• Sylvain Lupari

MATT STOCK: Hunters & Revolutions (2021) (FR)

Graduellement M.Stock nous attire dans sa toile de MÉ sombre et intense dans des rythmes, des ambiances et des orchestrations à nous couper le souffle

1 Leaving Andromeda 6:32

2 Eclipse of Mind 7:51

3 Wild Hunters 10:53

4 256 Revolutions 13:07

5 Steel Cast Procedure 22:00

(Carlos Peron Remix 2021)

6 The lost Ivory Tower 7:06

Dark Daze Music

(DDL 67:30)

(Industrial EM)

Hmmm… Voilà un album difficile à évaluer. Pas parce que ce n'est pas bon! Oh non, c'est même très bon. C'est le style! Voguant entre de la grosse musique orchestrale, quelque fois portée vers du rock gothique, et un style industriel ambiant, avec des attaques rythmiques de la England School, HUNTERS & REVOLUTIONS est pourtant un album provenant d'un simple hasard. Une invitation d'amitié sur Facebook lancée par Matt Stock à l'artiste Carlos Perón, fondateur du groupe Yello et un gros nom dans le genre industriel ambiant, s'est transformée en une solide amitié. Qui plus est, un titre composé par Matt Stock en 2018, Steel Cast Procedure, faisait partie des titres que le musicien Suisse affectionnait. C'était le début de l'aventure de HUNTERS & REVOLUTIONS. Matt Stock, si le nom sonne une cloche pensez à Ansgar Stock, a composé la musique de son premier véritable album, produit et réalisé par Dark Daze Music Inc. de Carlos Perón, entre juillet 2018 et la fin 2020. Le mastering final appartient à Perón qui s'est même permis d'introduire un remix de Steel Cast Procedure, un des premiers titres composés par celui qui a enseigné la musique au jeune Ansgar. Le résultat est certes très surprenant avec un imposant univers de 67 minutes d'une MÉ où même Odin, ni ses chasseurs, n'ont jamais mis les pieds.

Leaving Andromeda part le bal avec des effets sonores d'un vaisseau spatial en éveil. Des nappes symphoniques recouvrent cette ouverture avec une vision cinématographique quelque 30 secondes plus loin. Des accords percussifs aux résonnances graves jouent au chat et à la souris avec des pads de synthé pour finalement se sauver et sculpter une structure de rythme minimale. Ce qui suit devient très beau avec des larmes de synthé qui s'écrasent comme des gouttes d'encre, s'immolant dans ces ombres feutrées rescapées par le synthé. Un synthé qui module ces ombres en de mini solos harmonieux alors que le rythme se pousse avec un souvenir de Blade Runner (End Titles) attaché à ses basses pulsations galopant sous une avalanche d'orchestrations aux élans d'une valse tournoyante. Des percussions viennent appuyer le pattern zigzagant du séquenceur qui court comme pour échapper aux solos de synthé, dont les pointes aigues percent le décor, afin d'arriver à un point de ravitaillement atmosphérique pour repartir avec plus de vigueur. Le rythme entraînant, les brefs solos de synthé avec leurs teintes de Vangelis et les orchestrations donneuses de frissons sont des éléments qui font de Leaving Andromeda, et par ricochet de HUNTERS & REVOLUTIONS, un de ces moments incontournables en MÉ. Pensez à Andy Pickford dans son instinct le plus commercial et vous avez une très bonne idée de la valeur de Leaving Andromeda. Eclipse of Mind nous amène à un niveau plus ténébreux et surtout hautement créatif. Ce titre jette les bases rythmiques de ce qui va suivre dans cette merveilleuse aventure de Matt Stock. On entend les lointains battements d'un métronome en bois servir de background à un clavier dont les accords troublants jettent un voile sinistre. Des battements émergent. On dirait des claquettes de bois claquant vivement sur une texture dont le synthé modifie constamment son évolution atmosphérique. Sa procession s'active avec des accords souffrant qui passent le flambeau à des airs spectraux s'appuyant sur la venue des froissements percussifs. Après quelques écoutes, on s'aperçoit que cette procession est ni plus ni moins que la démarche d'un gigantesque pantin articulé par cette fusion synthé/séquenceur. De plus en plus sinistre, et vêtu de ces ambiances appartenant à du bon vieux Ian Boddy, sinon Mark Shreeve, Eclipse of Mind atteint son paroxysme pour en ressortir avec une vision plus horrifiante. À peine sorti de ses macabres ténèbres, le rythme revient avec plus d'énergie dans une finale qui allie bien les atouts d'une MÉ industrielle cruelle à du England School de très haute qualité. C'est du John Carpenter et Alfred Hitchcock en musique… Wild Hunters n'est guère plus rassurant. Les vents sifflent avec violence, éveillant une onde de synthé, le cri des corbeaux et des percussions tombant comme une marche vers la potence. Les loups et les volailles criant, pas pour les mêmes raisons, et on ne peut pas avoir plus cinématographique que ça comme ouverture. Mais encore…Des éléments percussifs tombent avec un effet de bille de bois en même temps que des chants lugubres s'invitent. Le synthé souffle ces chants d'alliance des clans alors que les percussions tribales épousent une marche de guerre. Wild Hunters fini par épouser cette esquisse de heavy-rock gothique avec de nappes de synthé aux dimensions harmonieusement poignantes. Le rythme claudiquant se dirige vers un pont atmosphérique où Matt Stock recharge l'énergie de sa musique un peu plus loin que les 5 minutes avant que Wild Hunters ne redémarre quelque 2 minutes plus loin dans un splendide rock électronique symphonique-gothique. Voilà un superbe titre avec une splendide finale, et en demander plus c'est en demander trop!

