homme d'Ashra. Une puissante traînée d'orgue pousse le rythme de Frank Herbert dans une étonnante chevauchée rythmique où un séquenceur fait rouler vivement ses ions aux tonalités de basses pulsations hyper-agitées. C'est un titre sauvage et débridé qui s'appuie sur cette belle ligne de basse séquences aux notes aussi galopantes que les plus furieux mouvements de Chris Franke. Les bras d'Harald Grosskopf sont infatigables ici. Des riffs de clavier sonnent comme un manche de guitare pliant sous cet intense poids rythmique où l'on sent Klaus Schulze préparer ses solos. Ne reste que la couleur à définir! Klaus Schulze rock sur un rythme infernal et ses solos sont superbes.

Friedemann Bach nous amènes dans ces territoires plus difficiles d'accès de X. Le mouvement inclut un enregistrement d'un orchestre à cordes que Schulze a enregistré et a refaçonné, de façon reconnaissable, afin de donner une texture plus classique contemporain à sa vision électronique. Ce procédé fut aussi appliqué à Ludwig II. von Bayern. Un lourd violon apathique traîne ses premières notes qui sont torturées par des percussions orchestrales aux frappes éparses. De brusques irruptions sonores bouleversent une relative tranquillité avec des éclats agressants, alors que deux lignes d'orchestrations s'affrontent dans une vision où le classique et l'électronique cherchent leurs repères. Les percussions martèlent et roulent dans cette ambiance placide qui louvoie de ses accords de violon. Et ce mouvement se développe avec plus d'homogénéité mélodieuse qui se traduit par une croissante vélocité dictée par les riffs des cordes pincées cruellement. Dense, le mellotron souffle une ambiance plus chaleureuse alors que le titre prend forme de façon étonnante dans une anarchie sonore complète. Un synthé aux oblongues strates orchestrales fait voler ses violons sur des percussions éparses et indisciplinés pour former un ensemble désorganisé sur un tempo minimaliste qui évolue avec entêtement. Une cacophonie que je trouve géniale…après plusieurs écoutes. Et il n'y a que Schulze pour harmoniser une telle cacophonie. X prend un virage orchestral qui se continue avec l'excellent Ludwig II. von Bayern. Écoulements de tonalités et déploiements de géantes ailes sonore, la musique démarre aussi dans un tintamarre. Le mouvement qui se développe est lent avec une ligne de violons et leurs caresses poignantes qui étirent leurs cordes dans un concerto mélancolique. Ils valsent par moments alors que le violoncelle, imperturbable, caresse discrètement cette fascinante symphonie qui rend nos oreilles dépendante dès les premières mesures. Entre frivolités et couloirs ténébreux, Ludwig II. von Bayern coule avec la fluidité des archets sur les cordes jusqu'à s'égarer dans une messe Méphistophélique avec un passage ténébreux qui va durer près de 7 minutes. Dès que les cordes chassent ces ambiances, la batterie d'Harald Grosskopf tombe et ses mains sont forgeuses de frissons, tant ses frappes sont en symbiose avec les orchestrations. Schulze Goes Classic! C'est sans doute là que l'idée à germé. Heinrich Von Kleist est un titre qui évolue lentement dans son enveloppe aux orchestrations atmosphériques. Moins musical que Ludwig II. von Bayern, les nappes de violons coulent avec mélancolie et une passion retenue. Le violoncelle de Wolfgang Tiepold est suave et nous berce avec une illusion de nostalgie. La musique échoue aussi dans un passage très ténébreux où chœurs chthoniens et violoncelle tissent les toiles d'un lourd moment qui sort de son coma pour se diriger vers la finale. Une finale animée par des coups de percussions et des effets sonores cosmiques d'un synthé qui enveloppe un tempo de plus en plus vivant. Objet d'Louis est la pièce de musique offerte en prime avec la ré édition de Revisited Records. C'est une version, un peu improvisée de Ludwig II. von Bayern, en concert en 78. La qualité du son est très moyenne, pour ne pas dire carrément mauvaise. J'imagine que les inconditionnels vont aimer. J'adore Klaus Schulze et je n'ai pas aimer!

Pour plusieurs experts, X est le classique des classiques en MÉ. Klaus Schulze élabore des mouvements symphoniques avec passion et une folie créative. À la fois complexe et lucide X se déguste lentement, avec autant de passion que Schulze y a mis. Je ne dirais pas qu'il est facile à apprivoiser (c'est tout de même du vrai classique sur des mouvements électroniques flottants, séquencés et débridés) mais on se laisse aisément charmer, écoute après écoute, par cette beauté intemporelle qui n'a d’âge que son entré dans l'histoire. Les versions de BRAIN, vinyles et CD, sont les meilleurs enregistrements de X.

Sylvain Lupari (23/09/06) *****

SynthSequences.com

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