• Sylvain Lupari

LENSFLARE: Kyrie Eleison (2018) (FR)

“Kyrie Eleison propose une audacieuse réflexion de Lensflare dans cet album plus ambiant, même animés de beats doux”

1 Kyrie Eleison 48:48 2 Theotòkos 6:00 Lensflare Music

(DDL 54:48) (Berlin School)

Une lente respiration glauque sort de la ténébreuse introduction de KYRIE ELEISON. Exclamation ou supplication religieuse, Kyrie Eleison est considéré comme la dernière des prières avant la fin. Et c'est inspiré par cette prière liturgique des Églises catholique et orthodoxe que Lensflare plonge à pleine créativité dans une complexe réflexion musicale sur ce qu'il considère comme étant le dernier acte de l'humanité, croyant ou non. Et les 5 premières minutes de la longue pièce-titre nous amène en plein cœur de cette observation d'Andrea Lensflare Debbi.

Composé de plusieurs segments, Kyrie Eleison respire les influences de Klaus Schulze, Tangerine Dream et les ambiances psychotroniques de Neuronium, des années vintages, sur les compositions de Lensflare. Comme ce Mellotron et sa brume flûtée, de même que cette immense nappe de chorale chthonienne, qui succèdent aux râles apostoliques de son ouverture. En fait, ses 13 premières minutes sont concentrées sur des ambiances en mutation qui vont du noir au translucide, tout en prenant soin d'élaborer de longues lignes de réverbérations lugubres. Des effets électroniques, plus près du cosmos que des voutes de monastères, et des accords de clavier en mode recueillement guident ces ambiances vers un premier segment de rythme autour de la 14ième minute. C'est un ion solitaire qui saute continuellement dans des nappes de brumes burinées de voix absentes. Linéaire ou délicatement dérivant, ce rythme est dans la tradition du vieux Berlin School aromatisé de gazouillis cosmiques à la Schulze et de nappes de voix grégoriennes. Le synthé fournit des lignes décoratrices qui ressortent en chants spirituels tandis que le rythme reste mécanique, motorique, même avec ses petites nuances qui modifient son tapage stoïque. Cinq minutes plus loin, Kyrie Eleison nous ramène à une autre étape d'ambiances. Des ambiances apocalyptiques avec de très bons et percutants effets sonores où le synthé cogite toujours ses psaumes aussi codés qu'évasif. En fait, et si on se fie à la mythologie de Lensflare, nous sommes soit dans le purgatoire ou la route vers les enfers. Quoique des nappes célestes peuvent brouiller ces perceptions. Une autre structure de rythme, plus vive cette fois-ci, implose un peu après la 28ième minute. Fluide et oscillante, la ligne de séquences sculpte une promenade entre dunes et plaines avec de légères inclinations ascendantes. Une flûte accompagne cette phase très Berlin School post-vintage ainsi que des woosh et des waash et des nappes de voix. D'autres éléments, comme ce chant toujours incomplet du synthé et des lignes qui diffusent des rayonnements abrasifs et organiques, ornent cette 2ième parade rythmique qui s'étire sur une 15zaine de minutes tout de même assez tranquilles avant que Kyrie Eleison ne s'efface dans une finale moins divisée et plus séraphique que son introduction. Dans un décor sonore plus complexe et foisonnant de tonalités ésotériques, Theotòkos emprunte un peu le guide rythmique des derniers instants de la longue pièce-titre. Le Mellotron est très enveloppant dans ce titre qui conclut ce 5ième album de Lensflare en 2018. Un album qui prouve que l'artiste italien avait encore de belles choses à expliquer et qui devrait plaire assurément aux amateurs de Neuronium, Klaus Schulze et Tangerine Dream.

Sylvain Lupari (11/11/18) ***½** SynthSequences.com

Disponible au Lensflare Bandcamp

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