• Sylvain Lupari

NORD: Whispers (2018) (FR)

“Ça doit être l'album le plus étrange de Nord à ce jour, mais il y a toujours ces mouvements et ces moments fascinants dans de denses ambiances paranormales”

1 Whispers Part 1; Do You Want to Know a Secret? 19:12 2 Whispers Part 2; Hypnos 16:52 3 Shadows 9:43 4 Whispers Part 3; It Was Just a Dream 12:58 Nord Music (DDL 58:46) (Berlin School)

Que se passe-t-il sous cette pochette très vintage? Nous sommes un peu loin des airs de la Californie avec ce doux visage qui semble nous chuchoter la musique de Nord sous un autre jour. On avait un peu de quoi s'interroger puisque le synthésiste Roumain aimait bien nous présenter du rock progressif à l'intérieur des paramètres Berliner il y a quelques mois à peine. Une incursion dans le style Californien des années 60-70? Rien de cela dans ce WHISPERS qui est un album littéralement étrange, un peu comme si l'univers tout entier de Nord se concentrait maintenant sur le paranormal ou encore sur la science-fiction.

Do You Want to Know a Secret? débute cette dernière offrande de Sztakics István Attila avec ce mouvement de rythmes ascensionnel typique au genre Berlin School ambiant. Le séquenceur libère cette ligne de rythme qui monte et descends, trébuche et se relève dans une masse sonore bourrée de lents effets de réverbérations et d'orchestrations où errent quelques solos de synthé bien éparpillés dans cet univers d'éther et de mélancolie. Par moments, les orchestrations deviennent de grandes ailes sonores qui nous engloutissent dans un univers plus sibyllin que lyrique. En fait, le secret serait tu par des entités d'un univers parallèle que j'y croirais, tant c'est nébuleux et toujours en mode sépulcral. Les solos acuités et des accords graves nous guident vers la 2ième partie où Do You Want to Know a Secret? libère son secret dans un gros rock électronique de 5 minutes avant que la musique ne revienne dans les habitats de son introduction. La musique dans WHISPERS change de directions plus souvent qu'à son tour à l'intérieur de ses 4 titres, frôlant même un chaos et du tintamarre qui retrouve toujours l'essence de ses racines. Et Hypnos n'a rien des allures de musique ambiante que l'on aurait pensé. Le rythme est vif et cerné dans les chants spectraux du synthé et de ses solos. Les séquences sont vives et indisciplinées structurant ce rythme de rock acide qui tournoie dans le même sens que les chants spectraux et les spirales du synthé et de ses effets tributaires de sa vision d'outre-monde ou d'invasion d'extra-terrestres méchants. Plus calme et plus en mode Berlin School hypnotisant, la 2ième partie nous entraîne dans ces chuchotements qui souvent ne servent pas la cause d'une musique conçue pour un film de John Carpenter.

Shadows reste toujours dans cette enveloppe d'outre-monde avec une introduction bourrée d'effets de synthé Vangelis et d'autres effets qui mixent éléments de peur et électroniques. Une séquence scintille derrière cette muraille d'effets dramatiques avec un synthé et ses solos virevoltants comme étant absorbés par un œil de cyclone. Une autre séquence débute sa danse surréelle avec un battement continu qui trépigne vivement sur place, amenant Shadows dans une courte escapade rythmique qui en n'avait nullement besoin tant le décor rythmique stationnaire et les graffitis soniques d'un synthé et ses solos aussi contorsionnés qu'un acrobatique du Cirque du Soleil, restreignent sa vigueur. It Was Just a Dream reste le titre le plus cohérent de WHISPERS. Imagée dans les structures futuristes de Vangelis, l'introduction allie douceur et rigueur avec de beaux arpèges flottant dans ces brumes allégoriques. Un très beau piano chante avec les effets pleureurs du synthé, forgeant une belle structure de mélancolie très intense. J'aurais aimé que ça reste tel quel, car ça fait très Bernd Kistenmacher aussi, mais le séquenceur en décide autrement autour de la 4ième minute. Transportant les derniers vestiges de cette aubade nostalgique, il amène It Was Just a Dream vers un fascinant rock électronique où la portion symphonique de son introduction lance ses fractions dans une belle spirale rythmique qui est plus musicale, et plus étonnante, que celle de Hypnos. Sauf qu'au final, It Was Just a Dream conclut un album qui est aussi à la hauteur de sa permutation vers l'étonnant univers de discorde autant que de cohésion qui structure les 60 minutes de WHISPERS dans l'absolu improbable.

Sylvain Lupari (08/10/18) *****

SynthSequences.com

Disponible au Nord Bandcamp

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