256 Revolutions débute avec le rythme hésitant du séquenceur qui est suivi par des accords de clavier avec une teinte de voix organique dans le ton. Le débit des deux se tresse avec une progression rythmique nourrie par une impressionnante flore percussive. C'est l'histoire d'une séquence qui se multiplie sous d'autres formes et sous d'autres tonalités avec des accords de clavier dont la somme totale stocke sa richesse dans une forme stationnaire. Le rythme s'échoue aussi sur un pont atmosphérique pour repartir dans sa forme minimaliste. Avec ses 22 minutes on serait enclin à croire que Steel Cast Procedure est le pinacle de HUNTERS & REVOLUTIONS. Oui par sa progression qui alimente l'obsession! Couché sur une structure percussive construite sur l'effet hypnotique d'un métronome, le cœur rythmique est comme cette succion d'une ventouse qui ne cesse de battre. Le débit augmente à peine alors que la tonalité se change en une succion de bois mou qui ne cesse de battre. Cette ossature est idéale pour admirer les panoramas atmosphériques qui se métamorphose dans cet univers de cognements métronomiques où l'impression d'une quelconque accélération guette toujours notre obsession. Pendant ce temps, les ambiances métalliques se transforment en audition pour musique de film d'horreur et même de science-fiction, tant la ligne est mince entre ces deux mondes. La voix démoniaque de Carlos Perón nous fait même sursauter, tant l'obsession n'est pas juste un mirage. Et je vous avise qu'il y a un passage autour de la 17ième minute qui est assez difficile pour les nerfs! De l'ambiant industriel noir et gothique…à découvrir! Après cette intense ode à la peur, The lost Ivory Tower devient une sorte de baume avec un beau mouvement ondulatoire où les arpèges et les séquences se balancent sur un tic-tac qui attise toujours le côté obsessif qui sommeille en nous. Les nappes de synthé deviennent des pads harmonieux qui se transforment en belle mélodie ambiante où son brin d’innocence est aspiré par les flammes de l'enfer.

Mis à part Leaving Andromeda, il n'y a rien de facile dans cet étonnant album de Matt Stock. HUNTERS & REVOLUTIONS est un fascinant, un excellent album très créatif où les ficelles des ténèbres semblent être de soie. Graduellement le musicien de Osnabrück nous attire dans sa toile de MÉ sombre et intense dans des rythmes, des ambiances et des orchestrations à nous couper le souffle, à nous scier les jambes!

Sylvain Lupari (04/04/21) ****½*

SynthSequences.com

Disponible au Dark Daze Music

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