• Sylvain Lupari

NORD: Digital Dreams (2019) (FR)

Digital Dreams est un bel album où Nord parvient toujours à améliorer la valeur de ses compositions avec des résultats qui défient toute forme d'errance auditive de l'auditeur

1 Sirens Part 1 11:01 2 Sirens Part 2 8:20 3 Sirens Part 3 10:47 4 The Stream Behind the Door 11:12 5 Contemplations 10:03 6 The Crows and the Boy 11:09 Nord Music (DDL 62:35) (Progressive Berlin School)

Nord a connu une très bonne année 2018 avec 2 de ses albums (Black Tears au 11ième rang et The Tree of Life au 18ième rang) qui ont été en nomination pour l'album de l'année dans le cadre du prestigieux Schallwelle Award; les Oscar de la MÉ. Il débute 2019 sur le bon pied avec un album qui partage assez bien ses premiers amours pour du gros rock progressif et son coup de cœur tardif pour la MÉ. Cela faisant, DIGITAL DREAMS est assez conforme avec ses derniers opus. La musique est influencée entre les rêves et les tranches de vie qui sont de véritables rêves éveillés. Les 6 structures proposées sont évolutives et traversent confortablement ses deux pôles de musique sur des compositions qui ne souffrent pas de son écriture toujours prolifique. Les rythmes sont forgés par une bonne vision du séquenceur et de la bonne batterie, donnant par moments des structures assez enlevantes, parfois sauvages, qui sont en continuels évolutions. Les synthés, très perçants et étrangement singuliers, sont toujours aussi créatifs, tant au niveau des solos que des effets, qui ont souvent un petit côté Vangelis, ainsi que pour les arrangements et les mélodies qui ont un petit côté sibyllin. Bref, un bel album avec très peu de moments morts et qui débute assez bien 2019 pour ce sympathique musicien Roumain.

C'est avec une onde de résonances et de distorsions que débute Sirens Part 1. Des effets miroitants et des nappes vacillantes se greffent à une introduction riche en effets et qui s'agrippe à un mouvement zigzagant du séquenceur. Cette ossature d'ambiances et de rythme un brin organique me rappelle un peu "A" 200 de Deep Purple que l'on trouve dans l'album Burn. Les nappes entrecroisent leurs destinés dans un mouvement de valse astral, alors que les effets organiques du séquenceur nourrissent un rythme papillonnant qui hésite toujours à se mettre en marche. Le synthé est fabuleux avec des lamentations, ou solos, d'une intonation si tranchante que l'on dirait un archet métallique se frottant sur le fil d'un rasoir et conduisent Sirens Part 1 vers des grosses caisses dont les roulements amènent la musique dans une phase de rock électronique assez enlevante. La transition ME ambiante, toujours maintenue en vie par des séquences organiques vibrionantes, vers du gros rock électronique lourd, tabassé par la batterie et mordu par des riffs tranchants, est fidèle à la signature de Nord même si un peu plus agressive. Les nappes de synthés étendent graduellement leurs emprises pour devenir des orchestrations brumeuses avec des charmes qui enveloppent peu à peu la fureur de Sirens Part 1. Nous ne sommes pas loin du Hard Rock Progressif Scandinave. Ces 11 minutes sont un bon indicateur des 50 prochaines de DIGITAL DREAMS, même si Sirens Part 2 est plus ambiant avec sa symphonie de complaintes qui nous en met plein les oreilles. Certaines ont des airs de Vangelis et d'autres sont crevantes d'intensité avec un débit lent et émouvant. Cette avalanche de nappes circulaires fait oublier quelque peu le mouvement du séquenceur qui pilote un rythme discret et pulsatoire. La batterie s'active autour des 4 minutes, donnant ainsi plus de vitamines à ce mouvement ambulant qui reste très séduisant par les multicouches de synthé aux tonalités irisées et d'autres coulant comme du magma de brume.

Titre évolutif, Sirens Part 3 débute avec un mouvement du séquenceur qui étale une gamme de tons oscillateurs glissant agréablement en mode stéréo entre les oreilles. Ces vols entrecroisés du séquenceur tissent une structure stationnaire qui est constamment en ébullition. Le séquenceur régurgite ses tonalités organiques vers les 5 minutes, expirant maintenant des séquences plus limpides et avec une identité plus Berlin School classique. Cette phase initie une constante indécision entre du rock et une MÉ torpillée par ses hésitations entre rythme et phases ambiante dans une finale sans débouché. Inspiré d'une tranche de vie, soit une promenade nocturne avec son garçon, The Stream Behind the Door est un titre qui vogue aussi entre des ambiances qui dépeignent les alentours enchanteurs d'une rivière et une phase de rock lourd dynamité par des percussions agressives. Mais les ambiances dominent, conformément à la tranquillité qui orne la vision séraphique d'une rivière qui suit son tranquille parcours à l'intérieur d'une ville. Un bouquet de notes de piano et une nuée de strates de synthés aux couleurs irisées inspirent une discret rythme pulsatoire qui tentent de sortir Contemplations de son cocon d'ambiances. Des nappes de synthé brumeuses étendent une aura de mysticisme sur une structure en déroute. Des effets et des nappes brumeuses alimentent une intensité qui s’accroît avec la présence plus certaine du séquenceur dont les pulsations structurent un rythme stationnaire. Le synthé fait l'étalage de ses charmes avec des nappes perçantes hantant un piano qui désagrège ses notes dans une vision contemplative plus sibylline qu'onirique. The Crows and the Boy est un titre plutôt intrigant. Inspiré d'une sortie au parc avec son fils, l'introduction est nourrie de cris de corbeaux qui se font tranquillement avalé par un rythme pulsatoire très mathématique et des nappes de synthé dont l'approche chloroformique est nuancée par des doses cristallines qui s'échappent en longues complaintes énigmatiques. Les croassements résistent pour former le cœur des éléments d'ambiances tandis que le synthé permute ses complaintes énigmatiques en filets orchestraux. Des nappes de basses et des roulements du séquenceur en forme de courant continu ajoutent un léger brin d'intensité à cette structure ambio-rythmique qui vacille comme les mouvements stationnaires de la MÉ où on peut entendre le petit Nord demander à son papa où sont les corbeaux. Peu à peu, la symphonie des corbeaux prend des allures de musique à tension qui irait assez bien dans un film à suspense. Les solos de synthé, qui nourrissent aussi l'ensemble de DIGITAL DREAMS, sont cruciaux avec des complaintes qui deviennent complices d’orchestrations très cinématographiques dans une finale qui embrasse cette vision de rock progressif électronique de Nord.

En conclusion! DIGITAL DREAMS est un bel album où Nord réussit toujours à rehausser la valeur de ses compositions avec des modifications qui déjouent une quelconque flânerie auditive de l'auditeur. Que ce soit par les changements des structures de rythmes, les solos de synthé qui sont aussi dominants que captivants et les arrangements; il y a toujours quelque chose qui colle aux tympans dans cet album qui plaira assurément aux fans de Nord ainsi qu'aux fans de Hard Rock Progressif Scandinave à la recherche d’une différente option, quoique là c'est plutôt une entrée timide mais avouée.

Sylvain Lupari (22/02/19) ***½**

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Disponible au Nord Bandcamp

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