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  • Sylvain Lupari

MAGNETRON: Spherics (2014) (FR)

Sur un genre musical que beaucoup de gens disaient appartenir au passé, Magnetron réussit à se faufiler et à laisser une carte de visite assez séduisante

1 Prelude 0:43 2 Return to Earth 27:11 3 Spherics 14:09 4 Call for Peace 12:34 5 Survival (For Yolande) 12:17 Magnetron Bandcamp

(DDL 66:56) (Minimalist base sequenced EM)

Magnetron?! C'est la rencontre de deux artistes Anglais qui ont surfé sur la vague électronique Anglaise des années 90. Xan Alexander (The Omega Syndicate) et Steve Humphries (Create) ont grandi en découvrant la musique de Klaus Schulze et Tangerine Dream. Mais c'est l'explosion de la England School (Redshift, Andy Pickford, Arc, Air Sculpture et autres) qui les ont littéralement amenés à créer leur propre musique. Si je suis assez familier avec l'univers de Steve Humphries, je le suis un peu moins avec celui de Xan Alexander dont le groupe se spécialisait dans des concerts de MÉ improvisée hautement appréciés dans le milieu underground Anglais. SPHERICS est leur quatrième album. Un album fort en rythmes statiques, minimalistes et circulaires avec des mouvements de séquences qui se détachent pour forger de savoureux échos rythmiques si uniques à la Berlin School maquillée par les lourdeurs du mouvement Anglais. Des rythmes hypnotiques qui sont soigneusement nappés de solos, de brumes, d'harmonies, d'ambiances et de souvenirs qui trouvent leurs berceaux dans les années métalliques de Tangerine Dream.

Les oreilles en alerte, après la courte introduction de SPHERICS, nos haut-parleurs s'inondent de torsades électroniques qui ouvrent les féeries soniques de ce dernier album de Magnetron. Les échos des tintamarres déversent diverses tonalités de science-fiction qui nous plongent dans un univers à la frontière du cosmos où de soyeuses lignes de synthé flottent et valsent oisivement, caressant au passage les tire-bouchons psychédéliques ainsi que les râles d'une machinerie intergalactique qui produit des stigmates sonores aux couleurs de l'imagination. Décrire l'introduction de Return to Earth c'est comme tenter de décrire une lente éruption volcanique où un magma aux couleurs aussi écarlates que noires s'échappe dans un couloir vertical et tournoie lascivement dans un long cylindre transparent. Mais il y a une fuite. Tout doucement Return to Earth tente de sortir de son emprise statique. Toujours et toujours, les stries allégoriques déchirent les horizons de leurs zébrures hallucinogènes alors que les machines expirent leurs derniers râles et que les orchestrations continuent de bercer tout ce chahut sonique. Et il y a ces larmes de synthé si caractéristiques de l'univers de Steve Humphries. Et peu à peu, Return to Earth se laisse tenter par un mouvement de séquences dont les ions résonnants dessinent un rythme hésitant. Des chœurs chthoniens accueillent ce rythme chancelant qui oscille dans un hypnotique mouvement sphéroïdal imparfait. Alors que des ions se détachent et fractionnent un rythme qui dansotte avec ses ombrages, des brumes nébuleuses, de fins solos acérés et des nappes de synthé, qui rappellent le métallique univers de Tangerine Dream, recouvrent ce rythme statique qui résonnent de plus en plus, à mesure qu'il flirte avec les ténèbres. Permutant subtilement au fil de ses 27 minutes, Return to Earth endosse une approche plus mélodieuse avec des accords de piano électrique qui font la sérénade à un mouvement de séquences dont la continuelle multiplicité des ions sauteurs forgent un riche rythme aussi statique que complexe qui revêt une structure aussi limpide que noir et qui se termine avec une approche dramatique très nuancée.

Avec des tourbillons soniques alimentés par des ions sauteurs aux flux arythmiques, SPHERICS offre des rythmes magnétiques qui se développent de leurs intérieurs. La pièce-titre présente un mouvement de séquences avec des ions qui sautent de façon très serré dans un envoûtant mouvement de staccato. Les séquences virevoltent dans leur piège de verre, bousculant des ombres de séquences qui dessinent des brumes éthérées alors que tout doucement Spherics multiplie ses touches harmoniques qui sautillent en une délicate cacophonie. Un canon sonique fait de multiples touches aux tonalités mixes, Spherics épouse une perpétuelle marche solitaire dans un grand sentier en forme de 8 et dont le ciel est nacré d'ombres soniques aux couleurs du désespoir. Cette fascinante ritournelle sonique est le lit de Call for Peace qui est par contre plus incisif avec un long squelette rythmique plus articulé. Les souffles des synthés et leurs harmonies cosmiques rappellent toute l'influence de Tangerine Dream sur le développement de la MÉ au tournant des années 80. Composé dans le cadre d'un vaste mouvement planétaire pour les victimes du Typhon Hayian aux Philippines, Survival (For Yolande) épouse aussi cette structure de rythme hachurée, ainsi que les harmonies très Dreamiennes, dont le débit sec et nerveux baigne dans des ambiances électroniques épicées de quiétude et de solitude. Le Mellotron y est très séduisant et lance des lignes de flûte qui font oublier les romances et les errances de Peter Baumann. On peut aussi trouver ce titre sur l'excellente compilation Radio Happy Music Compilation for the Haiyan​/​Yolanda Victims: http://radiohappy.bandcamp.com/

Sur un mouvement que l'ont dit usé à la corde, Magnetron réussi à se faufiler et à laisser une carte de visite sonique extrêmement attirante. J'ai bien aimé. Mais il faut aimer ces rythmes minimalistes, qui tournoient comme des carrousels statiques, où les chariots hoquètent sous un ciel farci des milles et un charme de cette délicate fusion entre le Berlin et le England School afin de se laisser aussi séduire par la musique de SPHERICS et de Magnetron.

Sylvain Lupari (25 Juin 2014) ***½**

SynthSequences.com

Disponible au Magnetron Bandcamp

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© 2019 by Alexandre Corbin for Synth&Sequences \ Sylvain (A.K.A. Phaedream) Lupari

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